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L’Eglise du silence torturée pour le Christ – par Richard Wurmbrand

Par Richard Wurmbrand

Ce que j’ai découvert après ma libération

Quand, sorti de prison, j’eus retrouvé ma femme, elle me demanda mes intentions pour l’avenir. Je lui répondis :
— Mon idéal serait la vie spirituelle des ermites.
— J’ai eu la même pensée, dit-elle.
Dans ma jeunesse, j’avais un tempérament fougueux. Mais la prison et spécialement mes années de solitude en cellule ont fait de moi un homme de méditation, un contemplatif. Toutes les tempêtes de mon cœur s’étaient apaisées. Je ne m’inquiétais plus du communisme, je n’y prêtais même pas attention. J’étais dans les bras de l’Époux céleste. Je priais pour ceux qui me faisaient du mal et m’efforçais de les aimer de tout mon cœur. Il me restait vraiment fort peu d’espoir d’être délivré, mais quand de temps en temps il m’en venait une lueur et que je me demandais ce que je ferais en ces cas-là, je rêvais toujours de me retirer quelque part pour y vivre la douce union avec le céleste Époux.

Dieu est «la Vérité».

La Bible est «la vérité sur la Vérité». La théologie est «la vérité sur la vérité à propos de la vérité».
Le peuple chrétien se noie dans toutes ces vérités concernant la Vérité et en conséquence ne possède pas «la Vérité».
Mourant de faim, roués de coups, hébétés, nous avions oublié la théologie et la Bible, les «vérités sur la Vérité…» et en conséquence nous vivions dans «la Vérité». Il est écrit : «Le Fils de l’Homme viendra à l’heure où vous n’y penserez point et vous en ignorez le jour.»
Nous n’y pensions plus. Aux heures les plus sombres de nos souffrances le Seigneur vint à nous, et les parois de la prison étincelèrent comme des diamants, et la lumière emplit les cellules. Quelque part, bien loin au-dessous de nous, les bourreaux étaient relégués dans le domaine du corps ; l’âme, elle, se réjouissait dans le Seigneur. Cette joie, nous ne l’aurions pas cédée pour tous les palais des rois.

Se battre contre quelqu’un ou quelque chose ? Rien n’était plus loin de mon esprit. Je ne désirais mener aucune guerre, même juste. Mon désir était de devenir pour le Christ un temple vivant. Et c’est dans l’espoir de vivre de tranquilles années de contemplation que je sortis de prison.

Mais, dès le lendemain de ma délivrance, je butai contre des aspects du communisme plus affreux que ne m’avaient paru toutes les tortures de la prison. L’un après l’autre, je rencontrai de grands prédicateurs et pasteurs de différentes églises, et même des évêques : ils m’avouaient simplement qu’à leur grand regret ils servaient d’indicateurs à la police secrète contre leurs propres ouailles.
«Accepteriez-vous, leur demandais-je, de lâcher cette besogne au risque d’être vous-mêmes emprisonnés ?» Tous me répondirent non. Ce qui les en empêchait, expliquaient-ils, ce n’était pas qu’ils craignaient pour eux-mêmes. Et ils me parlaient de mutations dans les églises, d’événements survenus depuis mon arrestation, en sorte que leur refus d’informer la police pouvait entraîner la fermeture d’un temple.
Le gouvernement a installé dans chaque ville un contrôleur des cultes, agent de la police secrète communiste. Ce personnage a le droit de convoquer n’importe quel prêtre ou pasteur quand il le veut et de lui demander qui est allé à l’église, qui fréquente la communion, qui fait preuve de zèle religieux et apostolique, ce que les gens ont avoué en confession, etc. Le ministre qui ne répond pas est limogé et remplacé par un autre, qui peut-être sera plus bavard que son prédécesseur. Partout où le gouvernement ne peut installer ce contrôleur (ce qui est rare) l’église est fermée, tout simplement. Beaucoup d’ecclésiastiques renseignaient la police secrète ; les uns hésitaient, essayaient de cacher certaines choses ; d’autres en avaient pris l’habitude et leurs consciences s’étaient endurcies ; d’autres encore y avaient pris goût et racontaient plus qu’il ne leur était demandé. J’ai entendu en confession des enfants de martyrs chrétiens : sous peine d’abandonner leurs études, ils avaient été contraints de donner des renseignements sur les familles amies qui les recevaient.

Je me suis rendu à un Congrès Baptiste, lequel était rassemblé sous le signe du Drapeau Rouge. Les communistes y venaient de désigner les personnalités qui seraient élues à la direction des églises. Je savais que les ministres chargés des églises légales étaient des hommes imposés par le Parti. Mais je me suis alors rendu compte que j’avais devant les yeux ce que Jésus a appelé «l’abomination de la désolation installée dans le Saint des Saints».

Il y a toujours eu de bons et de mauvais pasteurs et prédicateurs. Mais pour la première fois dans l’histoire de l’Église, on voit le Comité central d’un parti athée, qui a crié sur les toits sa volonté de déraciner la religion, désigner les recteurs des églises. Et cela, dans quel dessein ? Assurément, c’est pour qu’ils l’aident dans son travail de destruction.

Lénine a écrit :

«Toute idée religieuse, toute idée de Dieu, et même toute sympathie pour l’idée de Dieu est une abjection inqualifiable de l’espèce la plus dangereuse, la contagion la plus abominable. Il y a, et de loin, beaucoup moins de danger dans des millions de péchés, d’actions immondes, d’actes de violence et de maladies contagieuses que dans la subtile idée spirituelle d’un Dieu.»

Lénine.

Tous les partis communistes des pays soviétiques sont léninistes. Pour eux la religion est plus néfaste que le cancer, la tuberculose et la syphilis. Et ce sont eux qui nomment les chefs religieux ! Et c’est avec eux que collaborent et transigent plus ou moins les dirigeants de l’Église légale!
J’ai vu des enfants et des jeunes empoisonnés par l’athéisme parce que les autorités religieuses légales sont dans l’impossibilité absolue de s’y opposer. A Bucarest vous ne trouverez dans aucune église un patronage de jeunes ou une école du dimanche. Les enfants des chrétiens sont élevés à l’école de la haine.

C’est en voyant tout cela que je me suis mis à détester le communisme plus que je ne l’avais détesté sous la torture. Je le déteste, non pas à cause de ce qu’il m’a fait subir, mais pour le tort qu’il fait à la gloire de Dieu, au Nom de Jésus, et aux âmes des centaines de millions d’hommes qui vivent sous sa domination.

De tous les coins du pays, des paysans venaient me voir et me raconter les méfaits de la collectivisation. Sur ce qui était autrefois leurs champs et leurs vignes, ils vivaient à présent comme des esclaves affamés. Ils manquaient de pain, et leurs enfants de lait et de fruits, et cela dans un pays où la nature est aussi généreuse que dans l’antique Chanaan. Des frères m’ont avoué que le régime communiste les acculait au vol et au mensonge. Pour manger, il leur fallait dérober ce qui autrefois était à eux et maintenant appartenait à la collectivité ; après quoi, pour dissimuler leurs larcins, ils se voyaient obligés de mentir. Des ouvriers m’ont parlé de la terreur qui règne dans les usines, où les travailleurs sont exploités suivant des normes de travail dont n’oseraient même pas rêver les capitalistes. Et le droit de grève ne leur est pas reconnu.

Quant aux intellectuels, en dépit de leurs convictions intimes, ils sont obligés d’enseigner l’inexistence de Dieu. La vie et la pensée, sur un tiers de la terre, sont bouleversées et détruites. Des jeunes filles sont venues se plaindre parce que l’organisation de la Jeunesse Communiste les avait convoquées, blâmées et menacées. Quelle faute avaient-elles donc commise ? Elles avaient embrassé un garçon chrétien. Et le Comité leur en nomma un autre qu’elles auraient le droit d’embrasser.
Bref, tout me paraissait désespérément faux et laid.

