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Présidentielle USA : Le véritable enjeu d’une élection explosive – par Gérald Olivier

Par Gérald Olivier

Presidentiel election 2020

Dans moins de six semaines, les Américains éliront leur nouveau président. Donald Trump obtiendra un second mandat, ou Joe Biden deviendra, à presque 78 ans, le plus vieux président élu des Etats-Unis. La campagne officielle a été lancée, comme il est de tradition, après le Labour Day – la fête du travail aux Etats-Unis – qui a lieu le premier week-end de septembre.

C’est d’habitude une période de foisonnement intellectuel, de rivalités politiques, d’agitation médiatique et de paris en tous genres, le tout dans le contexte bon-enfant d’une démocratie aguerrie et d’un pays perclus de certitudes, fier de ses institutions et de son histoire. Mais cette année, tout est différent et, pour une fois, il faut s’attendre à tout, y compris au pire.

Le pire, cela signifie une campagne marquée par des violences, un scrutin marqué par des manipulations et des fraudes mettant en doute la légitimité du résultat, une incertitude prolongée quant au vrai vainqueur, et des résultats contestés, donnant lieu à de nouvelles manifestations violentes… Avec une forte probabilité qu’en cas de victoire de Donald Trump ces violences soient encore plus étendues.

Pourquoi un tableau si sombre ? Parce que l’enjeu est colossal et les circonstances inhabituelles.

Cette élection engage l’avenir de l’Amérique. Elle met face à face des Américains conservateurs, habitant les banlieues ou la province, et des Américains progressistes issus principalement des grandes métropoles. Leurs visions de ce qu’est et de ce qui fait l ’Amérique ne sauraient être plus divergentes. Leurs ambitions pour l’avenir aussi. Les premiers veulent que l’Amérique en revienne à ce qui a fait d’elle la première puissance mondiale. Les seconds rejettent et renient ce passé au profit d’une utopie multiculturelle et socialisante. Ils tenaient la corde depuis des années et s’apprêtaient à voir leur rêve prendre forme en douceur quand Donald Trump est arrivé tel un éléphant enragé et a piétiné leurs accomplissements et leurs espoirs.

Donald TRump renominate

Car Donald Trump, au-delà de ses facéties, a engagé une révolution, ou plutôt une contre-révolution, qui portait magistralement ses fruits jusqu’à ce que la pandémie de coronavirus vienne tout gâcher. Son nationalisme économique et son conservatisme social ainsi que son souci de l’intérêt des Etats-Unis aux dépens de l’internationalisme vont à l’encontre des politiques menées par ses prédécesseurs des deux partis, depuis Ronald Reagan dans les années 1980. En même temps, sa volonté marquée de faire le ménage à Washington et de changer la façon de faire de la politique menace le mode de vie des élites sociolibérales, qui lui en veulent littéralement « à mort »… Voilà pourquoi la campagne de dénigrement à son égard est si forte et si focalisée sur sa personne.

En face, le camp démocrate est de plus en plus dominé par son aile radicale, voire révolutionnaire. Nombreux d’ailleurs sont ceux qui pensent que la révolution, la vraie, celle du grand soir, est en route. La mort de George Floyd, ce Noir tué lors de son arrestation par des policiers blancs, a servi de prétexte à son déclenchement. Les manifestations qui ont suivi, encouragées et soutenues par les Démocrates, ont dégénéré en situation insurrectionnelle et l’on a vu éclore ici et là des « zones autonomes », gérées par des autorités révolutionnaires autoproclamées. L’anarchie s’est installée dans certaines villes, et la criminalité a explosé alors même que les dirigeants de ces villes appelaient à supprimer la police… Les attaques contre les racines culturelles de l’Amérique se sont multipliées avec destructions de symboles (jusqu’à la statue d’Abraham Lincoln qui a pourtant aboli l’esclavage… !), et la réécriture systématique de l’histoire, à grand renfort de censure politiquement correcte… Un mouvement connu en anglais sous le nom de « cancel culture », annulation culturelle.

Résultat : l’atmosphère politique aux Etats-Unis est devenue aussi irrespirable que l’air chargé de cendres et de feu au-dessus de la Californie. Le pays a sombré dans une lutte acharnée pour le pouvoir, quel que soit le prix à payer par les citoyens… En année électorale, cela signifie que tous les coups sont permis, au diable la démocratie ! Sous prétexte de crise sanitaire, les Démocrates insistent pour généraliser le vote par courrier, ouvrant la voie à des fraudes, manipulations et contestations sans fin.

Difficile de croire, lorsqu’on parle d’émeutes, de fraudes électorales, de résultats incertains et contestés qu’il s’agit des Etats-Unis. On penserait plutôt à quelque pays de l’hémisphère Sud au niveau de vie abyssal. Mais c’est bien de la « première démocratie au monde » dont il est ici question.

