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La théonomie : une extension de la théologie judiciaire du calvinisme – par Gary DeMar

Par Gary DeMar

26 avril 2017

Dean C. Curry, dans une recension de l’ouvrage Theonomy: A Reformed Critique, écrit que « The Theonomic Attraction » de John Muether est une « excellente analyse des raisons pour lesquelles la théonomie est florissante » [1]. Les louanges que fait Curry de l’évaluation par Muether de la « façon de penser théonomique » [2] me disent que Curry a peu ou pas lu les ouvrages reconstructionnistes. L’on peut en dire autant de M. Muether, comme le montrent clairement ses notes de bas de page.

Cela est typique. J’ai rencontré très peu de critiques de la théonomie qui se soient penchés sur les arguments réellement avancés par les défenseurs de la théonomie. Les critiques refusent de lire les ouvrages publiés. Comment le sais-je ? Parce que leurs accusations – qui sont légion – sont tellement éloignées de la réalité [3]. Certaines des accusations frisent le bizarre. L’autre jour encore, j’ai lu une lettre adressée au rédacteur en chef d’un journal de Columbus, en Géorgie, qui accusait les théonomistes de préconiser la peine de mort pour quiconque « commet un acte, ou même conçoit une pensée, qui s’oppose aux principes de l’organisation » [4]. Il ne faudra pas longtemps pour lire que les reconstructionnistes prétendent pouvoir lire dans les pensées. (Après avoir lu l’article de John Muether, j’en ai conclu qu’il semble penser qu’il pourra dire cela.)

Toute tentative de comprendre la « mentalité » de ceux qui se sont engagés dans une position théologique comme la théonomie et la reconstruction chrétienne est futile sans avoir fait au préalable des recherches approfondies. Découvrir les raisons pour lesquelles des personnes aujourd’hui croient à quelque chose nécessite au moins quelques entretiens. Muether n’a mené aucun entretien. Quelle somme de recherches de première main a-t-il effectuée ? Muether fait des citations provenant d’un seul livre écrit par un théonomiste, The Changing of the Guard de George Grant, et cela dans une note de bas de page. (Si l’on en croit Timothy J. Keller, George Grant n’est pas théonomiste [5], ce qui signifie que pas un seul livre de théonomie approuvé par Keller n’est cité par Muether.) Il cite six bulletins, ce qui n’est guère représentatif si l’on considère qu’un millier de bulletins ont été publiés depuis que R. J. Rushdoony a rédigé son premier Chalcedon Report en octobre 1965.

Sur la base des maigres recherches et analyses « sociologiques » de Muether, nous devons croire qu’il a découvert ce qui attire les gens vers la théonomie et la reconstruction chrétienne. Il ne s’en approche même pas. L’attrait de la théonomie chez les calvinistes est simple à comprendre si vous lisez les travaux des théonomistes. Parler à quelques théonomistes peut également vous aider. Les chercheurs sérieux devraient faire l’effort supplémentaire de bien comprendre l’histoire. S’ils refusent de le faire, les théonomistes n’ont alors aucune obligation morale de les considérer comme sérieux.

Le calvinisme et la tradition réformée

Il existe un processus de réflexion très direct qui conduit une personne qui considère le calvinisme comme l’expression la plus cohérente du christianisme à adopter les particularités de la théonomie. La théonomie est la théologie judiciaire appliquée du calvinisme. Le lecteur doit garder à l’esprit que la théonomie est une méthodologie, une façon de comprendre la loi de Dieu. La théonomie n’est pas simplement un ensemble de textes appliqués à la lettre à un contexte moderne. La théonomie est l’application de la théologie réformée à la sphère de l’éthique. Greg Bahnsen l’a clairement expliqué dans la préface de la première édition de Theonomy in Christian Ethics. Il le répète pour nous dans la deuxième édition de son livre :

La présente étude laisse beaucoup à explorer et à discuter dans l’éthique chrétienne, ainsi qu’une grande marge de désaccord dans les domaines de l’exégèse et de la compréhension et de l’application de la loi de Dieu dans des situations spécifiques. Deux personnes peuvent se soumettre au principe théonomique exhaustif de l’éthique chrétienne tout en étant en désaccord sur une question morale particulière (par exemple, sur les questions de savoir si un certain commandement biblique est cérémonial ou moral, si le mensonge n’est jamais toléré par Dieu, etc.) Ainsi, l’accord avec la thèse de ce livre n’est pas subordonné à un accord sur chaque question morale particulière ni à une interprétation spécifique d’un texte scripturaire [6].