Et puis, j’ai retrouvé des militants de l’Église clandestine, d’anciens compagnons ; certains n’avaient pas été arrêtés, d’autres avaient repris le combat après leur sortie de prison. Ils me demandèrent de me joindre à eux. J’ai assisté à leurs réunions secrètes au cours desquelles ils chantaient des cantiques qu’ils lisaient sur des feuilles copiées à la main.

Je me suis rappelé le grand saint Antoine. Depuis 30 ans, retiré du monde, il vivait dans le désert et passait son existence à jeûner et à prier, quand il entendit parler de la dispute entre saint Athanase et Arius à propos de la divinité du Christ. Il abandonna la vie contemplative et se rendit à Alexandrie pour aider au triomphe de la vérité.

Je résolus de faire ce qui est le devoir de tout chrétien : suivre l’exemple du Christ, imiter l’Apôtre Paul et les grands saints, abandonner l’idée de la retraite et reprendre la lutte.

Mais quel genre de lutte?
En prison, les chrétiens ne cessaient de prier pour leurs ennemis et de donner à ceux-ci un magnifique témoignage. Notre vœu le plus ardent était que nos bourreaux fussent sauvés, et quand cela se produisait nous en ressentions une vive joie.
Mais j’exécrais l’odieux système communiste et désirais me porter en renfort de l’Église clandestine, la seule force qui puisse renverser cette cruelle tyrannie par la puissance de l’Évangile. Je n’envisageais pas seulement la Roumanie, je pensais à tout le monde communiste. Or, qu’ai-je trouvé en Occident ? Beaucoup d’indifférence. Partout, dans le monde, des gens de lettres ont protesté quand deux écrivains communistes — Siniavsky et Daniel — ont été condamnés à la prison par leurs propres camarades.
Et les églises ne protestent pas quand des chrétiens sont jetés en prison pour leur foi.
Qui s’inquiète du frère Kuzyck, condamné pour le crime d’avoir distribué du «poison», c’est-à-dire des publications chrétiennes, par exemple les livres de dévotion de Torrey ou des abrégés de la Bible ? Du frère Prokofiev, condamné pour distribution de sermons manuscrits ? Du Juif chrétien Grunwald condamné pour des crimes analogues et dont le fils est emprisonné à vie ? Je sais trop ce que j’ai souffert quand j’ai été séparé de mon fils Mihaï pour ne pas souffrir avec Grunwald, Ivanenko, Granny Shevchuk, Taysia Tkachencho, Ekaterina Vekazina, Georgi Vekazin, les époux Pilat en Lettonie, et tant d’autres, dont les noms sont ceux de saints et de héros de la foi en notre XXe siècle. Je m’agenouille pour baiser leurs chaînes, comme les premiers chrétiens celles de leurs frères qui partaient pour les arènes où les attendaient les bêtes féroces.
Mais ils n’intéressent pas tels et tels chefs des églises de l’Occident. Les noms de ces martyrs ne figurent pas sur leurs livres de prières. Tandis qu’on les torturait et condamnait à mort, certains chefs de l’Église baptiste russe et de l’Église orthodoxe — qui les avaient dénoncés et livrés — étaient reçus en grande pompe à New Delhi, à Genève et dans d’autres Conférences internationales, où ils affirmaient à qui voulait les entendre que la liberté religieuse est totale en Russie. Un président du Conseil mondial des Églises a même embrassé l’archevêque bolchevique Nicodème qui lui en donnait l’assurance ; après quoi ils banquetèrent ensemble au nom prestigieux de ce Conseil mondial, cependant qu’au nom de Jésus-Christ les saints, dans leurs prisons, «se régalaient» de choux farcis d’intestins non lavés — comme ceux que j’ai dû avaler moi-même.

Cela ne pouvait durer. L’Église clandestine décida que je quitterais le pays à la première occasion pour aller vous raconter ce qui se passe, à vous, chrétiens. Et moi, sans cesser d’aimer les communistes, j’ai décidé de dénoncer le communisme. Car je suis convaincu que, si on ne le dénonce pas, on ne prêche pas le véritable Évangile.
«Prêchez le pur Évangile», me recommandent certains. Cela me rappelle que la police secrète communiste m’a demandé, elle aussi, de parler du Christ mais sans faire aucune allusion au communisme. Se peut-il que le même esprit anime les agents de cette police et les tenants de ce qui est appelé — par eux-mêmes — «le pur Évangile» ?
Qu’est-ce donc, ce «pur Évangile» ? Je n’en sais rien. Était-elle pure, la prédication de saint Jean Baptiste ? Il ne disait pas seulement «Faites pénitence, car le Royaume de Dieu est proche», il disait aussi : «Toi, roi Hérode, tu es coupable.» Et parce qu’il ne s’était pas contenté d’enseigner à moitié, il fut décapité. Jésus ne s’est pas contenté de prononcer le «pur» Sermon sur la Montagne, il a aussi prononcé ce que certains chefs actuels de l’Église qualifieraient de «sermon négatif» :

«Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites… génération de vipères.»

Jésus. Matthieu 23:30-34.

C’est pour ce prêche «impur» qu’il a été crucifié, car les pharisiens ne se seraient pas tellement révoltés contre le Sermon sur la Montagne.

Il faut appeler le péché par son nom. Dans le monde actuel, le péché le plus dangereux est le communisme. Tout Évangile qui ne le stigmatise pas n’est pas le pur Évangile. Au risque de la liberté et de la vie, l’Église clandestine le stigmatise!
Allons-nous garder le silence, à l’Ouest ?
Je me suis résolu à dénoncer le communisme, non pas à la manière de ceux qu’on nomme d’ordinaire «anti-communistes». Hitler était de ceux-ci et n’en fut pas moins un tyran. Nous, qui haïssons les péchés, nous aimons le pécheur.

Pourquoi je souffre en Occident

Je souffre à l’Ouest plus que je n’ai souffert dans les pays communistes. Et d’abord, et avant tout, parce que je soupire après les indicibles beautés de l’Église clandestine, cette Église si conforme à l’antique conseil latin : «Nudi nudum Christum sequi» (suivre nu le Christ nu).

Dans le camp communiste, le Fils de l’Homme et les siens ne trouvent nulle part de quoi reposer leur tête. Là-bas les chrétiens ne peuvent se bâtir de maisons. A quoi bon? On les leur confisquerait dès leur première arrestation. La seule possession d’une maison neuve fournirait contre eux un grave chef d’accusation, car les communistes voudraient se l’approprier. Là-bas vous ne prenez pas le temps d’ensevelir votre père ni de dire adieu aux vôtres avant de suivre le Christ. Qui est votre père, votre frère, votre sœur ? Vous êtes, à cet égard, semblables à Jésus. Votre mère et votre frère sont ceux qui font la volonté de Dieu. Quant aux liens naturels, peuvent-ils encore compter lorsqu’il arrive si souvent que la fiancée dénonce son futur, les enfants leurs parents, les épouses leurs maris ? De plus en plus seule subsiste la fidélité spirituelle. L’Église clandestine est pauvre et souffrante, mais elle ne compte pas de tièdes. Un office religieux y est ce qu’il était voilà dix-neuf cents ans dans la primitive Église. Le prédicateur ne connaît qu’une théologie sommaire.
Tout comme Pierre, il ignore l’homélie ; n’importe lequel de nos professeurs de théologie aurait collé une mauvaise note au Prince des Apôtres pour son sermon du jour de la Pentecôte. On connaît peu les versets de la Bible dans les pays communistes, parce qu’on y manque de bibles. En outre, il est plus que probable que les prédicateurs soient restés en prison sans Bible pendant des années. Professent-ils leur foi en un Père ? Leur profession de foi est pleine de sens, parce qu’elle cache un drame. Chaque jour, en prison ils ont demandé du pain au Père tout-puissant, et ils ont reçu du chou farci d’immondices : ils croient pourtant que Dieu est un Père tout-puissant. En cela, ils sont pareils à Job qui a dit : «Je croirais en Dieu même si Dieu me menaçait de mort.» Ils sont pareils à Jésus qui appelait «mon Père» ce Dieu qui paraissait l’abandonner sur la Croix.
Celui qui a connu la splendeur spirituelle de l’Église clandestine ne peut plus se contenter du vide de certaines Églises de l’Occident. Je souffre à l’Ouest plus que je n’ai souffert dans les geôles communistes, parce que je vois maintenant de mes yeux agoniser la civilisation occidentale.

