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Restaurer les fondements de la civilisation : le gouvernement de Dieu ou le chaos – par Gary DeMar

Par Gary DeMar

24 juillet 2020

Ce qui suit est tiré de l’introduction de mon nouveau livre Restoring the Foundation of Civilization: God’s Government or Chaos (« Restaurer les fondements de la civilisation : le gouvernement de Dieu ou le chaos ») qui devrait être disponible fin août ou début septembre 2020.

Il y a beaucoup de chrétiens qui ne participeront pas à la politique parce qu’ils croient (ou qu’on leur a enseigné à croire) que la politique est en dehors du champ de ce qui constitue une vision chrétienne du monde. « La politique est sale », « Jésus ne s’est pas mêlé à la politique », « la politique relève de la loi et le christianisme touche à la grâce », « le gouvernement n’est pas notre sauveur ; c’est Jésus », « Jésus a dit que son royaume n’est pas de ce monde », « la seule tâche du chrétien est de prêcher l’Évangile »1.

Le fait est qu’une vision biblique du monde inclut la politique, la dimension civile du gouvernement biblique. Le poète et critique littéraire britannique T. S. Eliot (1888-1965) l’explique mieux que je ne peux le faire :

Il y a pourtant un aspect dans lequel nous pouvons voir une religion comme l’ensemble du mode de vie d’un peuple, de la naissance à la tombe, du matin au soir et même dans le sommeil, et ce mode de vie est aussi sa culture…. C’est dans le christianisme que nos arts se sont développés ; c’est dans le christianisme que les lois de l’Europe ont été – jusqu’à récemment – enracinées. C’est dans le contexte du christianisme que toute notre pensée a un sens. Un Européen peut ne pas croire que la foi chrétienne est vraie, et pourtant ce qu’il dit, ce qu’il produit et ce qu’il fait jaillira de son héritage issu de la culture chrétienne et sa signification dépendra de cette culture… Si le christianisme disparaît, c’est toute notre culture qui disparaîtra2.

La Bible entière parle des sujets des gouvernements et de la politique comme elle parle de tout le reste. Abraham Kuyper (1837-1920), Premier ministre des Pays-Bas, professeur de théologie à l’Université libre d’Amsterdam et rédacteur en chef du quotidien The Standard, a résumé cette vérité par ces mots :

« [N]ul recoin de notre monde mental ne doit être hermétiquement isolé du reste, et il n’y a pas un seul centimètre carré dans toute la sphère de notre existence humaine sur lequel le Christ, qui est Souverain sur tout, ne crie pas : « Ceci est à moi ! »3

Si la sainteté signifie : « Tu ne voleras pas » pour vous et moi, elle signifie aussi la même chose pour vous et moi si nous décidons de devenir des fonctionnaires civils. La politique, en fait le « gouvernement civil », n’est pas un territoire moralement neutre, tout comme les gouvernements de soi, de la famille et de l’Église ne sont pas moralement neutres. Si nous suivons le raisonnement de certains chrétiens, nous ne pouvons pas nous élever contre un ministre civil lorsqu’il viole son serment de respecter la Constitution et enfreint une loi biblique, par exemple la loi spécifique contre le vol. Resterions-nous silencieux et passifs face à un mari qui viole son serment de mariage ou à un ministre de l’Évangile qui viole ses vœux d’ordination ? Bien entendu, nous ne le serions pas. Il existe des procédures pour traiter ces violations. Il en va de même dans le domaine civil. Il s’agit notamment de mettre en place des gens qui s’opposeront aux personnes qui violent leurs serments, afin de les démettre de leurs fonctions.

Donc, si des voleurs entrent par effraction dans votre maison et l’incendient, que devez-vous faire ? Et s’ils battent et violent votre femme et volent toutes vos affaires ? Si le chef de la police et le maire ne font rien, ces chrétiens qui ne veulent pas s’impliquer vont-ils dire à leurs concitoyens chrétiens qu’ils ne devraient pas protester, mais simplement accepter la persécution « pour l’amour de la justice » ? Serait-il considéré comme « orgueilleux », « pompeux » et un « acharné du pouvoir » parce qu’il aura rallié ses voisins en les convainquant de voter pour le maire lors de la prochaine élection ? Selon la Parole de Dieu, le magistrat civil détient le pouvoir du glaive (Romains 13:1-4.) S’il n’y a aucune limite à l’autorité et au pouvoir du magistrat civil, ce glaive peut faire énormément de mal à beaucoup de gens.