En principe, la théonomie affirme que toute la Parole de Dieu est « utile » et applicable, équipant l’homme de Dieu « pour toute bonne œuvre » (2 Timothée 3:16.) Les désaccords sur la façon dont un passage s’applique ne constituent pas un désaveu de la théonomie. Les théonomistes veulent savoir, contrairement à leurs détracteurs, quelles raisons exégétiques sont utilisées pour rejeter l’application contemporaine de la loi de Dieu. Une personne qui se plonge dans la législation mosaïque et en fait une application contemporaine est en quelque sorte un théonomiste, même si son application peut différer de ce que d’autres théonomistes ont écrit. C’est le fait de l’application et non pas tant la manière qui caractérise l’application qui est l’essence de la théonomie. Par analogie, deux théoriciens constitutionnalistes américains qui s’accordent sur la doctrine de l’intention originale [7], mais qui sont en désaccord sur son application, sont toujours des théoriciens constitutionnalistes qui croient à l’intention originale.

Comme ceux qui étudient les arguments en faveur de l’éthique théonomique l’apprennent rapidement, loin d’être « un nouveau venu », comme le laisse entendre Muether, l’éthique théonomique a toujours fait partie de la théologie réformée [8]. C’est un attrait exercé par la théologie réformée qui a conduit de nombreux calvinistes comme moi à adopter les particularités de la théonomie. La conviction selon laquelle la Bible dans ses détails peut et doit être appliquée à tous les domaines de la vie est une caractéristique théologique majeure qui distingue la théologie réformée de toutes les autres traditions trinitaires orthodoxes. En outre, un nombre croissant de chrétiens non réformés ont adopté une grande partie du système éthique décrit par les théonomistes en raison de son « herméneutique biblique » [9]. Contrairement aux vues de Muether, John Monsma, un des premiers défenseurs de la vision calviniste du monde et de la vie, a déclaré que :

Le calvinisme n’est rien d’autre que le biblicisme. Si un gouvernement agit en accord avec la Bible, il fera toujours ce qu’il faut. S’il transgresse les limites que la Bible a placées autour de lui, il devient tyrannique. Les gouvernements de la Nouvelle-Angleterre, pris dans leur ensemble, ont été si exemplaires parce qu’ils étaient non pas des théocraties [10], mais des gouvernements bibliques. Les hommes qui composaient ces gouvernements reconnaissaient l’Auteur des gouvernements et de l’autorité gouvernementale, et au moins ils s’efforçaient, s’efforçaient sérieusement de gouverner selon la foi de leur âme, et de ne servir que les fins que la Bible plaçait devant eux [11].

Selon Monsma, les puritains de la Nouvelle-Angleterre ne croyaient pas à la souveraineté populaire, « telle qu’elle a été proclamée de manière antithéiste à Paris en 1789 », ni à la souveraineté de l’État, « telle qu’elle a été développée dernièrement par l’école historico-panthéiste allemande ». Ils croyaient plutôt à la souveraineté divine. À la fin du document puritain de la Nouvelle-Angleterre, « An Abstract of the Lawes of New England », publié à Londres en 1641, un résumé de leur dépendance à l’égard de Dieu et de sa révélation écrite comme norme pour la vie entière, ces mots, tirés d’Ésaïe 33:22, sont apposés :

Car l’Éternel est notre juge, l’Éternel est notre législateur, l’Éternel est notre roi, il nous sauvera.

Monsma déclare que c’était « le texte préféré du « politicien » lambda de la Nouvelle-Angleterre ! Si les théonomistes sont coupables de « biblicisme », alors nous sommes en bonne compagnie » [12].

Une méthodologie réformée

Mon intérêt pour le reconstructionnisme chrétien en général et pour l’éthique théonomique en particulier s’est manifesté par le biais d’une méthodologie réformée/calviniste, une procédure pour faire de la théologie que j’ai d’abord apprise alors que j’étais membre de l’église presbytérienne de Coral Ridge à Ft. Lauderdale, en Floride, et plus tard comme étudiant à la Faculté théologique réformée de Jackson, dans le Mississippi. La souveraineté de Dieu sur la vie entière est devenue pour moi le principe opératoire pour « faire » de la théologie.

Ce principe de la souveraineté divine, lorsqu’il est appliqué à la Bible, exige une soumission absolue à toutes ses prescriptions, non seulement dans la sphère de l’Église, mais dans tous les domaines de la vie. Dieu est le Souverain absolu de la vie entière ; par conséquent, Sa Parole devrait être le facteur déterminant dans chaque sphère d’activité de la vie [13].