Dans Le Déclin de l’Occident, Oswald Spengler a écrit :

«Vous êtes à l’agonie. Je discerne en vous tous les symptômes de la décadence. Votre abondance et votre pénurie, votre capitalisme et votre socialisme, vos guerres et vos révolutions, votre athéisme et votre pessimisme et votre cynisme, votre immoralité, vos divorces, votre contrôle des naissances, tout ce qui en bas vous couvre de sang et injecte en haut la mort dans vos cerveaux, tout cela, je peux vous prouver que ce sont les signes caractéristiques des époques qui ont vu s’écrouler les états de l’Antiquité, Alexandrie et la Grèce, et Rome la névrosée.»

Oswald Spengler. Le Déclin de l’Occident. Esquisse d’une morphologie de l’Histoire universelle (1923.)

Cela fut écrit en 1923. Depuis lors, la démocratie et la civilisation sont déjà mortes dans la moitié de l’Europe et jusque dans la lointaine Cuba. Le reste de l’Occident dort.

Mais il reste une force qui ne s’endort pas, celle des communistes. Tandis qu’à l’Est ils ont perdu leurs illusions, à l’Ouest le communisme est demeuré virulent. Ses partisans de l’Ouest ne croient tout simplement pas à ces comptes-rendus fâcheux de cruautés, de misère et de persécution dans les pays communistes. Poussés par un zèle infatigable, ils vont propageant partout leur foi, dans les salons des riches, dans les cercles intellectuels, les collèges, les quartiers pauvres et les églises. Nous autres, chrétiens, le plus souvent nous n’engageons qu’à moitié notre cœur au service de la pleine vérité. Eux, ils sont toujours de plein cœur au service du mensonge.

Et pendant ce temps les théologiens de l’Ouest discutent de vétilles. Cela me rappelle qu’en 1493, tandis que les années de Mahomet II assiégeaient Constantinople et qu’il allait se décider pour des siècles si les Balkans seraient placés sous domination chrétienne ou musulmane, un concile ecclésiastique local, réuni dans la ville attaquée, discutait des problèmes que voici : « De quelle couleur étaient les yeux de la Vierge ? Quel est le sexe des Anges ? Qu’arrive-t-il lorsqu’une mouche tombe dans l’eau bénite ? La mouche est-elle bénite, ou l’eau polluée ?» Ce n’est peut-être là qu’une légende. Mais examinez attentivement les périodiques d’Église d’aujourd’hui, et vous découvrirez que les questions qu’on y agite sont analogues à celles-là. Presque jamais la menace communiste et les souffrances de l’Église clandestine n’y sont mentionnées.
Interminables sont les discussions qui portent sur des matières de théologie et de rituels ou sur des détails secondaires. Un jour, dans un salon, au cours d’une réception, quelqu’un demanda : «Si vous vous trouviez sur un navire en perdition et que vous puissiez gagner une île perdue en emportant avec vous un livre, un seul, de la bibliothèque du bateau, quel livre choisiriez-vous? » La Bible, dit l’un. Shakespeare, dit un autre. Un écrivain donna la bonne réponse : «Je choisirais un livre qui m’apprendrait comment construire un bateau et retourner au port. Là je pourrais lire tout ce qui me plairait.»
Il est plus important pour toutes les confessions et toutes les théologies de conserver la liberté et de la regretter quand on l’a perdue à cause des persécutions communistes, que d’insister sur telle ou telle opinion théologique.

«La liberté vous délivrera», a dit Jésus. Il est aussi vrai de dire : «La liberté, la liberté seule, vous donnera la vérité.» Et au lieu de nous quereller à propos d’insignifiances, nous ferions mieux de nous unir dans le combat pour la liberté contre la tyrannie du communisme.

Je souffre aussi parce que je partage les tourments de l’Église située derrière le Rideau de fer. Moi qui ai passé par ces tourments, je peux me les représenter.

En juin 1966 les journaux soviétiques Izvestia et Derevenskaia Jizn accusèrent les Baptistes russes d’enseigner que des enfants doivent être immolés en expiation des péchés. C’est la vieille accusation de meurtre rituel qui fut longtemps lancée contre les Juifs. Mais je sais ce qu’elle signifie. J’ai eu dans ma prison en 1953, à Cluj en Roumanie, un compagnon nommé Lazarovici, condamné pour l’assassinat d’une jeune fille. Il n’avait que trente ans, mais une seule nuit de tortures avait suffi pour que ses cheveux devinssent blancs. On eût dit un vieillard. Il n’avait plus d’ongles ; on les lui avait arrachés un à un pour lui faire avouer ce crime qu’il n’avait pas commis. Au bout d’un an de supplices, son innocence fut reconnue et il fut relâché. Que lui importait désormais la liberté ? C’était un homme à jamais anéanti.
D’autres peuvent lire ces articles et rire de la stupidité des accusations lancées contre les Baptistes par la Presse soviétique : je sais, moi, ce qu’elles signifient pour les accusés.
Il est horriblement douloureux de se trouver en Occident et d’y avoir constamment de pareilles images devant les yeux. Où se trouve à présent l’archevêque Yermogène, de Kaluga (URSS) et les sept autres évêques qui ont protesté contre les inconditionnels de la collaboration avec le régime soviétique, tels le Patriarche Alexis et l’archevêque Nicodème, simples instruments manipulés par les communistes ? Si je n’avais vu mourir près de moi les évêques roumains protestataires, le sort de ces deux pieux pontifes dont je parle m’inquiéterait beaucoup moins.

Les prêtres Nicolas Eschliman et Gleb Yakunin ont été sanctionnés par le Patriarche pour avoir demandé la liberté religieuse en faveur de l’Église. L’Ouest connaît bien cette affaire. Mais je me suis trouvé en prison avec le Père Jean de Wladimireshti (Roumanie) à qui la même chose était arrivée. Apparemment il n’avait été frappé que d’une sanction ecclésiastique ; seulement les chefs de notre Église légale, comme tous leurs confrères des pays communistes, travaillent la main dans la main de la police secrète, et ceux qu’ils sanctionnent tombent sous les coups plus efficaces des prisons : tortures, fouets, narcotiques.

Je tremble à la pensée de ce que souffrent les persécutés dans le camp communiste. Je tremble à la pensée de l’éternité qui attend leurs bourreaux. Je tremble pour les chrétiens de l’Ouest qui ne secourent pas leurs frères persécutés.