Qu’est-il donc arrivé aux Etats-Unis pour qu’ils soient tombés si bas ? Si l’on pose la question à un Démocrate, il répondra : « Donald Trump ». Si l’on pose la question à un Républicain partisan de Trump (tous ne le sont pas), il dira plutôt : « cinquante ans de progressisme ».

Au-delà de savoir lequel des deux à raison, ces deux réponses ont l’avantage de clairement définir les enjeux de l’élection présidentielle à venir. D’un côté le combat est personnel, de l’autre il est sociétal. D’un côté, il s’agit de renverser un homme. De l’autre, il s’agit de préserver un modèle de société.

Hillary Clinton addressing WallStreet

Pour les Démocrates il s’agit de battre Trump. Par tous les moyens. Quoi qu’il en coûte. Hillary Clinton l’a reconnu récemment en recommandant à Joe Biden de « ne jamais concéder sa défaite », quel que soit le résultat. Pour les Démocrates, cette élection est devenue une affaire personnelle. Ce n’est pas tant la politique de Donald Trump qu’ils désapprouvent, c’est l’homme qu’ils veulent abattre. Tout ce qui ne va pas avec l’Amérique se résume pour eux à Donald Trump. Ils le détestent d’autant plus que ses propres partisans l’adulent. Il est inconcevable pour eux qu’une personne saine d’esprit puisse voter pour Trump. Ils sont convaincus que Trump triomphe parce qu’il abuse de la faiblesse et de la crédulité des électeurs. Il est dangereux parce qu’il est charismatique. Il faut d’abord s’en débarrasser et seulement ensuite envisager l’avenir. Biden est leur candidat idéal, il existe par défaut, sa seule justification est qu’il n’est pas Trump. Il n’a rien à proposer. Son programme se résume à dénigrer le président sortant.

Joe Biden in his basement

Il faut aussi laver l’affront de 2016. Ces Démocrates attendent leur revanche depuis quatre ans. Ils sont littéralement malades de Trump et leur guérison ne commencera qu’au lendemain de sa chute. Car la défaite surprise d’Hillary Clinton fut une pilule particulièrement amère à avaler. Pilule amère parce que cette défaite survint en dépit d’une victoire au décompte des suffrages nationaux, ce que le système fédéral et indirect américain rend possible. Pilule amère aussi parce qu’elle fut subie face à la personne de Donald Trump, ce milliardaire clinquant, sans goût ni éducation, qui ne connaissait rien à la politique et dont tout le monde s’était moqué, affirmant dans un éclat de rire qu’il ne serait jamais, mais absolument jamais, président !

Pour ces Démocrates là, les quatre années écoulées depuis le 8 novembre 2016 ont été un long cauchemar dont ils sont impatients de se réveiller… Le problème est que la victoire de leur candidat, Joe Biden, est loin d’être assurée et que le cauchemar pourrait devoir durer quatre ans de plus. Cette perspective met littéralement ces électeurs sur les nerfs et crée une tension encore jamais ressentie dans la société américaine

Il est plus que probable qu’au lendemain d’une réélection de Donald Trump ces électeurs soient dans la rue, pour manifester leur colère, contester le résultat, piller les magasins et mettre à sac cette Amérique de Trump dans laquelle ils ne se reconnaissent pas et à laquelle ils ne veulent même pas être associés.

Donald Trump patriotic

Pour les Républicains et les partisans de Donald Trump, au contraire, cette élection concerne l’avenir de la nation américaine. Pour eux, l’Amérique d’aujourd’hui est le résultat d’un demi-siècle de politiques progressistes, et de mainmise de la bourgeoisie de gauche sur les médias, l’enseignement (de la maternelle aux universités), la culture (Hollywood, Broadway et les élites littéraires basées à New York) et désormais le sport. Ces politiques ont affaibli l’Amérique sur le plan économique et elles l’ont divisée sur le plan culturel et social. Dressant les communautés les unes contre les autres. Sans résoudre les problèmes auxquelles ces politiques étaient supposées s’attaquer, en tête desquels viennent la pauvreté et la criminalité.

Avec son slogan simpliste de « Make America Great Again », Donald Trump appelle depuis quatre ans à en finir avec ces politiques publiques ayant largement échoué et propose une alternative. Ses partisans l’ont bien compris. Ils approuvent l’objectif et apprécient la méthode, qui bouscule les convenances pour mieux les dénoncer. Et ils sont d’autant plus enthousiastes que l’alternative proposée a démontré sa viabilité.

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L’ironie est que les Démocrates l’ont aussi compris. Et c’est d’ailleurs pour cela qu’ils tiennent tant à se débarrasser de Trump. Pour eux Donald Trump n’est pas dangereux à cause de ses tweets. Il est dangereux parce qu’il dénonce mieux que quiconque l’hypocrisie et le cynisme de leur classe politique. Il est dangereux parce que ses recettes économiques fonctionnent et pourraient rapidement les priver de leur fond de commerce en réduisant la pauvreté, le délabrement social et le crime.