Le calvinisme qui m’a été présenté était plus que les « cinq points ». Le calvinisme n’est pas simplement synonyme de prédestination. Le calvinisme, comme on me l’a enseigné, était une vision du monde et de la vie. Dans son aspect plus large, a dit Monsma, le calvinisme « a un sens strictement scientifique. C’est un système bien défini d’idées, – d’idées concernant Dieu et l’homme, concernant la vie morale, sociale et politique du monde. C’est une structure organique, complète en soi » [14]. Quand je suis devenu calviniste, l’on m’a assuré que je trouverais ce « système d’idées bien défini » dans la Bible.

En tant qu’étudiants de la Faculté, nous étions les héritiers de la Genève de Calvin, des Puritains et des Hodge de la vieille école de Princeton. La Bible est la norme. Toutes choses doivent être évaluées en fonction de l’Écriture. Il ne doit y avoir aucun compromis. C’est l’héritage qui m’a été donné. Un siècle auparavant, des étudiants avaient adopté une vision similaire de la vie. Lors du service d’intégration en 1877 d’A. A. Hodge comme professeur de théologie systématique à la Faculté de Princeton, le Dr W. M. Paxton a conclu son allocution par ces mots :

Le nom de cette faculté est connu dans le monde entier. Sa principale distinction est son enseignement biblique. Le fondement de sa foi est la Bible. Sa seule question est : « Qu’a dit Dieu ? » Sa seule preuve est la Parole de Dieu. Ses professeurs ne sont jamais arrivés au point de penser qu’ils en savaient plus que la Bible. Cette faculté a toujours enseigné qu’il n’y a que deux questions à considérer : (1) Est-ce la Parole de Dieu ? et (2) Que signifie-t-elle ? Ceci étant établi, il ne reste plus qu’à croire et à adorer [15].

Voilà le véritable « attrait théonomique » dans les milieux calvinistes. La théonomie est le prolongement judiciaire de la théologie réformée. Un pilier de la foi réformée, A. A. Hodge, a fait valoir que « le royaume de Dieu sur terre n’est pas simplement confiné à la seule sphère ecclésiastique, mais vise à l’universalité absolue, et étend son règne suprême sur tous les départements de la vie humaine » [16]. L’implication d’une telle méthodologie était évidente pour Hodge : « Il s’ensuit qu’il est du devoir de tout sujet loyal de s’efforcer d’amener toute la société humaine, sociale et politique, ainsi qu’ecclésiastique, à obéir à Sa loi de justice » [17], ce qui n’est plus évident pour ses successeurs.

A. A. Hodge pourrait-il obtenir un poste d’enseignant aujourd’hui dans l’une des facultés réformées ? Pas si les mêmes critères étaient appliqués à ses opinions que ceux qui sont appliqués aux théonomistes contemporains. Qu’est-ce que Hodge disait qui était différent de ce que les théonomistes disent aujourd’hui ? Si vous êtes un étudiant en faculté de théologie ou un membre d’une église où la théonomie est méprisée, lisez aux critiques la citation suivante de Hodge. Bien sûr, ne leur dites pas la source de la citation avant d’avoir reçu leur réponse :

Il est de notre devoir, dans la mesure où cela est en notre pouvoir, d’organiser immédiatement la société humaine et toutes ses institutions et tous ses organes sur une base distinctivement chrétienne. L’indifférence ou l’impartialité ici entre la loi du royaume et la loi du monde, ou de son prince, le diable, est une trahison totale envers le Roi de la Justice. La Bible, le grand livre des statuts du royaume, énonce explicitement des principes qui, lorsqu’ils sont appliqués avec sincérité, régiront l’action de tout être humain dans toutes les relations. Il ne peut y avoir de compromis. Le Roi a dit, à propos de toutes les descriptions des agents moraux dans toutes les sphères d’activité : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ». Si la vie nationale en général est organisée selon des principes non chrétiens, les églises qui sont englobées dans le cadre de la puissance d’assimilation universelle de cette nation ne pourront pas longtemps préserver leur intégrité [18].

Hodge a appelé la Bible le « grand livre des statuts du royaume ». En effet, il était un « bibliste » qui pensait que la Bible devait être utilisée comme un manuel de théorie sociale. Mais Muether nous dit que l’utilisation de la Bible comme manuel est l’essence même du fondamentalisme, et non de la théologie réformée [19]. La bataille de Muether se joue maintenant contre A. A. Hodge. C’est un combat disproportionné.

