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Le déclin du courage

Par François Garagnon

Nous vivons une époque assez singulière, qui promet beaucoup et qui tient peu, qui use et abuse des superlatifs et des grands discours tout en se montrant d’une étroitesse d’esprit alarmante. À titre personnel, je suis moins préoccupé par les dérapages de la Police nationale que par les diktats de plus en plus virulents de la police de la pensée…

Ainsi de la liberté d’expression. L’expression n’est libre que dans le cadre limité de la bien-pensance contrôlée par la puissance de frappe de lobbies très organisés. Il serait d’ailleurs plus juste de parler de « liberté de transgression » (l’attachement au droit au blasphème, exprimé par notre Président lui-même, en dit long sur l’orientation de nos idéaux…), car l’expression est surtout audible lorsqu’elle est injurieuse, décadente et décomplexée. Un dessin animé obscène programmé par Netflix (présentant un Jésus descendant de la croix pour tuer ses persécuteurs à la mitraillette avant d’avoir des relations sexuelles avec deux femmes) a fait réagir CitizenGo, un groupe de pression présenté comme conservateur (« chambre d’écho des bigots » ricanent ses détracteurs), lanceur d’alerte et organisateur de pétitions. Hasard du calendrier ? Quelques jours plus tard, Bruxelles considérait que CitizenGo était un « danger pour la démocratie ». Il n’est pas dans mon propos de défendre cette plateforme de pétitions en ligne de manière inconditionnelle. Mais les arguments utilisés pour bâillonner une pensée divergente me paraissent, eux, constituer le plus funeste des dangers pour le monde démocratique. Ne plus pouvoir débattre, s’offusquer, s’opposer, sans risquer l’opprobre général et la vindicte populaire de plus en plus téléguidée, n’est-ce pas le fait d’une dictature de la pensée qui ne dit pas son nom ? D’où vient que certains groupes minoritaires, ou communautés ségrégationnistes, accaparent l’attention des médias et sont autorisés à exposer en permanence leur propagande, quand d’autres, pour la seule outrecuidance d’avoir prononcé le nom de Dieu, sont immédiatement suspectés d’intolérable prosélytisme ? Le succès croissant et très prospère d’influenceurs (surinvestis dans les réseaux sociaux) suffit à montrer à quel point nos sociétés dites développées sont soumises à des grégarismes dignes des âges primitifs ! 

Tous ces exemples doivent nous conduire à résister plus que jamais au courant dominant, si la voix de notre conscience nous y incite. Pas de plus lâche démission que de s’exclamer avec lassitude, frivolité ou fatalisme « Il faut vivre avec son temps ! » Non, tout être humain qui se respecte ne cherche pas à vivre avec son temps mais avec sa conscience. Et si l’esprit de l’époque lui paraît colporter un vent mauvais, stérile ou décadent, rien ne l’oblige à s’y soumettre. 

Dans certains pays, des opposants à la « vérité » d’un régime sont emprisonnés ou torturés. Certains entament des grèves de la faim pour attirer l’attention du monde sur une injustice insoutenable. Ne laissons pas Soljenitsyne avoir raison lorsqu’il parlait, au sujet des démocraties occidentales, du « déclin du courage »…

En connivence.

Article reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.


A propos de l’auteur

François Garagnon

François Garagnon, né le 16 août 1957 à Neuilly-sur-Seine (France), est un écrivain et éditeur français. Il est connu en particulier grâce à son livre Jade et les sacrés mystères de la vie et ses suites. Il a écrit une trentaine d’ouvrages sur le thème du sens de la vie et de la quête spirituelle. Il est par ailleurs fondateur et directeur des Éditions Monte-Cristo, et le fondateur du Mouvement des Réenchanteurs Associés. François Garagnon est d’origine haut-alpine par son père, savoyarde par sa mère. Il a été élevé dans un milieu catholique pratiquant, et a vécu à Paris, à Cherbourg, à Indret, à Grenoble, avant de s’installer à Annecy. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Grenoble en 1980. Son premier livre est issu de son mémoire de fin d’études consacré à l’éthique chevaleresque dans la civilisation japonaise. C’est en 1991 que paraît son livre Jade et les sacrés mystères de la vie. Il publie aux éditions Monte-Cristo, Zoé la vive, en 2019. (Source : Wikipédia.)


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