Oui ! L’intime désir de mon cœur serait de m’occuper de l’entretien de mon propre jardin et de n’être pas mêlé à cette lutte gigantesque. J’aimerais tant jouir quelque part de la tranquillité et du repos. Hélas ! c’est impossible. Le communisme est à nos portes. Quand ses troupes envahirent le Tibet, c’en fut fini là-bas de ne s’intéresser qu’à la pure spiritualité. C’en fut fini tout autant, dans mon pays, pour tous ceux qui ne voulaient pas voir la réalité. Les Églises furent fermées, les monastères dispersés, il n’en resta que ce qui était indispensable pour faire illusion aux étrangers. Le tranquille repos dont je rêve me préserverait certes de la réalité, mais elle mettrait mon âme en grand danger. Cette lutte, si périlleuse pour ma personne, c’est pourtant mon devoir d’y prendre part. Si je disparais, soyez sûrs que ce sont les communistes qui m’auront enlevé. Ils m’ont arrêté dans une rue en 1948 et mis en prison sous un faux nom. Anna Pauker, qui était notre Secrétaire d’État, dit alors à l’ambassadeur de Suède, Patrick von Reuterswaerde : «En ce moment même, Wurmbrand flâne dans les rues de Copenhague.» Et cependant le ministre suédois avait en poche une lettre que j’avais réussi à faire sortir en fraude de prison ; il sut ainsi qu’on venait de lui mentir. Cela peut se reproduire. Si je suis assassiné, ce sera par un tueur aux gages des communistes ; eux seuls ont une raison de me tuer. Si vous entendez des bruits m’accusant de dépravation, de vol, d’homosexualité, d’adultère, d’incompatibilité politique, de mensonge ou autres gentillesses de même genre, ne cherchez pas les responsables : c’est la police secrète qui mettra à exécution sa menace : «Nous vous détruirons moralement.»

Je tiens de bonne source que les communistes ont décidé de me tuer après ma déposition devant le Sénat des États-Unis. Ils vont donc attenter soit à ma vie soit à ma réputation. Ils essaieront de me faire chanter en menaçant de terroriser mes amis de Roumanie. Leurs moyens sont puissants.

Mais je ne peux pas me taire. Et vous avez, vous, le devoir de prendre au sérieux ce que je dis. Même si vous pensez que ce que j’ai souffert m’a donné la manie de la persécution, demandez-vous combien il faut que le communisme soit terrible pour que ses sujets soient atteints d’un pareil complexe, et combien il faut le craindre puisque des Allemands de l’Est vont jusqu’à cacher leurs enfants dans des bulldozers pour traverser les barbelés au risque d’être tués avec eux.

L’Occident dort. Il faut le réveiller.
Les hommes qui souffrent cherchent un bouc émissaire qu’ils chargeront de leurs fautes. S’ils en trouvent un, leur fardeau sera beaucoup plus léger. Je ne peux m’y résoudre. Je ne placerai pas le fardeau sur les épaules des chefs religieux de l’Ouest qui pactisent avec le communisme. Le mal ne vient pas d’eux. Il est bien plus ancien ; ils sont eux-mêmes ses victimes. Ils n’ont pas créé le gâchis dans l’Église ; ils l’y ont trouvé.

Depuis que je suis en Occident, j’ai visité beaucoup de séminaires de théologie. J’y ai entendu des cours sur l’histoire des cloches et de la musique liturgique, sur des règles canoniques depuis longtemps périmées ou sur une discipline ecclésiastique qui n’a plus de raison d’être. J’ai vu des étudiants en théologie en train d’apprendre que dans la Bible l’histoire de la création n’est pas vraie, qu’il n’y a pas eu d’Adam, ni de Déluge, ni de miracles de Moïse ; que les prophéties ont été écrites après coup ; que la Conception virginale est un mythe, tout comme la Résurrection de Jésus ; que les ossements du Christ sont quelque part dans un tombeau ; que les Épîtres ne sont pas authentiques ; que la Révélation est l’œuvre d’un fou… mais que la Bible est tout de même le Saint Livre (cela nous laisse un livre saint dans lequel sont allégués plus de mensonges que dans un journal communiste).

Voilà ce que les chefs actuels de l’Église ont appris dans les séminaires. Voilà l’ambiance dans laquelle ils vivent. Pourquoi auraient-ils foi en un Maître sur lequel on leur a conté de si étranges histoires ? Pourquoi ces chefs de l’Église croiraient-ils à une Église où l’on peut en toute liberté enseigner que Dieu est mort ?

L’Église officielle qu’ils dirigent n’est pas l’Épouse du Christ, c’est une Église dont beaucoup de membres ont livré le Christ et lorsqu’ils rencontrent quelqu’un de l’Église clandestine, souffrante et martyre, ils le regardent comme un être d’une espèce inconnue.

Et puis, il n’est pas juste de ne juger les hommes que sur une partie de leur comportement. En le faisant, nous serions pareils aux Pharisiens qui reprochaient à Jésus de ne pas respecter les règles du sabbat. Cela leur cachait ce qu’il pouvait avoir d’aimable, même à leurs propres yeux. Les chefs religieux coupables de pactiser avec le communisme peuvent être sincères et droits en beaucoup de points. Et même ils peuvent revenir de l’erreur qu’ils commettent.

J’ai rencontré un jour en Roumanie un métropolite orthodoxe. C’était un agent communiste qui dénonçait ses propres brebis. Je lui pris la main et lui racontai la parabole de l’Enfant prodigue. Nous étions dans son jardin, le soir tombait. Je conclus : «Voyez avec quel amour Dieu accueille le pécheur qui revient à Lui. Il accueille avec la même joie l’évêque qui se repent.» Et je me mis à chanter des cantiques chrétiens. Ce pécheur s’est converti. Je me suis trouvé en prison dans la même cellule qu’un prêtre orthodoxe qui écrivait des sermons athées dans l’espoir qu’il gagnerait ainsi sa liberté. Je lui parlai. Au risque de ne jamais sortir de prison, il déchira ce qu’il venait d’écrire.
Non, pour alléger le fardeau qui pèse sur mon cœur je ne veux faire de personne un bouc émissaire.

Autre souffrance, encore. Mes amis les plus intimes eux-mêmes ne me comprennent pas. Certains m’accusent de rigorisme et de ressentiment contre les communistes, et je sais bien que ce n’est pas vrai.

L’écrivain mosaïque Claude Montefiore a dit que l’attitude de Jésus envers les scribes et les pharisiens, la condamnation publique qu’il a portée contre eux, sont contraires à son commandement d’aimer nos ennemis et de bénir ceux qui nous maudissent. Et le Dr W. R. Matthews, qui a récemment pris sa retraite comme Doyen de Saint-Paul de Londres, conclut qu’en effet il y avait là incohérence et contradiction provenant de ce que Jésus n’était pas un intellectuel.
L’idée que Montefiore se faisait de Jésus était fausse. Ces pharisiens qu’il stigmatisait publiquement, Jésus les aimait. A son exemple, tout en les dénonçant, j’aime les communistes et ceux qui sont leurs instruments dans l’Église.

Constamment je m’entends dire : «Ne pensez plus aux communistes ! Consacrez-vous aux choses spirituelles !» Un chrétien qui a été persécuté par les nazis m’a dit : «Je vous donne entièrement raison quand vous témoignez pour le Christ. Mais abstenez-vous du moindre mot contre le communisme.» Je lui ai répondu : «Les chrétiens qui combattaient Hitler en Allemagne avaient-ils tort ?
Devait-on leur imposer de parler seulement de la Bible et de ne rien dire contre le tyran ?» Il riposta :
«Hitler a exterminé six millions de Juifs. C’était un devoir de s’élever contre lui.» A quoi je rétorquai : «Le communisme a exterminé trente millions de Russes et des millions de Chinois et d’autres. Il a aussi massacré des Juifs. Faut-il donc ne protester que lorsque les victimes sont juives, pas lorsqu’elles sont Russes ?» «C’est tout à fait différent », conclut mon interlocuteur, et c’est tout ce qu’il me donna en fait d’explication.
J’ai été roué de coups par la police sous Hitler et sous les communistes et je n’y vois pas de différence. Dans les deux cas, j’ai tout autant souffert.