L’attrait du pluralisme

Quels sont les substituts au fondement solide d’une vision biblique du monde que les théologiens calvinistes d’aujourd’hui proposent comme l’essence de la théologie réformée ? L’on fait appel à la loi naturelle, à la révélation générale et à la grâce commune comme normes apparemment complètes, indépendantes et fiables d’interrogations éthiques. La Bible semble être devenue seulement une norme éthique parmi tant d’autres, faisant partie d’une « panoplie d’éthiques ». Le pluralisme est le nouveau slogan de ceux qui font partie ou non de la communauté chrétienne. Bien sûr, ce terme a une signification différente selon les personnes. C’est là que réside le danger. Douglas Groothuis écrit :

Le pluralisme fait référence à une diversité de religions, de visions du monde et d’idéologies existant à un moment donné dans la même société. Nous sommes socialement hétérogènes. Une religion ou une philosophie ne commande pas, ni ne contrôle notre culture. Au contraire, de nombreux points de vue existent. Nous avons des bouddhistes et des baptistes, des chrétiens réformés et des scientifiques chrétiens, tous dans le même quartier, ou du moins dans la même ville. Cela peut avoir un effet de nivellement sur la foi religieuse [20].

Avec le nivellement de la religion, nous assistons au nivellement de la morale. Tous les modes de vie sont autorisés au nom de la diversité et du pluralisme. Dans presque tous les cas, les chrétiens sont les perdants. Le pluralisme est l’appât tendu aux chrétiens pour leur faire abandonner la prudence, car nous sommes appelés à « faire confiance » aux défenseurs laïques et religieux du pluralisme. Les chrétiens sont encouragés à mettre de côté quelques unes seulement des doctrines distinctes de la foi, celles qui sont intrinsèquement « religieuses ». Une fois que ces dernières sont rejetées, nous disent nos amis pluralistes, les chrétiens sont alors libres de parler.

L’appel des chrétiens à adopter le pluralisme n’est qu’une autre façon de diluer la vérité. Le pluralisme devient une matraque servant à écraser les obstacles théologiques qui rendent le christianisme unique parmi toutes les religions du monde. Et quel est le fruit de la « nouvelle » vision du monde pluraliste « améliorée » ? Harold O. J. Brown écrit :

Aussitôt que les mots « Notre société pluraliste ne permettra pas… » sont prononcés, les crèches de Noël sont démantelées, les vacances de Noël deviennent des vacances d’hiver, et un moment de silence dans les écoles publiques n’est plus une vaine illusion, mais un péché interdit contre le pluralisme. Mais dites : « Notre société pluraliste exige… » et les militants homosexuels bénéficient d’un soutien en matière d’action positive dans leurs demandes d’emploi, les parents n’ont pas besoin d’être informés de l’intention d’une fille mineure d’avorter leur petit-enfant, et les clubs Rotary et les saunas sont des gleichgesechaltet accommodés en mode unisexe. La question de savoir si l’on approuve ou non le pluralisme semble être un test décisif pour savoir si l’on est persona grata dans le monde moderne [21].

Les pluralistes chrétiens ont abandonné les doctrines mêmes qui peuvent faire une différence fondamentale dans ce monde : l’unicité de Jésus-Christ et l’unicité de la révélation écrite de Dieu.

Le pluralisme est-il défendable sur le plan biblique ? Le chrétien devrait-il en principe se retirer, pour donner des chances égales à d’autres positions minoritaires ou majoritaires concurrentes au nom du pluralisme, lorsque ces positions prônent des modes de vie non bibliques et antichrétiens ? Autorisons-nous des systèmes concurrents à promouvoir l’avortement lorsque ses défenseurs revendiquent le modèle « pluraliste » pour défendre leur position ? L’État doit-il autoriser les mariages « homosexuels » ? Les Mormons devraient-ils être autorisés à pratiquer la polygamie, à laquelle la hiérarchie mormone n’a jamais publiquement renoncé en tant qu’idéal religieux [22] ? Les satanistes devraient-ils être autorisés à pratiquer leur culte selon les « diktats de leur propre conscience » ? La Bible enseigne le pluralisme, mais un pluralisme des institutions dans le cadre du système juridique unique et complet de Dieu [23]. Les Écritures n’enseignent pas un pluralisme des structures juridiques, ni un pluralisme des moralités concurrentes auxquelles est assigné un statut égal. Le pluralisme éthique ou moral (par opposition au pluralisme institutionnel) est toujours soit polythéiste soit humaniste [24]. La vie entière est sous la loi de Dieu parce que Dieu juge la vie entière en fonction de sa loi [25].