Je suppose que lorsque des chrétiens comme Corrie ten Boom (1893-1983) et sa famille ont été traînés dans un camp de concentration pour avoir aidé des Juifs à échapper aux nazis, leurs compatriotes chrétiens auraient dû leur dire :

« Voilà ce que vous obtenez en ne voulant pas être opprimés et privés de vos droits pour l’amour de la justice. Vous auriez dû faire la paix avec les nazis et non pas protester contre eux. La persécution est le lot du chrétien dans la vie. »

Si les chrétiens s’étaient impliqués dans le gouvernement civil des décennies auparavant et avaient compris ses limites et leur responsabilité de s’exprimer contre l’oppression, l’Allemagne n’aurait jamais eu un Adolf Hitler. Dans l’Allemagne du XIXe siècle, une distinction était opérée entre le domaine de la politique publique gérée par l’État et le domaine de la morale privée relevant de la sphère de l’Évangile. La religion était la sphère de la vie personnelle intérieure, tandis que les choses publiques relevaient de la juridiction des « puissances du monde ». La rédemption était entièrement du ressort de l’Église, tandis que la sphère civile était du ressort exclusif de l’État.

« La religion était une affaire privée qui s’intéressait au développement personnel et moral de l’individu. L’ordre extérieur – la nature, les connaissances scientifiques, la gouvernance politique – fonctionnait sur la base de sa propre logique interne et de lois discernables4. »

L’on disait aux chrétiens que la seule préoccupation de l’Église était la vie spirituelle du croyant.

« L’historien de l’Église d’Erlangen, Hermann Jorda, a déclaré en 1917 que l’État, l’ordre naturel de Dieu, suivait ses propres lois autonomes alors que le royaume de Dieu s’occupait de l’âme et opérait séparément sur la base de la morale de l’Évangile5. »

Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? C’est ce que de nombreux chrétiens croient et pratiquent.

Références :

1 Voir mon livre Myths, Lies, and Half-Truths (Powder Springs, GA : American Vision Press, 2010.)

2 T. S. Eliot, Notes Towards the Definition of Culture (New York : Harcourt, Brace and Company, 1949), 29, 126.

3 Abraham Kuyper, « Sphere Sovereignty » (1880) dans James D. Bratt, éditeur, Abraham Kuyper: A Centennial Reader (Grand Rapids : Eerdmans, 1998), 488.

4 Richard V. Pierard, « Why Did Protestants Welcome Hitler ? », Fides et Historia, X:2 (North Newton, KS : The Conference on Faith and History), (printemps 1978), 13.

5 Pierard, « Why Did Protestants Welcome Hitler ? », 14.

Source : https://americanvision.org/23940/restoring-the-foundation-of-civilization-gods-government-or-chaos/

4 réflexions au sujet de “Restaurer les fondements de la civilisation : le gouvernement de Dieu ou le chaos – par Gary DeMar”

  1. Il ne suffit pas de savoir que le Seigneur est aux commandes. Il est indispensable de savoir comment Il veut que les chrétiens agissent dans une situation de chaos.

    1. Le chaos n’est pas quelque chose à venir. IL a commencé avec la désobéissance d’Adam. Et nous nous sommes habitués, au point que nous considérons ce chaos comme la normalité voulue par le créateur.

      Jésus est venu dans ce chaos pour nous ouvrir les yeux. Si nous croyons Jésus nous saurons comment agir.

      Fraternellement.

      1. Le fait est que la seule foi en Jésus ne suffit pas. Si c’était le cas, l’Église serait en bonne santé. Il faut connaître les prescriptions de Dieu et Sa volonté pour tous les domaines de la vie et marcher dans l’obéissance. L’Église a besoin de connaître la loi de Dieu, doit la vivre et l’enseigner à toutes les nations pour qu’elles deviennent des disciples. C’est ainsi seulement que les fondements de la civilisation chrétienne seront restaurés.

  2. Le chaos apparent pourrait nous faire douter que le Seigneur soit toujours aux commandes.
    Il n’en est rien.
    Ce livre est donc inutile.

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