Certes, le communisme n’est pas la seule sorte de péché contre lequel la chrétienté doive lutter ; il y en a beaucoup d’autres et nous ne sommes pas obsédés par ce seul problème. Mais pour le moment la chrétienté n’a pas d’ennemi plus puissant ni plus dangereux. Il faut s’unir contre lui. Le redirai-je ? L’homme a pour fin de devenir semblable à Dieu, et l’objectif essentiel des communistes est de l’en empêcher. Ils croient qu’après la mort l’homme se transforme en sels et en minéraux. Aussi ramènentils toute son existence au niveau de la matière. Ils ne connaissent que les masses. Ils font leur cette parole que le Nouveau Testament met dans la bouche du démon auquel on vient de demander son nom : «Je m’appelle légion.» La personnalité — le plus précieux cadeau que Dieu ait fait à l’humanité — ils veulent l’écraser. Ils ont emprisonné un homme parce qu’il lisait un livre d’Alfred Adler intitulé : «Psychologie de l’individu» ; et les officiers de la police secrète qui l’arrêtèrent criaient : «L’individu ! Toujours l’individu ! Jamais la collectivité !»

Le Christ désire que nous soyons des personnes humaines. Il n’existe donc pas de compromis possible entre les communistes et nous. Ils le savent bien. Leur magazine Nauka i Religia (Science et Religion) écrit : «Religion et communisme sont incompatibles. Celui-ci est l’ennemi de celle-là. Le contenu du programme du Parti communiste est un coup mortel asséné à la religion… Il a pour but de créer une société athée dans laquelle le peuple sera débarrassé à jamais de toute contrainte religieuse.»
Vous demandez-vous si le christianisme et le communisme ne pourraient pas coexister ? Eh bien ! Voilà la réponse des communistes : «Le communisme est un coup mortel asséné à la religion.»

Référence : Richard Wurmbrand, L’Église du silence torturée pour le Christ, 4e édition, Apostolat des Éditions, Paris, traduit par Joseph Thérol. L’original de cet ouvrage a été publié aux éditions Hodder and Stroughton, Londres – http://torturedforchrist.com


Biographie de Richard et Sabina Wurmbrand

Le pasteur Richard Wurmbrand était un pasteur luthérien roumain qui passa quatorze années de sa vie emprisonné et torturé par les communistes dans son pays natal de Roumanie. Il était l’un des responsables les plus connus de croyants juifs en Roumanie. Il fut aussi l’auteur de nombreux ouvrages sur la persécution et la consécration totale à Christ. En 1945, lorsque les communistes se saisirent de la Roumanie et tentèrent de contrôler les églises à leurs fins, Richard Wurmbrand commença immédiatement un ministère « souterrain » efficace en faveur de son peuple opprimé et des soldats de l’occupation russe. Il fut finalement arrêté en 1948. Richard passa trois années de solitude totale, ne voyant personne d’autre que ses tortionnaires communistes.

Son épouse, Sabina, également juive, fut contrainte à travailler comme esclave ouvrière agricole pendant trois ans. A cause de son statut international de responsable juif messianique, les diplomates d’ambassades étrangères s’enquirent de la sécurité de Richard auprès du gouvernement communiste. On leur répondit qu’il s’était enfui de Roumanie. La police secrète, déguisée en collègues prisonniers relâchés, dit à son épouse d’assister à son enterrement dans le cimetière de la prison. Le pasteur Wurmbrand fut relâché à l’occasion d’une amnistie générale en 1964. Réalisant le danger d’un troisième emprisonnement, des chrétiens de Norvège négocièrent avec les autorités communistes sa libération de Roumanie. Le « prix pour la liberté » pour un prisonnier était de $1900. Le prix qu’elles fixèrent pour Wurmbrand fut de $10 000. En mai 1966, il témoigna devant le Sous-comité Interne de Sécurité du Sénat à Washington, et se mit torse nu pour montrer dix-huit blessures profondes dues à la torture recouvrant son corps. Son histoire fut rapportée par des journaux du monde entier, aux Etats-Unis, en Europe et en Asie.

Le pasteur Wurmbrand a été appelé « la Voix de l’Église souterraine ». Ses livres sont des best-sellers dans plus de cinquante langues.

Richard Wurmbrand fonda l’organisation « Voice of Martyrs« , œuvre destinée à venir en aide aux chrétiens persécutés dans le monde entier. Il décéda à l’hôpital dans l’après-midi du samedi 17 février 2001, aux Etats-Unis. Avec lui s’éteignit l’un de ces témoins martyrs de la foi – dont parle Hébreux 11 – de notre époque contemporaine.

« Mes prisons avec Dieu »

Mes prisons avec Dieu, Richard Wurmbrand - Editions Sénevé

Notre christianisme en Occident, de par la liberté de culte et le confort matériel dont nous jouissons, a exclu l’expérience de la souffrance comme moyen divin de croissance à la fois individuelle et collective. La profondeur du vide intérieur, l’adversité des puissances démoniaques opposées à l’Évangile de Jésus-Christ et animant les idéologies humaines qui contrôlent les terres des martyrs –Corée du Nord, Birmanie, Chine, Laos, pays islamistes, etc.- sont étrangères à notre expérience chrétienne normale. Or les saints les plus consacrés, dans toute l’histoire de l’Église, ont connu les épreuves les plus atroces et les privations les plus pénibles. Le sang précieux de ces hommes et femmes persécutés pour leur foi parle mieux que celui d’Abel. Il nous transmet la transpiration de leur âme, et nous communique les larmes qu’ils ont versées. Richard Wurmbrand est l’un de ceux-ci. Il passa quatorze années dans les prisons communistes de Roumanie, dont près de trois années de solitude complète en cellule d’isolement. Les nombreuses expériences qui furent les siennes sont décrites dans un grand nombre de livres qui devinrent des best-sellers. Dans un de ses livres, il raconte dans un poème ce qui fut l’une de ses plus profondes expériences spirituelles :

« Seul dans ma cellule, maintenant, je pouvais sentir presque physiquement la présence de Satan. Il faisait sombre, froid, et il se moquait de moi. La Bible parle de lieux retirés où les esprits mauvais dansent, et j’étais dans un de ces lieux. J’entendais sa voix, jour et nuit : « Où donc est ton Jésus? Ton sauveur ne peut pas te sauver. On t’a menti, et tu as menti aux autres. Il n’est pas le Messie ! Tu t’es trompé de personne! » Alors j’ai crié : « Et qui est le vrai Messie qui doit venir? » La réponse fut simple, mais trop blasphématoire pour être répétée ici. J’avais écrit des livres et des articles prouvant que Jésus était le Messie, mais je n’avais pas même un seul argument à présenter. Le diable, qui était parvenu à faire douter en prison Nils Hauge, le grand évangéliste norvégien, qui avait fait de même à Jean le Baptiste dans son donjon, s’acharnait contre moi. J’étais sans défense. Ma joie, et ma sérénité, tout s’en était allé. J’avais senti le Christ si proche de moi auparavant, enlevant mon amertume, illuminant mes ténèbres, mais à ce moment je criais : « Eli, Eli, lama sabachtani ». J’étais totalement seul, abandonné. Durant ces jours effroyables de ténèbres, lentement j’ai composé un poème, qui ne serait pas aisément accepté par ceux qui n’ont pas connu les mêmes expériences physiques et spirituelles. Ce poème me sauva. Avec ses mots, leur rythme, et leur répétition, j’ai réussi à vaincre Satan. Voici, sans les rimes, ni le rythme, le poème dans son sens exact traduit du roumain :

Depuis mon enfance j'ai fréquenté églises et temples,
En eux, Dieu est glorifié.
Différents prêtres chantaient, avec zèle.
Ils disaient qu'il était bon de T'aimer.
Mais en grandissant, je vis tellement de malheurs
dans le monde de ce Dieu que je me dis à moi-même :
"Il a un cœur de pierre. Autrement, il ôterait les difficultés de notre chemin."
Des enfants malades luttant contre la fièvre dans des hôpitaux,
pendant que leurs parents prient pour eux.