Cela signifie-t-il que les chrétiens bénéficient de faveurs particulières ? Pas du tout. Il faut faire une distinction entre un préjugé en faveur des chrétiens et un préjugé en faveur de la religion chrétienne [26]. Les chrétiens et les non-chrétiens sont égaux devant la loi civile, mais tous les ordres juridiques ne sont pas égaux devant Dieu. « La même loi s’appliquera à l’indigène comme à l’étranger qui séjourne parmi vous » (Exode 12:49 ; aussi Lévitique 24:22 ; Nombres 15:16.) Un chrétien qui commet un crime doit être traité de la même manière qu’un non-chrétien qui commet un crime défini par Dieu. Il n’y a pas de neutralité éthique dans la vie. Toutes les lois doivent reposer sur un fondement moral (religieux.) Ce fondement moral est soit le christianisme, soit une autre religion, que ce soit l’humanisme, l’hindouisme, le bouddhisme, l’islam ou un amalgame du « meilleur » venant de tous ces systèmes. Mais le « meilleur » de ces systèmes ne peut jamais inclure ce qui est vraiment le meilleur du christianisme, car le meilleur du christianisme est unique au christianisme.

Les points de vue uniques ne sont pas tolérés dans le cadre du pluralisme. Il me semble que le pluralisme a fondamentalement des préjugés contre le christianisme. Il s’agit d’une rupture radicale avec les racines historiques de notre nation.

Une nation qui ne maintient aucune Église établie et qui considère le pluralisme religieux comme étant à la fois socialement inéluctable et éthiquement souhaitable peut-elle se tourner avec confiance vers la religion pour générer et nourrir ses valeurs morales fondamentales ? Lorsque les fondateurs parlaient de la fonction nourricière de la religion, ils pensaient principalement au christianisme – au christianisme protestant – en fait, pour certains d’entre eux, au christianisme protestant avec une saveur nettement calviniste. Dans la seconde moitié du XXe siècle, la majeure partie du public, ainsi que la plupart des commentateurs ont considéré que la base religieuse des valeurs sociales américaines incluait pratiquement toutes les formes non seulement du christianisme, mais aussi de la tradition judéo-chrétienne tout entière [27].

Avec l’immigration accrue de populations appartenant à des traditions religieuses en provenance des pays orientaux et de l’Asie et l’acceptation de ces traditions au même titre que le christianisme, le christianisme ne façonne plus le contenu moral des idéaux démocratiques américains. Quelle norme sera utilisée par les pluralistes pour déterminer laquelle de ces traditions doit être incorporée dans la mosaïque des éthiques américaine ? Par définition, le pluralisme exclut la révélation unique de la Bible.

Même des non-chrétiens reconnaissent les pièges du pluralisme. Le sociologue Robert Bellah a « cherché à échapper aux problèmes créés par le pluralisme religieux en se tournant vers l’idée de Rousseau d’une religion civile. Les partisans de la religion civile affirment que des concepts religieux larges et vaguement énoncés peuvent, sans reconnaître une foi religieuse particulière, apporter une sorte de renforcement transcendant aux valeurs jugées utiles à la société » [28]. Mais qui, ultimement, parle au nom de ces valeurs ? Adolf Hitler a utilisé la religion civile comme un moyen de maintenir la loyauté civique. Le message d’Hitler dans les premières années de son gouvernement du Reich était fondé sur ce qui a été décrit comme une « culture morale ». La religion civile n’est pas axée sur l’individu, mais sur l’ensemble de la société. « La religion civile place réellement le bien-être de l’État au cœur des valeurs humaines et est donc facilement manipulable par ceux qui détiennent le pouvoir politique » [29]. Les partisans chrétiens du pluralisme vivent du consensus chrétien plus ancien qui, comme l’a souligné Francis Schaeffer, ne peut durer longtemps « lorsque l’on supprime la Bible dans laquelle Dieu a parlé de manière propositionnelle » [30]. Reichley écrit :

La vérité est que les valeurs démocratiques, du moins historiquement, ont largement reposé sur un fondement judéo-chrétien. Une fois qu’un système de valeurs sociales a été créé, il peut acquérir une vie propre, enrichie dans une certaine mesure par le contact avec d’autres sources. Mais si les racines judéo-chrétiennes étaient détruites, la superstructure des valeurs démocratiques ne durerait probablement pas longtemps. Si cela est vrai, le système politique dépend dans une certaine mesure d’une ou de plusieurs traditions religieuses auxquelles l’on ne peut pas s’attendre à ce que tous les Américains appartiennent [31].

