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Nous devons défendre la culture chrétienne.

Par Viktor Orbán

Publié le 28 juin 2020

Note de La Lumière :

Ce texte, bien que publié il y a deux ans et demi, conserve toute sa pertinence et devient encore plus actuel aujourd’hui face aux assauts toujours plus intenses et vicieux contre les vestiges de la civilisation chrétienne dans le monde occidental, le dernier en date étant celui des Black Lives Matter.

Nous attendons la grande fête du monde chrétien : la naissance de notre Seigneur Jésus-Christ. Dans l’attente silencieuse, nous levons les yeux, nous nous libérons des soucis de la vie quotidienne, et l’horizon de l’âme s’ouvre. Dans cette atmosphère particulière, nous pouvons résumer l’année écoulée et réfléchir une fois de plus à la nature de nos tâches dans le monde pour l’année à venir.

Que nous l’admettions ou non ou que nous le réalisions ou non, nous, Européens, vivons dans une culture ordonnée selon les enseignements du Christ. Je peux citer ici les paroles bien connues d’un ancien Premier ministre hongrois, le regretté József Antall :

« En Europe, même un athée est chrétien. »

Nous, les Hongrois, nous considérons à juste titre comme une nation chrétienne. Notre langue maternelle, par laquelle nous avons saisi et façonné la réalité, n’est liée à celle d’aucune autre nation européenne. Cela a également de précieuses conséquences.

Grâce à Mihály Babits, nous savons que l’esprit hongrois est né lorsque notre caractère oriental et la culture chrétienne occidentale se sont rencontrés. Et nous pouvons ajouter que cela a été la source de la vision du monde et de la mentalité hongroises. Mais cela a également causé beaucoup de difficultés, d’incompréhension, de solitude et, a quelquefois suscité un sentiment d’être étranger à ceux qui nous entourent. Néanmoins, pendant un millier d’années, notre essence chrétienne et notre foi vivante nous ont maintenus au cœur de l’Europe. C’est pourquoi, jusqu’à aujourd’hui, nous restons fidèles à la culture de notre langue maternelle et nous sommes fiers de la contribution de notre nation à l’essor de l’Europe au cours d’un millénaire grâce à nos accomplissements.

Selon l’Évangile de Saint Marc, le deuxième commandement du Christ est : « Aime ton prochain comme toi-même ». L’on parle beaucoup de ce commandement de Christ en Europe aujourd’hui. Il est utilisé pour nous reprocher de nous déclarer chrétiens, tout en déclarant que nous ne voulons pas que des millions de personnes d’autres continents s’installent en Europe – et que nous refusons même de les laisser entrer.

Mais ce commandement comporte deux volets, et nos accusateurs ont oublié le second : nous devons aimer notre prochain, mais nous devons aussi nous aimer nous-mêmes. S’aimer soi-même, c’est aussi accepter et protéger tout ce qui incarne ce que nous sommes et notre identité. S’aimer soi-même signifie que nous aimons notre pays, notre nation, notre famille, la culture hongroise et la civilisation européenne. Dans ces contextes, notre liberté – la liberté hongroise – s’est épanouie et peut s’épanouir, maintes et maintes fois.

Pendant des siècles, nos vies ont été façonnées par la conscience de ce que la liberté de la Hongrie était aussi une garantie de la liberté de l’Europe. C’est avec ce sens de la mission que nous avons tenu bon pendant la période de la conquête ottomane, c’est ce qui a aiguisé les lames de Petőfi1 et de ses compagnons rebelles, et c’est ce qui a donné du courage aux Lads de Pest2. Notre Loi fondamentale dit :

« Nous sommes fiers de ce que notre roi Saint Étienne ait construit l’état hongrois sur des bases solides et ait fait de notre pays une partie de l’Europe chrétienne il y a mille ans »,

et :

« Nous reconnaissons le rôle du christianisme dans la préservation de la nation ».