Le Ciel reste sourd.
Ceux que nous aimons partent pour la vallée de l'ombre et de la mort,
et pourtant nous avions prié très longtemps.
De jeunes hommes innocents brûlent vifs dans une fournaise.
Et le Paradis est silencieux.
Il laisse les choses se faire.
Dieu ne s'est-Il jamais posé la question de savoir si, même à voix basse,
les croyants eux-mêmes ne commençent pas à douter ?
Affamés, torturés, persécutés dans leur propre patrie,
leurs questions demeurent sans réponse.
Le Tout-Puissant n'est pas concerné
par les horreurs qui sont notre lot.
Comment puis-je aimer le Créateur des microbes,
et des tigres mangeurs d'hommes ?
Comment puis-je aimer Celui qui torture tous ses serviteurs
parce que l'un d'eux une fois a mangé d'un arbre ?
Plus triste que Job, je n'ai plus ni femme, ni enfants, ni consolateurs,
Et dans cette cellule, il n'y a pas de lumière, pas même un peu d'air,
c'est trop dur à supporter.
De mon lit en planches, ils me feront un cercueil.
Étendu sur mes planches, je me demande encore
pourquoi mes pensées vont vers Toi,
pourquoi mes écrits vont vers Toi ?
Pourquoi j'ai cet amour passionné pour Toi,
pourquoi je n'arrive pas à chanter à quelqu'un d'autre qu'à Toi ?
Je sais que je suis rejeté.
Dans un petit moment, je serai dans un trou, en train de pourrir. La fiancée du Cantique des cantiques ne T'aime pas lorsqu'elle demande si Tu es "correctement aimé". L'amour est à lui-même sa propre justification.

L'amour n'est pas pour les hommes sages.

Même si mille embûches se dressaient sur sa route, elle continuerait d'aimer.

Même si le feu la brûlait ou si les vagues l'emportaient,
elle continuerait d'embrasser la main qui la blesse.

Si elle ne trouve aucune réponse à ses questions, elle a confiance et elle attend.

Un jour, dans ces lieux retirés, le soleil brillera
et tout ce qui est caché sera révélé pleinement.

Le pardon de ses nombreux péchés n'a fait qu'augmenter l'amour ardent de Madeleine.

Mais elle a donné son parfum, et versé ses larmes
avant que Tu ne lui adresses les mots du pardon.

Si ces mots n'étaient pas sortis de Ta bouche, elle serait restée là, à T'aimer, en restant dans ses péchés.

Elle T'aimait avant que Ton sang ne se mette à couler.

Elle T'aimait avant que Tu ne la pardonnes.

Je ne demande pas non plus s'il est bon et légitime de T'aimer.

Je ne T'aime pas pour obtenir un jour le salut.

Je T'aimerai même si mes malheurs durent éternellement.

Je T'aimerai jusque dans le feu de l'enfer.

Si Tu avais refusé de descendre jusqu'aux hommes,

Tu serais resté mon rêve, lointain.

Si Tu n'avais pas voulu semer Ta Parole,

je T'aurais aimé sans l'avoir entendue.

Si le jour de la crucifixion, Tu avais hésité et même si Tu T'étais enfui,
et que le salut n'existait pas, je T'aimerais quand même.

Et si j'avais découvert qu'il y avait du péché en Toi, je le couvrirais de mon amour.

Maintenant, je n'ai plus peur de dire les paroles d'un fou,

pour que tous sachent combien je T'aime.

Maintenant, je vais faire vibrer des cordes que personne n'a jamais touchées
et je vais Te magnifier avec une musique nouvelle.

Si des prophètes annonçaient quelqu'un d'autre,

je les quitterais pour rester avec Toi.

Qu'ils produisent un millier de preuves, mon amour n'ira qu'à Toi.

Si j'étais divinement averti que Tu fus un trompeur,
en pleurant je prierais pour Toi,

Et même si je ne Te suivais pas dans l'erreur,
mon amour ne diminuerait pas pour Toi.

Pour Saül, Samuel passa sa vie dans le jeûne et les larmes.

Même si j'apprenais que Tu avais échoué, mon amour résisterait.

Si c'était Toi et pas le diable qui T'étais révolté contre le ciel, et avais perdu la sympathie des anges,

Si Tu étais tombé comme un archange, de haut, de très haut, sans espoir,

Moi je continuerais d'espérer que le Père Te pardonne

Et qu'un jour Tu marcherais de nouveau dans les rues pavées d'or du Ciel.

Si Tu n'étais qu'un mythe, je fuirais la réalité et me réfugierais avec Toi dans le rêve.

Si l'on me prouvait que Tu n'existes pas, c'est mon amour qui Te donnerait la vie.

Mon amour est fou, sans motif et sans raisons, comme le Tien.

Seigneur Jésus, trouve un peu de bonheur dans ce lieu où je me trouve.

Je ne puis pas T'offrir plus.

Après avoir composé ce poème, je n’ai plus jamais senti la proximité de Satan. Il était parti. Dans le silence, je sentais le baiser de Christ. Le monde entier est silencieux quand on l’embrasse. Le calme et la joie revinrent. « 


« …Je passai deux années, isolé dans une cellule. Je n’avais rien à lire, rien pour écrire. J’avais mes pensées pour seules compagnies. Or j’étais un homme d’action plus qu’un contemplatif.

Avais-je vraiment vécu pour servir Dieu, ou simplement exercé ma profession [de pasteur]? Les gens s’attendent à ce que les pasteurs soient des modèles de sagesse, de pureté, de sincérité; ils ne peuvent pas toujours l’être véritablement, parce que ce sont aussi des hommes; ils commencent donc, à un degré plus ou moins grand, par jouer le jeu, puis au fur et à mesure que le temps passe, ils sont incapables de dire quelle part de comédie il se trouve dans leur comportement.

Je me souvenais du profond commentaire qu’écrivit Savonarole sur le Psaume 51 alors qu’il était en prison et tellement roué de coups qu’il ne put signer ses propres « aveux » que de la main gauche. Il disait qu’il y a deux sortes de chrétiens : ceux qui croient sincèrement en Dieu et ceux qui, tout aussi sincèrement, croient qu’ils croient. On peut les reconnaître à leur comportement dans les moments décisifs. Si un voleur qui avait projeté de cambrioler une riche demeure aperçoit dans les parages un inconnu qui pourrait être un policier, il se cache. Si, réflexion faite, il pénètre quand même dans la maison, cela prouve qu’il ne croit pas que l’homme est un représentant de la loi. Nos actes témoignent de nos convictions.

Croyais-je en Dieu ? L’heure de vérité avait sonné. J’étais seul. Il n’y avait pas de salaire à gagner, pas d’avis précieux à prendre en considération. Dieu ne m’offrait que la souffrance : allais-je continuer à l’aimer ?

…J’appris peu à peu que sur l’arbre du silence pousse le fruit de la paix. Je commençais à prendre conscience de ma vraie personnalité, et à être sûr qu’elle appartenait au Christ. Je découvris que même dans cette cellule mes pensées et mes sentiments se tournaient vers Dieu et que je pouvais passer nuit après nuit en prières, exercices spirituels et louanges. Je savais à présent que je ne jouais pas la comédie et que je croyais à ce que je croyais.

Je mis au point une routine à laquelle je me tins durant les deux années suivantes. Je restais éveillé toute la nuit. Lorsqu’à dix heures la sonnerie donnait le signal du sommeil, je me mettais à l’œuvre. Quelquefois j’étais triste, quelquefois joyeux, mais les nuits n’étaient jamais assez longues pour tout ce que j’avais à faire.