Il ne fait aucun doute que les pluralistes de tous types, tant laïques que religieux, épousent certains des idéaux généraux d’une vision chrétienne du monde. L’on parle beaucoup de « droits individuels » et de « justice ». Mais que signifient ces termes dans leurs applications particulières ? Pour certains, les droits individuels signifient le « droit » d’une mère de tuer son enfant avant sa naissance. Les groupes en faveur des « droits » homosexuels veulent une liberté totale et sans restriction de pratiquer leur « style de vie alternatif ». Comment la doctrine du pluralisme répond-elle à ces demandes de légitimité juridique et civile ?

Le pluralisme n’était pas présenté comme une option lorsque j’étais étudiant à la Faculté de théologie réformée (FTR), jusqu’à ce que la théonomie arrivât et tentât de mettre des ailes sur l' »avion » réformé-calviniste. C’est une adhésion à la théologie réformée qui m’a conduit à adopter les principes de la reconstruction chrétienne et de l’éthique théonomique.

L’on disait toujours aux étudiants de la FTR que l’avion calviniste de la vision biblique du monde et de la vie allait voler. Cependant, nous avons rarement vu un avion calviniste moderne avec des ailes ou des moteurs. Nous n’avons jamais vu l’avion voler réellement. Ce fut une expérience frustrante. Lorsque les particularités de la théonomie mirent l’avion en vol, la tour de contrôle nous rappela pour modifier le fuselage. Oui, l’avion était en l’air, mais l’on nous disait qu’il était instable avec les ailes de la théonomie. L’on nous disait que les ailes avaient été essayées auparavant, mais qu’elles n’avaient pas eu beaucoup de succès. Et donc l’avion calviniste se trouve sur le tarmac sans aucun endroit où aller.

Aucune alternative crédible

Que s’est-il passé à la FTR qui m’a amené à devenir théonomiste ? Pourquoi y a-t-il eu une réaction si négative de la part de nombreux professeurs, de l’administration, des membres du conseil d’administration et des pasteurs face à « l’attrait théonomique » que beaucoup d’entre nous considéraient comme étant simplement l’élaboration des particularités réformées qu’on nous enseignait en classe ?

Je ne comprenais vraiment pas pourquoi l’on en faisait tout un plat. L’avion volait. N’est-ce pas ce que l’on nous disait de faire lorsque la Bible était appliquée à tous les domaines de la vie ? Nous avions même réussi à abattre l’armée de l’air dispensationnaliste avec un barrage constant de puissance de feu biblique. L’armée de l’air humaniste n’avait aucune chance, une fois que nous avions forcé les laïques à être cohérents avec leurs présupposés naturalistes centrés sur l’homme. Lorsque nous avions coupé leur approvisionnement en carburant (qu’ils dérobaient dans le dépôt de carburant chrétien) et que nous avions récupéré nos ailes volées, ils savaient qu’ils ne pouvaient plus faire voler leurs avions [32].

Peut-être que les critiques n’ont pas aimé la destination finale de l’avion théonomique. Certes. Mais ceux d’entre nous qui étaient intéressés par le débat attendaient qu’un autre avion décolle avec un meilleur plan de vol (biblique.) Il n’y en a jamais eu. Le débat a été étouffé, et le pilote a été renvoyé [33].

Ce qui m’a vraiment convaincu d’étudier la question de la théonomie, c’est la faiblesse des arguments des critiques dans leurs tentatives de clouer à terre l’avion théonomique. Dans nos cours liés à la théologie des alliances, les arguments réformés classiques (continuité) étaient utilisés contre le dispensationnalisme. Lorsque la théonomie est devenue un problème, les étudiants ont découvert que les arguments dispensationnalistes (discontinuité), les mêmes arguments qui ont été réfutés dans les cours de théologie de l’alliance étaient utilisés pour tenter de répondre à la théonomie et de la discréditer. La schizophrénie régnait dans l’esprit de tout étudiant réfléchi.

Notes :

[1] First Things (juin/juillet 1991), p. 54. Le rédacteur en chef est le père Richard John Neuhaus.

[2] John Muether, « The Theonomic Attraction », Theonomy: A Reformed Critique, édité par William S. Barker et W. Robert Godfrey (Grand Rapids : Zondervan Academie, 1990), p. 246.