Lorsque nous traçons les limites de notre identité, nous faisons de la culture chrétienne la source de notre fierté et de notre force durable. Le christianisme est une culture et une civilisation. C’est dans ce cadre que nous vivons. L’essentiel n’est pas de savoir combien de personnes vont à l’église ou combien prient avec une véritable piété. La culture est la réalité de la vie quotidienne : la façon dont nous nous parlons et nous nous comportons les uns envers les autres ; la distance que nous gardons les uns par rapport aux autres et la façon dont nous nous approchons les uns des autres ; la façon dont nous entrons dans ce monde et la façon dont nous le quittons. Pour les Européens, la culture chrétienne détermine la morale de notre vie quotidienne. Dans les situations limites, cela nous donne un point de repère et une boussole. Au milieu des contradictions de la vie, la culture chrétienne nous montre le chemin. Elle détermine notre compréhension de la justice et de l’injustice, des relations entre hommes et femmes, de la famille, de la réussite, du travail et de l’honneur.

Notre culture est la culture de la vie. Notre point de départ – l’alpha et l’oméga de notre philosophie de la vie – est la valeur de la vie, la dignité que chaque personne a reçue de Dieu. Sans cela, nous ne pourrions pas évaluer les « droits de l’homme » et les conceptions modernes similaires. C’est pourquoi nous doutons que nous puissions l’exporter dans la vie de civilisations construites sur d’autres bases.

Les éléments fondamentaux de la vie européenne sont aujourd’hui attaqués. La nature évidente de la vie européenne est désormais menacée par ces choses auxquelles il ne faut pas réfléchir en profondeur, mais sur lesquelles il suffit d’agir. L’essence de la culture est que si elle ne va pas de soi, nous, les citoyens, perdrons nos points de référence : l’on n’aura plus de repères, et l’on n’aura plus rien pour vérifier son horloge ou sa boussole. Indépendamment du fait que nous allions ou non à l’église – ou si nous y allons, de l’église où nous allons – nous ne voulons pas être obligés de célébrer Noël derrière des rideaux tirés pour éviter de blesser les autres.

Nous ne voulons pas que nos marchés de Noël soient transformés, et nous ne voulons surtout pas devoir nous replier derrière des barrières de béton. Nous ne voulons pas que nos enfants soient privés des joies de Saint-Nicolas, du Père Noël et des anges de Noël3. Nous ne voulons pas être privés de la fête de la résurrection. Nous ne voulons pas que nos fêtes et cérémonies religieuses soient hantées par l’angoisse et la peur. Nous ne voulons pas que nos femmes et nos filles soient molestées par des foules de fêtards du Nouvel An.

Nous, Européens, sommes des chrétiens. Tout cela nous appartient, et c’est ainsi que nous vivons. Jusqu’à présent, nous avons considéré comme naturel que Jésus naisse, meure sur la croix pour nous et ressuscite ensuite d’entre les morts. Pour nous, nos fêtes religieuses sont une évidence et nous nous tournons vers elles pour donner un sens à notre vie quotidienne. La culture est semblable au système immunitaire du corps humain : tant qu’il fonctionne correctement, nous ne le remarquons même pas. Il devient perceptible et important pour nous lorsqu’il est affaibli. Lorsque des croix sont peintes à l’aérographe à partir de photographies, lorsque des personnes cherchent à retirer la croix d’une statue du pape Jean-Paul II, lorsqu’elles essaient de changer la façon dont nous célébrons nos fêtes, alors tout citoyen européen sensé est en colère. C’est également vrai pour ceux pour qui le christianisme – comme l’a brillamment dit Gyula Juhász – est « un paganisme juste avec de l’eau bénite ». Et c’est même vrai pour ceux qui, comme Oriana Fallaci, avaient des craintes pour l’Europe en tant que « chrétien athée ».

Aujourd’hui, les attaques visent les fondements de notre vie et de notre monde. Le système immunitaire de l’Europe est délibérément affaibli. Ils ne veulent pas que nous soyons ce que nous sommes. Ils veulent que nous devenions quelque chose que nous ne voulons pas être. Ils veulent que nous nous mêlions aux peuples d’un autre monde et, pour que le processus se déroule sans heurts, ils veulent que nous changions. À la lumière des bougies de Noël, nous pouvons clairement voir que lorsqu’ils s’attaquent à la culture chrétienne, ils tentent également d’éliminer l’Europe. Ils veulent nous enlever notre vie et l’échanger contre quelque chose qui n’est pas notre vie. En échange de la vie que nous avons vécue jusqu’à présent, ils nous promettent une vie nouvelle et plus éclairée. Mais il s’agit là d’une utopie : non pas l’essence de la vie réelle, mais un sophisme abstrait et théorique. Les utopies sont des rêves : potentiellement merveilleux, et donc séduisants. Mais elles sont tout aussi incohérentes, impénétrables, obscures et dénuées de sens que les rêves. L’on ne peut pas y vivre, ni être guidé par elles.