Je commençais par une prière d’où les larmes, des larmes de reconnaissance souvent, étaient rarement absentes. Les prières, comme les signaux radio, s’entendent mieux la nuit; c’est alors que se livrent les plus grandes batailles spirituelles. Ensuite, je prononçais un sermon comme je l’aurais fait à l’église, débutant par « frères bien-aimés », dans un chuchotement que nul garde ne pouvait entendre, et terminais par « amen ». Je prêchais avec la plus grande sincérité. Je n’avais pas besoin de me préoccuper de ce que penserait l’évêque, de ce que dirait l’assemblée, de ce que les mouchards répéteraient. Je ne prêchais pas dans le vide. Chaque sermon est entendu par Dieu, ses anges et ses saints; mais je sentais qu’il y avait aussi parmi mes auditeurs invisibles ceux qui m’avaient amené à la foi, mes ouailles vivantes ou mortes, ma famille et mes amis. Ils étaient « cette nuée de témoins » dont parle la Bible. Je faisais l’expérience de la « communion des saints » du credo. »

Après quatorze années d’emprisonnement, de sévices et de tortures dans les prisons communistes de Roumanie, Richard Wurmbrand, retrouvant finalement la liberté, dit qu’il eut l’impression, en quittant ce monde carcéral où il fit de puissantes expériences spirituelles au milieu de ses souffrances, que c’était comme redescendre de la montagne de Dieu.

Il explique plus loin, dans son ouvrage Mes prisons avec Dieu (p. 41) :

« …Tous les chrétiens ne sont pas des disciples du Christ, dans le vrai sens du terme. L’homme qui entre chez le coiffeur pour se faire raser ou qui commande un costume chez le tailleur n’est pas un disciple, mais un client. De même celui qui va au Sauveur seulement pour être sauvé est le client du Sauveur, non son disciple. Le disciple est celui qui dit au Christ : « Comme j’aimerais faire le même travail que toi ! Aller d’un endroit à un autre pour en chasser la peur et lui substituer la joie, la vérité, la consolation et la vie éternelle ! »

 » … Des millions d’êtres humains invoquent le Père chaque jour. Mais puisque nous sommes les enfants de Dieu, et puisque les enfants partagent les responsabilités de leur père, alors ces prières s’adressent aussi à nous. Le Père que tous prient n’est-il pas dans mon cœur ?

Ainsi lorsque je dis « Que ton nom soit béni », j’ai moi-même à bénir le nom de Dieu. « Que ton règne vienne », je dois lutter pour abattre les puissances du mal qui régissent une grande partie du monde. « Que ta volonté soit faite », et la volonté des bons, non celle des méchants. « Pardonne-nous nos péchés », il faut aussi que je pardonne; « Délivre-nous du mal », je dois donc faire tout ce que je peux pour libérer l’homme du péché ».

Biographie de Sabina Wurmbrand

Peu de femmes ont été éprouvées dans leur foi comme Sabina Wurmbrand. Pendant les quatorze années d’emprisonnement de son mari, Richard Wurmbrand, les communistes lui dirent à de nombreuses reprises : « Divorce d’avec lui, il est mort. » Mais Sabina écouta la petite voix calme de Dieu, sachant que son mari était vivant. Pendant ce temps, Sabina, de façon désintéressée, s’occupa des autres croyants de l’Église souterraine qu’ils avaient démarrée ensemble tout en se battant durement pour sa survie et celle de leur petit garçon. Sabina fut assujettie à des privations et des souffrances incroyables.

Les Nazis assassinèrent ses parents, quatre de ses frères et sœurs et cinq enfants adoptés, et pourtant elle ne devint jamais amère ou pleine de ressentiment mais continua à manifester de l’amour envers tous. Sabina ne réfréna jamais ses efforts pour poursuivre l’œuvre que son mari avait initiée, celle d’unir l’Église souterraine. Vivant dans la crainte quotidienne d’être découverte, sa foi fut testée jusqu’à ses limites et elle demeura ferme dans son amour pour le Dieu d’Israël. Elle fut elle-même arrêtée en 1948 pour avoir évangélisé de façon subversive en Roumanie et passa trois années comme esclave ouvrière agricole sur le Canal du Danube qui ne fut jamais achevé. Néanmoins, elle survécut afin de raconter son histoire. Elle est véritablement une remarquable femme de Dieu. Son livre « The Pastor’s Wife » (La femme du pasteur) est un livre incontournable que tous devraient lire.

Se préparer à la souffrance et à la persécution en Occident

De tels témoignages nous aident à ressentir, en tant qu’Église libre d’Occident, une partie de l’agonie et de l’affliction des chrétiens de l’Église du silence, pour lesquels suivre Jésus-Christ équivaut à une sentence de mort. En face d’un engagement si total pour le Sauveur, nos modèles d’adoration, de consécration et de maturité chrétiennes dans nos pays libres, ne semblent-ils pas en réalité bien fades ? Qu’avons-nous fait de la croix du Sauveur ? Que signifie pour nous « renoncer à tout pour suivre Christ » ? Quels sont nos modèles de foi et d’excellence chrétiennes ? Avons-nous un seul moment intégré l’idée de la souffrance et de la persécution dans notre croix quotidienne et dans notre vie communautaire d’Église ? Y sommes-nous préparés ?…

La sclérose de la foi en Occident ne peut être imputée qu’à la pléthore de nos richesses et à la multitude de nos occupations individuelles ou ecclésiales, en apparence légitimes et nécessaires, mais ne constituant certainement, en vérité, que des œuvres inutiles et mortes dont nous ne pouvons pas nous passer. Il est fort probable que nous soyons devenus si riches en nous-mêmes que nous n’avons plus besoin de Dieu, et que nous ne le désirons pas au point que ce désir soit devenu une question de survie, et même de vie ou de mort. Nos maisons sont remplies d’abondance et fleurissent dans le confort de notre société de consommation et de hautes technologies – et dehors, le monde soupire et agonise, croule dans la misère et meurt dans ses péchés! Notre christianisme rejette vigoureusement la promesse des persécutions que nous a laissée Jésus (Marc 10:30). Notre piété est bien souvent un vêtement de paille qui n’a pas en elle la force pénétrante de l’amour sacrificiel véritable pour Christ. Cette parole du pieux Sadhou Sundar Singh ne peut être plus appropriée ici : « Dire que le christianisme est un échec en Europe et en Amérique est une grave erreur et n’est pas basé sur l’expérience. Pourtant, dans mes voyages en Occident, j’ai trouvé les gens si occupés par leur travail, leurs affaires, leur bureau, leur commerce, qu’ils n’ont plus de temps pour prier et recevoir les bénédictions de l’Évangile. »

Richard Wurmbrand a dit :

« Dans un pays libre, pour être membre d’une église, il est suffisant de croire et d’être baptisé. Dans l’Église souterraine, ce n’est pas suffisant d’en être membre. Vous pouvez être baptisé et vous pouvez croire, mais vous ne serez pas un membre de l’Église souterraine à moins que vous ne sachiez comment souffrir… Il est fort probable que vous ayez la foi la plus puissante du monde, mais si vous n’êtes pas préparé à souffrir, alors le jour où vous êtes pris par la police, vous aurez deux claques et vous ne déclarerez rien. Ainsi la préparation à la souffrance est l’un des éléments essentiels dans la préparation du travail souterrain. Un chrétien ne panique pas s’il est jeté en prison. Pour le croyant ordinaire, la prison est un nouvel endroit où il peut témoigner pour Christ. Pour un pasteur, la prison est une nouvelle paroisse. C’est une paroisse sans grands revenus mais avec de grandes opportunités de travail. Je parle un peu de cela dans mon livre Mes prisons avec Dieu. »

Dans nos propres pays démocratiques, nous hésitons à témoigner de Christ ouvertement de peur d’être traités de sectes ou de fanatiques ; la crainte des hommes nous entraîne même à dénoyauter l’Évangile de sa substance vivifiante, pour ne communiquer à la place qu’un message sans force en nous rabaissant à employer des méthodes impies du monde du spectacle, du marketing ou de la publicité pour « faire passer le message sans choquer » et pour éviter de porter l’opprobre de Jésus-Christ. Combien faible sera notre foi lorsque la persécution ouverte fondra sur les enfants de Dieu !