[3] Greg L. Bahnsen et Kenneth L. Gentry, Jr, House Divided : The Break-Up of Dispensational Theology (Tyler, Texas : Institute for Christian Economics, 1989), ch. 5, et Gary North et Gary DeMar, Christian Reconstruction: What It Is, What It Isn’t (Tyler, Texas : Institute for Christian Economics, 1991), pp. 81-179.

[4] Sanjay Lal, « Fanaticism Still a Threat », The Ledger-Enquirer de Columbus, Georgie (18 août 1991), p. 3-4.

[5] Timothy J. Keller, « Theonomy and the Poor: Some Reflections », dans Theonomy: A Reformed Critique, p. 294. Voir l’essai de Ray R. Sutton, chapitre 9, ci-dessous.

[6] Deuxième édition, Phillipsburg, New Jersey : Presbyterian and Reformed, (1977) 1984, p. xxx. Réimprimé en 1991.

[7] C’est-à-dire l’intention originale des rédacteurs de la Constitution en 1787.

[8] Meredith G. Kline, critique calviniste du reconstructionnisme chrétien, est assez honnête pour affirmer que l’éthique théonomique « est en fait une renaissance de certains enseignements contenus dans la Confession de foi de Westminster – du moins dans les formulations originales de la Confession de foi ». Kline, « Comments on an Old-New Error », The Westminster Theological Journal 41:1 (automne 1978), p. 174.

Comme le souligne Greg Bahnsen, il n’y a pas eu d’amendement à « la déclaration sur la loi de Dieu ni sur son usage dans les catéchismes (c’est-à-dire les éléments strictement théonomiques des normes confessionnelles) ». Une révision a été apportée à « une sous-section du chapitre sur le magistrat civil, visant à renforcer la suppression et le rejet de l’érastianisme (voir Theonomy, p. 527-37, 541-43) ». Bahnsen, « M. G. Kline on Theonomic Politics: An Evaluation of His Reply », Journal of Christian Reconstruction, VII (hiver 1979-80), p. 201.

[9] Lors d’une discussion à la FTR le 17 juillet 1978, Greg Bahnsen a dû répondre à plusieurs reprises à l’accusation de recourir à une « herméneutique bibliste ». Bibliste ? Trop biblique ?

[10] De nombreuses définitions sont données de la « théocratie ». Monsma semble assimiler la théocratie à une certaine forme d’ecclésiocratie où l’Église en tant qu’institution règne sur l’État. Les reconstructionnistes utilisent la théocratie dans le sens de la domination de Dieu sur toute la vie et l’utilisation de sa révélation écrite comme norme pour la gouvernance de la vie entière. Un reconstructionniste utiliserait le mot théocratie comme synonyme de gouvernement biblique.

[11] John Clover Monsma, What Calvinism Has Done for America (Chicago, Illinois : Rand McNally & Co., 1919), p. 141-42.

[12] Ibid., p. 141-42.

[13] Ibid., p. 4.

[14] Ibid., p. 2, 3. Beattie a écrit : « Ainsi, le système calviniste est considéré comme s’imposant aux esprits pensants comme la solide philosophie de la nature et de la providence, et comme la véritable interprétation des Écritures et de l’expérience religieuse. Ce système a une complétude philosophique, une solidité scripturale et une précision expérimentale qui lui confèrent une forte confirmation logique et lui assurent une stabilité rationnelle. L’on peut dire sans risque qu’aucun autre système ne peut justifier aussi pleinement cette affirmation, car même ceux qui ne professent aucune sympathie pour le système calviniste n’ont jamais encore été capables d’en présenter un meilleur qui force notre acceptation ». Francis R. Beattie, The Presbyterian Standards: An Exposition of the Westminster Confession of Faith and Catechisms (Richmond, Virginie : The Presbyterian Committee of Publication, 1896), p. 5.

[15] Cité dans A. A. Hodge, The Confession of Faith: A Handbook of Christian Doctrine Expounding the Westminster Confession (Carlisle, Pennsylvanie : The Banner of Truth Trust, [1869] 1978), p. x.

[16] A. A. Hodge, Evangelical Theology: Lectures on Doctrine (Carlisle, Pennsylvanie : The Banner of Truth Trust, [1890] 1990), p. 283.

[17] Ibid.

[18] Ibid., p. 283-84.

[19] Muether, « The Theonomic Attraction », p. 283.

[20] Douglas Groothuis, « The Smorgasbord Mentality », Eternity (mai 1985), p. 32.