L’on ne peut pas prétendre que la culture chrétienne est le sommet de la perfection. C’est précisément la clé de la culture chrétienne : nous sommes conscients de l’imperfection, y compris de notre propre imperfection ; mais nous avons appris à vivre avec cela, à nous en inspirer et à en tirer un élan. C’est pourquoi, en tant qu’Européens, nous nous efforçons depuis des siècles d’améliorer le monde. Le don que nous apporte l’imperfection est que nous avons la possibilité de nous améliorer. Ceux qui nous promettent un monde beau, nouveau et mixte veulent maintenant saisir cette occasion. Maintenant, ils veulent aussi détruire tout ce que nous devons préserver pour les générations futures ; notre devoir d’agir de la sorte découle de la connaissance que, lorsqu’ils ont été appelés à le faire, nos ancêtres ont versé leur sang pour préserver cet héritage pour nous.

Bien que ce fait ait été oublié pendant un certain temps, j’entends de plus en plus souvent dire aujourd’hui qu’il y a soixante ans, les pères fondateurs de l’Union européenne ont tracé la voie : l’Europe, comme l’a dit Robert Schuman, sera chrétienne, ou elle ne sera rien. L’année 2017 a placé les pays européens devant une tâche historique. Une nouvelle tâche a été confiée aux nations libres d’Europe et aux gouvernements nationaux élus par des citoyens libres : nous devons protéger la culture chrétienne. Nous devons le faire non pas pour nous opposer aux autres, mais pour nous défendre nous-mêmes, nos familles, notre nation, nos pays et l’Europe, « la patrie des patries ».

En 2017, nous avons également constaté que les dirigeants des pays européens abordent la tâche de différentes manières : certains disent que ce problème n’existe pas ; d’autres pensent qu’il s’agit d’un progrès en soi ; et d’autres encore se sont engagés sur la voie de la capitulation. Il y en a aussi qui restent les bras croisés et attendent que quelqu’un d’autre résolve ce problème à leur place. L’histoire millénaire de la Hongrie prouve que nous ne sommes pas comme cela. Nous suivons un chemin différent. Notre point de départ a toujours été que nous avons le droit de vivre notre propre vie. Et nous avons défendu ce droit chaque fois que nous avons eu la force de le faire. C’est pourquoi, depuis des années, nous nous efforçons de fortifier la Hongrie pour qu’elle puisse enfin se remettre sur pied.

En ce qui concerne 2018, nous pouvons dire que tant que le gouvernement national dirigera le pays, nous travaillerons intelligemment, calmement, mais sans compromis pour que notre patrie reste une culture chrétienne et un pays hongrois. Et nous ferons tout notre possible pour que l’Europe reste européenne.

Je souhaite à tous un joyeux Noël.

Source : http://www.miniszterelnok.hu/we-must-defend-christian-culture/. Article publié originellement le 28 décembre 2017.

Notes du traducteur :

1 « Né Sándor Petrovics (Alexander Petrovics sur le registre de baptême en latin) le 1er janvier 1823 à Kiskőrös et mort le 31 juillet 1849 à Segesvár, Sándor Petőfi est considéré comme le poète inspirateur du nationalisme hongrois. Protagoniste actif de la Révolution hongroise de 1848, il est également un représentant de premier plan du courant romantique et du mouvement des nationalités dans l’Europe de la première moitié du XIXe siècle » (Wikipedia.)

2 Les Lads de Pest sont le nom des jeunes gens, la plupart adolescents ou dans la vingtaine, qui prirent les armes pour résister à l’occupation soviétique de la Hongrie. Ils sont devenus le symbole de la Révolution hongroise de 1956 et du combat en faveur de la liberté.

3 Sur le plan de la fidélité à Dieu, le culte chrétien qui honore Dieu devrait être expurgé des éléments païens qui se sont introduits dans la fête de Noël (Père Noël, Saint Nicolas, etc.) Il est regrettable que Viktor Orbán, pourtant chrétien réformé, ait ici donné priorité à la culture chrétienne au sens large, sans enraciner la défense de cette culture dans les impératifs bibliques. L’État a aussi pour rôle de défendre la vraie religion et non de maintenir l’idolâtrie.

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