Pas besoin d’études polytechniques pour comprendre que le plein-emploi est le pire ennemi de la gauche ! Si tout le monde a un travail, et si ce travail est correctement rémunéré, personne n’a besoin de se tourner vers le gouvernement pour lui demander assistance. Dès lors les politiques redistributrices chères aux sociaux-démocrates perdent leur raison d’être ! Le plein-emploi engendre un cercle vertueux par lequel la hausse des revenus soutient l’activité économique, encourage l’investissement et génère une plus forte croissance économique qui prolonge le plein emploi… Le meilleur moyen de ne jamais parvenir au plein-emploi est de garder les frontières grandes ouvertes pour entretenir un afflux permanent de travailleurs immigrés, et maintenir une concurrence impitoyable sur les bas salaires et sur les emplois non qualifiés. Pas surprenant que les Démocrates soient si favorables à une forte immigration, y compris clandestine, et farouchement opposés aux tentatives de Donald Trump de limiter ces entrées illégales !

De même si les familles restent unies, si les hommes assument leurs responsabilités de père, quel besoin de venir en aide aux « mères célibataires » et autres « babies having babies » (traduction : des jeunes filles mineures, mais déjà mères). Pas étonnant que les Black Lives Matter revendiquent une famille et une société débarrassées des pères ! Il s’agit d’éliminer toute résistance et toute obstacle à la domination du gouvernement.

C’est une question de bons sens : quand, dans une démocratie, votre discours politique consiste entièrement à défendre les « have not » contre les « have », c’est-à-dire les pauvres contre les riches, ou plus globalement les opprimés contre les oppresseurs, il est essentiel que les pauvres soient nombreux et qu’une bonne partie des riches (et desdits oppresseurs) se sentent coupables de l’être. C’est exactement ce que sont parvenus à faire les Démocrates au cours des cinquante dernières années. Il y a même des noms pour cela: « white guilt » et « white privilege » (« culpabilité blanche » et « privilège blanc »).

Black Lives Matter

Quoi de plus efficace pour maintenir l’idée d’une culpabilité blanche et d’une dette historique vis-à-vis des Noirs que de mettre en avant les injustices dont les Noirs sont les supposées victimes et que d’avoir une criminalité élevée et des meurtres par milliers chaque année. Sauver des vies noires, et sortir les Noirs de la pauvreté n’est pas dans l’intérêt des radicaux ou de la gauche, ils n’auraient plus de prétextes pour leurs revendications, de justification pour leurs demandes (on parle désormais de « réparations »… que l’on suppose financières !) et n’auraient plus personne à défendre…

Après cinquante ans de cette pénétration progressive, depuis que 1968 a engendré une révolution culturelle et porté aux postes clés de la société une génération pénétrée d’idéaux marxistes qui a patiemment et consciencieusement engagé un travail de sape des valeurs traditionnelles américaines, une partie de l’Amérique est devenue étrangère à elle- même. Il existe désormais deux Amériques qui se côtoient, mais ne se parlent pas et se détestent mutuellement.

L’enjeu du scrutin du 3 novembre est tout simplement la fin de cette division ou sa poursuite et le creusement d’un fossé encore plus profond. C’est ce qui rend cette élection si importante et le climat si tendu.

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Si Donald Trump est réélu il aura le temps en quatre ans de poursuivre son œuvre de rénovation économique, de réforme judiciaire, de lutte contre la corruption des élites à Washington et contre la mainmise de la gauche bien-pensante sur les médias et l’information. L’Amérique pourra alors peut-être se réconcilier sur les valeurs qui ont fait son expansion pendant plus de deux siècles.

Si au contraire Donald Trump est battu, les Démocrates s’attacheront à défaire tout ce qu’il aura commencé de construire et à réécrire l’histoire pour effacer toute trace de son passage. Lui sera poursuivi impitoyablement par les juges, les procureurs et les élus, pour le punir de son outrecuidance ! Avoir osé défier la machine démocrate. Mais les divisions de la société perdureront avec des demandes toujours plus extrêmes de la part des radicaux, persuadés comme certains d’entre eux depuis ce printemps que la révolution est en marche.

Source : http://geraldolivier.canalblog.com/archives/2020/09/15/38534668.html


A propos de Gérald Olivier

Gérald Olivier

Gérald Olivier est journaliste et partage sa vie entre la France et les États-Unis. Titulaire d’un Master of Arts en Histoire américaine de l’Université de Californie (1985), il a été le correspondant du groupe Valmonde sur la côte Ouest des États-Unis dans les années 1990, avant de rentrer en France pour occuper le poste de rédacteur en chef au mensuel Le Spectacle du Monde. Aujourd’hui il est consultant en communications et médias et se consacre à son blogue « France-Amérique ».

Il est aussi chercheur associé à l’IPSE, Institut Prospective et Sécurité en Europe.

Il est l’auteur de Mitt Romney ou le renouveau du mythe américain, paru chez Picollec en octobre 2012.

Des éléments supplémentaires de sa biographie peuvent être trouvés ici.

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