[21] Harold O. J. Brown, « Pluralism in Miniature », Chronicles (mai 1988), p. 13. La discussion de R. C. Sproul sur le pluralisme est utile. Voir son ouvrage Lifeviews: Understanding the Ideas that Shape Society Today (Old Tappan, New Jersey : Fleming H. Revell, 1986), p. 119-27.

[22] La Cour suprême a déclaré que la polygamie était en désaccord avec les principes fondamentaux du christianisme : « Elle est contraire à l’esprit du christianisme et à la civilisation que le christianisme a produite dans le monde occidental. » Late Corporation of the Church of Jesus Christ of Latter Day Saints v. United States, 136 U.S. 1 (1890). Un an auparavant, la Cour avait déclaré que « la bigamie et la polygamie sont des crimes selon les lois de tous les pays civilisés et chrétiens. . . Appeler leur promotion un principe de la religion est une offense au bon sens de l’humanité ». Davis v. Beason, 133 U.S. 333, 341-42 (1890). Cité dans John Eidsmoe, The Christian Legal Advisor (Milford, Michigan : Mott Media, 1984), p. 150. La doctrine opérationnelle du pluralisme a maintenant ouvert la porte à l’abolition par l’ACLU des restrictions au vœu de mariage. En vertu du pluralisme de l’ACLU, la polygamie devrait être autorisée. Et pourquoi ce ne serait pas possible ?

[23] Gary DeMar, Ruler of the Nations: Biblical Blueprints for Government (Ft. Worth, Texas : Dominion Press, 1987), chapitre 2 et God and Government, 3 volumes. (Brent wood, Tennessee : Wolgemuth 8c Hyatt, 1990.)

[24] DeMar, Ruler of the Nations, ch. 3.

[25] Ibid, ch. 4.

[26] Le New York spectator du 23 août 1831 relate ce qui suit : « Le tribunal de première instance du comté de Chester (New York) a rejeté quelques jours plus tard un témoin qui déclarait son incrédulité en l’existence de Dieu. Le président de la cour a fait remarquer qu’il n’avait pas eu connaissance auparavant qu’il y avait un homme vivant qui ne croyait pas à l’existence de Dieu ; que cette croyance constituait la sanction de tout témoignage devant une cour de justice ; et qu’il ne connaissait aucune cause dans un pays chrétien où un témoin avait été autorisé à témoigner sans cette croyance ». Alexis de Tocqueville, Democracy in America, 2 vol. (New York : Alfred A. Knopf, [1834, 1840] 1960), 2:306.

Jusqu’en 1876, la Constitution de la Caroline du Nord exigeait ce qui suit :

Qu’aucune personne qui renierait l’existence de Dieu, la vérité de la religion protestante ou l’autorité divine de l’Ancien ou du Nouveau Testaments, ou qui aurait des principes religieux incompatibles avec la liberté et la sécurité de l’État, ne pourra occuper un poste ni une position de confiance ou d’avantage dans l’administration civile de cet État.

[27] A. James Reichley, « Religion and American Democracy », The World & I (janvier 1991), pp. 556-57.

[28] Ibid, p. 557.

[29] Ibid., p. 558.

[30] Francis A. Schaeffer, Back to Freedom and Dignity (1972) dans The Complete Works of Francis A. Schaeffer, 5 vol. (Westchester, Illinois : Crossway Books, 1982), 1:379.

[31] Reichley, « Religion and American Democracy », p. 558.

[32] Les humanistes, pour maintenir leur avion en vol, doivent emprunter des éléments tirés de la vision du monde présupposée dans la Bible. L’avion humaniste perd de l’altitude et finit par s’écraser lorsqu’il suppose qu’il peut se débarrasser du carburant qu’il a volé à la pompe marquée « Présuppositions bibliques ».

[33] D’autres ont observé l’absence d’élaboration systématique de théories sociales par ceux qui sont les mieux décrits comme des « critiques de la culture contemporaine ». James Skillen souligne que si Chuck Colson « présente un aperçu pointu de la vie publique contemporaine », il ne va pas « jusqu’à proposer quelque chose de systématique ». Alors qu’il « loue l’habileté politique de William Wilberforce, l’évangéliste anglais du début du XIXe siècle qui a mené le mouvement de l’abolition de la traite des esclaves », Colson « tire trop peu de conclusions de l’étude pour suggérer à quoi devraient ressembler un ordre politique juste et un gouvernement noble ». James W. Skillen, The Scattered Voice: Christians at Odds in the Public Square (Grand Rapids : Zondervan, 1990), p. 65.

Source : https://americanvision.org/14290/theonomy-an-extension-of-calvinisms-judicial-theology/

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