Vivre « les mêmes souffrances qui sont imposées à nos frères dans le monde » (1 Pierre 5:9) ne peut pas s’improviser du jour au lendemain. Une préparation est nécessaire. Mais pour beaucoup d’entre nous, l’éventualité même de la persécution est à jamais bannie : nous faisons tous nos efforts pour chasser de nos pensées cette terrible réalité que vivent déjà des millions de chrétiens ailleurs, et nous nous cramponnons fébrilement à une théologie moins offensante qui se focalise sur l’enlèvement de l’Église comme but suprême. Et ceci, non pas parce qu’il nous tarde tant d’être avec le Seigneur, mais plutôt parce que nous voulons nous soustraire à nos responsabilités et refusons de reconnaître que nos cœurs sont morts et froids! Bien-aimés saints de Dieu, armons-nous de la pensée de souffrir pour la cause de Christ et pour son nom, car le moment vient bientôt où chacun de nous devra se trouver confronté à la décision ou non de suivre Christ quoi qu’il en coûte. Reconnaissons comme l’apôtre Pierre notre confiance excessive en nous-mêmes et notre humble besoin de la grâce de Dieu. Oh! que nous soyons déterminés à nous repentir de nos tiédeurs et compromis, en prenant le sac et la cendre, et en nous humiliant nous-mêmes sous sa main puissante car l’heure est déjà avancée, et la fournaise ardente annoncée par les prophètes vient !

Il est quelque chose de grave et de solennel que le Seigneur veut nous faire revivre en Occident, c’est l’épreuve de notre foi, plus précieuse que l’or périssable (1 Pierre 1:7), à travers la souffrance et la persécution. Les plus grands saints dans l’histoire de l’Église, ceux qui nous ont transmis les révélations les plus profondes sur la beauté de Christ, l’immensité infinie de sa grâce et le mystère des dispensations de Dieu et de son Royaume éternel, sont ceux qui ont été purifiés, façonnés, et travaillés dans les détresses les plus inimaginables et les prisons les plus solitaires : Daniel, Joseph, Elie, Jérémie, Esaïe, l’apôtre Paul, Jean-Baptiste, Jérôme Savonarole, John Bunyan, Watchman Nee, Samuel Rutherford, etc.. Tertullien avait raison d’affirmer que le sang des martyrs a toujours été la semence de l’Église. Tiendrons-nous devant lui à l’heure de l’épreuve, de la maladie, de la persécution, du rejet, de la famine?

Souvenons-nous de ces quelques pensées que John Bunyan nous livre à propos de son incarcération lorsque viendra la persécution :

« Avant mon incarcération, j’avais prévu ce qui devait m’arriver et deux choses brûlaient dans mon cœur à propos de la façon dont je pourrais faire face à la mort, si j’en arrivais là. Je fus poussé à prier, à demander à Dieu de me fortifier « à tous égards par sa puissance glorieuse, en sorte que vous soyez toujours et avec joie persévérants et patients. Rendez grâces au Père. »

Pendant toute l’année qui précéda mon arrestation, je ne priais presque jamais sans que ce verset des Écritures me revienne à l’esprit et sans que je comprenne que pour souffrir avec patience et surtout avec joie, il fallait une grande force d’âme.

« La seconde considération fut dans le passage suivant : « Et nous regardions comme certain notre arrêt de mort, afin de ne pas placer notre confiance en nous-mêmes, mais de la placer en Dieu, qui ressuscite les morts. » Grâce à ce verset, je compris que si j’en arrivais à souffrir comme je le devais, premièrement je devais condamner à mort tout ce qui appartenait à notre vie, considérant ma femme, mes enfants, ma santé, les plaisirs, tout, enfin, comme morts pour moi et moi pour eux.


« Je résolus, comme dit Paul, à ne pas regarder les choses qui se voient, mais celles qui ne se voient pas; parce que les choses qui se voient sont temporelles alors que celles qui ne se voient pas sont éternelles. Et je compris que si je m’étais préparé seulement à la prison, je pourrais à l’improviste être appelé aussi à être fouetté ou attaché au pilori. De même, si je m’attendais seulement à ces châtiments, je ne supporterais pas celui de l’exil. La meilleure façon de supporter les souffrances était d’avoir confiance en Dieu, pour ce qui était du monde à venir, et pour celui-ci, il fallait considérer le tombeau comme ma demeure, dresser ma couche dans les ténèbres et dire à la décomposition : « C’est toi mon père » et à la vermine : « Ma mère et ma sœur » (Job 17:13-14). »

Par la bouche de l’apôtre Paul, le Saint-Esprit nous dit expressément que c’est par les tribulations du Royaume que la profondeur incommensurable de l’amour de Christ pourra être expérimentée pleinement dans nos cœurs. Par dessus tout, le Seigneur lui-même saura nous fortifier et nous affermir afin que notre foi ne défaille pas. Même dans les tragédies les plus sombres, nous serons cachés dans l’amour du Sauveur, ayant l’espérance de l’éternité de gloire avec celui qui nous a tant aimés.

« Qui nous séparera de l’amour de Christ? Sera-ce la tribulation, ou l’angoisse, ou la persécution, ou la faim, ou la nudité, ou le péril, ou l’épée? selon qu’il est écrit : « C’est à cause de toi qu’on nous met à mort tout le jour, qu’on nous regarde comme des brebis destinées à la boucherie. » Mais dans toutes ces choses nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Car j’ai l’assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. »

Romains 8:35-39.

Ainsi, la souffrance est l’unité de mesure de l’amour de Dieu révélé à nos cœurs, dans la dimension de l’éternité divine, ainsi que l’instrument de choix de Dieu pour nous rendre semblables à son Fils. La glorification des fils de Dieu passe par cette pédagogie divine, douloureuse mais purificatrice – seuls l’amour véritable pour Jésus et notre abandon confiant à sa grâce feront de nous des vainqueurs de la foi tels ceux de Hébreux 11.

« L’amphithéâtre de Rome… Une poignée d’hommes et de femmes firent leur entrée. Certains priaient, certains chantaient, même des chants de louange ! Ils ne semblaient pas voir les yeux injectés de sang des bêtes rendues folles par la faim. Tous les yeux étaient levés. Ils lèvent les yeux haut, haut vers les montagnes d’où leur viendra le secours, et jetés entre les mains d’un sacrifice sanglant, ils élèvent une foi que toute la puissance de la terre et de l’Enfer n’a pas été capable de détruire (…).


En plongeant notre regard dans cette image venue des siècles, une grande question remplit nos cœurs : d’où venait leur force ? D’où venait leur courage ? (…) Ne les trouvons-nous pas dans cette source qui envoya dix mille fois, dix mille des âmes les plus brillantes, les plus précieuses dans notre monde désertique – la source de l’Amour ? Plantée il y a dix-neuf siècles sur le mont du Calvaire, en s’élevant tout droit à côté de la tombe et détruisant l’aiguillon de la mort, et apportant la guérison aux nations, son essence n’a t-elle pas été la motivation de tout vrai renoncement offert par les disciples du Crucifié, à la fois au temps des martyrs et à notre propre époque ?

C’était l’amour ! C’était l’amour qui endurait. A travers les longues nuits sans sommeil des froides prisons, à deux pas de la torture, lorsque le corps était affaibli par le manque et la faim, c’étaient les pulsations de l’amour qui battaient fort; c’était l’amour qui tenait ferme à travers les feux et n’était pas brûlé. C’était l’amour qui traversait la mort et n’était pas anéanti.

Serez-vous trouvé parmi ce nombre ? La même grâce, la même victoire, le même Ciel sont nôtres pour le temps présent et l’éternité par la puissance du même amour. Des batailles aussi sombres peuvent être livrées, des luttes aussi longues et plus longues peuvent être menées, et des conquêtes aussi grandes peuvent être gagnées, afin qu’ici et dans l’au-delà devant son trône, nous puissions nous joindre à la grande et éternelle chorale de louange qui célèbre la grâce victorieuse. »

Evangeline Booth. Love Is All.

Source : http://sentinellenehemie.free.fr/bio_wurmbrand.html

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