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Lettre d’Henri Fertet: ces passages qu’Emmanuel Macron a préféré passer sous silence

Par Amaury Bucco

Publié le 06/06/2019 à 15:15

Ce que Macron n’a pas lu de la lettre du résistant Henri Fertet et pourquoi © Chris Jackson / POOL / AFP

Lors du 75e anniversaire du débarquement, Emmanuel Macron a lu la lettre écrite par un résistant sur le point d’être fusillé. Le chef de l’Etat a toutefois passé sous silence certains passages, dont ceux qui font référence à la religion.

Condamné à mort pour faits de résistance, le lycéen Henri Fertet a été fusillé à l’âge de 16 ans, le 26 septembre 1943. Avant de tomber criblé de balles devant ses bourreaux, le jeune homme avait pris le soin de rédiger une dernière lettre à ses parents, pour leur dire adieu. C’est cette lettre, emprunte d’une étonnante maturité et d’un panache certain, qu’Emmanuel Macron a lu à Portsmouth, en Angleterre, lors de la célébration du 75e anniversaire du débarquement. De nombreux passages de la lettre ont néanmoins été tus du fait du temps accordé à chacun des chefs d’Etat présents : environ deux minutes. « La cérémonie, organisée par les britanniques était minutée, le temps de parole était imparti très précisément et imposé par les organisateurs », explique-t-on du côté de l’Elysée.

Reste que le choix des morceaux passés sous silence est contestable et contesté par certains. « Chers parents, Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je ne doute pas, vous voudrez encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi », commence Emmanuel Macron, citant les premières lignes. C’est là qu’arrive la première coupe, qui est aussi la plus longue. Henri Fertet, encore adolescent, y parle de son quotidien en cellule, de son amour filial et du manque de ses parents. « Vous ne pouvez pas savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, ce que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir peser sur moi votre tendre sollicitude que de loin. Pendant ces 87 jours de cellule, votre amour m’a manqué plus que vos colis, et souvent je vous ai demandé de me pardonner pour le mal que je vous ai fait, tout le mal que je vous ai fait. Vous ne pouvez pas vous doutez de ce que je vous aime aujourd’hui car, avant, je vous aimais plutôt par routine, mais maintenant je comprends tout ce que vous avez fait pour moi ».

Dites-leur ma confiance en la France éternelle.

Par la suite, le jeune héros demande — dans un passage là encore passé à la trappe — à ses parents de remercier « toutes les personnes qui se sont intéressées » à lui : « dites-leur ma confiance en la France éternelle », écrit-il. De Gaulle, lui-même avait utilisé ce terme au lendemain de la libération de Paris, lorsqu’il avait salué « la France qui se bat, la seule France, la vraie France, la France éternelle ». Cette expression, jugée réactionnaire, voire nationaliste, par une partie de la classe politique actuelle (dont Macron ?), fait référence au lien profond, charnel et quasi mystique qui lie les Français à leur pays. C’est pour cette France éternelle-là que certains ont pourtant choisi de sacrifier leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Henri Fertet embrasse ensuite ses proches, « mes grands-parents, mes oncles, tantes et cousins, Henriette ». Autre passage qui ne sera pas lu. Peut-être parce que l’auteur de cette longue lettre ajoute, en lien à sa foi : « dites à Monsieur le Curé que je pense aussi particulièrement à lui et aux siens. Je remercie Monseigneur du grand honneur qu’il ma fait, honneur dont je crois, je me suis montré digne ». Viennent encore des lignes expliquant ses dernières volontés de lycéen, malheureux à l’idée de quitter ses camarades d’école : « Rendez le Comte de Monte-Cristo à Emourgeon (…) Donnez à Maurice André, de la Maltournée, 40 grammes de tabac que je lui dois. Je lègue ma petite bibliothèque à Pierre, mes livres de classe à mon petit papa, mes collections à ma chère petite maman, mais qu’elle se méfie de la hache préhistorique et du fourreau d’épée gaulois ». Fin de la coupure.

Papa, je t’en supplie, prie.

La phrase qui suit marque le début du deuxième extrait choisi par Emmanuel Macron, sans-doute pour son ton patriotique : « Je meurs pour ma patrie. Je veux une France libre et des Français heureux », écrit le jeune homme. Après avoir lu les mots optimistes de l’auteur, où il est question de sa « belle humeur » et de sa vision d’une France « travailleuse, laborieuse et honnête », le chef de l’Etat saute les conseils d’Henri Fertet sur l’éducation de son petit frère, Pierre, avec qui il recommande d’être « sévères et tendres (…) Sur trois enfants, il en reste un. Il doit réussir ». (Pierre Fertet, devenu instituteur, se suicidera en 1980, avec sa mère…)

Le troisième et avant-dernier extrait choisi par Emmanuel Macron est un passage concernant le courage du lycéen, alors que les soldats viennent le chercher dans sa cellule. « Mon écriture est peut-être tremblée, mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort. J’ai la conscience tellement tranquille ». Mais ici, une fois de plus, les références explicites du jeune homme à sa foi seront passées sous silence. Ne sera donc pas lu le passage suivant : « Papa, je t’en supplie, prie. Songe que, si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi que celle-là ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons tous les quatre, bientôt au Ciel. Qu’est-ce que cent ans ? Maman rappelle toi :et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs qui, après leur mort, auront des successeurs».

Henri Fertet Au Ciel, près de Dieu

La lettre s’achève enfin, avec ces très belles lignes, lues distinctement par le Président : « Adieu, la mort m’appelle. Je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir. Mille Baisers. Vive la France ». En post-scriptum, le jeune résistant s’excuse pour les fautes d’orthographe. Devant le mot « expéditeur », il écrit : « Henri Fertet Au Ciel, près de Dieu »… Dernière coupe effectuée par l’Elysée qui, contacté par Valeurs actuelles, explique que « les passages choisis sont ceux où le jeune résistant parlait de la France et de son engagement. Les passages coupés sont ceux où il adresse des mots personnels à sa famille ».

Source : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/lettre-dhenri-fertet-ces-passages-quemmanuel-macron-prefere-passer-sous-silence-107840


Lecture recommandée :

Le choix, que nous croyons parfaitement conscient, d’Emmanuel Macron d’expurger la lettre d’Henri Fertet de toute référence à Dieu forme un contraste frappant avec le choix du président américain, Donald Trump, de lire la prière complète de Franklin Roosevelt prononcée le 6 juin 1944, qui révèle une foi solide dans le Dieu de la Bible. Pour paraphraser Matthieu Lelièvre qui comparait les marches opposées de l’Angleterre méthodiste de John Wesley et de la France de Voltaire au XVIIIe siècle, nous pourrions écrire :

« L’époque, qui a mérité de s’appeler le siècle de Trump, de l’autre côté de la Manche, fut chez nous le siècle de Macron. Le rapprochement de ces noms indique assez la profonde différence qui sépara la marche de la civilisation dans ces deux pays. L’un et l’autre, sans doute, aspirent à l’émancipation de l’homme et de l’humanité, et sont en travail pour enfanter un monde nouveau. Mais, tandis que la France de Macron cherche le progrès dans la ruine des idées religieuses, les États-Unis de Trump le poursuit dans le retour à et dans le réveil de la foi chrétienne. La marche des deux sociétés se fait dès lors en sens inverse. Les États-Unis vont de l’irréligion à la foi, et la France va de la foi (une foi superstitieuse il est vrai) à l’irréligion. »

Donald Trump lit la prière historique de Franklin D. Roosevelt prononcée le jour du débarquement – prière qui révèle jusqu’où les démocrates sont tombés.

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