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Comment la frappe américaine contre le général iranien Souleimani change les règles du jeu en Irak

Par James Phillips
4 janvier 2020
L’attaque aérienne américaine de jeudi soir [n.d.t. : 2 janvier 2019] qui a tué le général iranien Qassim Souleimani a été un effort audacieux et décisif visant à éliminer un dirigeant militaire et terroriste iranien clé à un moment où l’Iran semblait être prêt à déclencher une escalade de la crise en Irak en préparant une « attaque imminente », selon le secrétaire d’Etat Mike Pompeo.
M. Souleimani avait été le cerveau de la guerre de faible intensité et de la campagne terroriste menée par l’Iran contre les États-Unis et leurs alliés pendant de nombreuses années. En tant que chef de la Force Quds, l’aile d’élite des opérations spéciales du Corps des gardiens de la révolution islamique, M. Suleimani avait essentiellement servi de vice-roi de l’Iran pour l’Irak, la Syrie et le Liban.
Il s’était fait connaître en Iran et dans la région en supervisant le réseau croissant de milices de substitution, de groupes terroristes et d’alliés islamistes radicaux de l’Iran.
Sa Force Quds avait orchestré la formation, l’armement, l’entraînement et les opérations d’une légion étrangère de groupes militants irakiens, syriens, libanais, afghans, yéménites et autres que Téhéran avait déployés pour faire avancer son programme impérial et exporter la révolution islamiste iranienne.
L’Iran a longtemps utilisé des milices de substitution pour faire son sale travail en Irak. Un des terroristes tués avec Suleimani était Abu Mahdi al-Muhandis, le responsable du Hezbollah Kataib (« Brigades du Parti de Dieu »).
Comme Souleimani, al-Muhandis était désigné comme un terroriste par les États-Unis.  Il était reconnu coupable et condamné à mort par contumace au Koweït pour sa participation aux attentats à la bombe perpétrés en 1983 contre les ambassades américaine et française à Koweït City.
Cette milice irakienne radicale – sur le modèle de la milice terroriste libanaise du Hezbollah (que Souleimani avait également contribué à mettre sur pied) – a été formée en 2007 en tant que phalanges sous le commandement direct de la Force Quds de Souleimani. Le Hezbollah Kataïb était l’une des milices irakiennes que la Force Quds a utilisées pour tuer plus de 600 soldats américains en Irak de 2003 à 2011, selon les estimations du Pentagone.
Le Hezbollah Kataib a également été responsable de nombreuses attaques à la roquette au cours des derniers mois sur les troupes américaines en Irak, y compris l’attaque à la roquette du 27 décembre qui a tué un citoyen américain et a provoqué la crise actuelle.  Les États-Unis ont riposté à cette attaque à la roquette par des frappes aériennes contre cinq bases du Hezbollah Kataib et des sites de stockage d’armes en Irak et en Syrie le 29 décembre.
Cela a incité le Hezbollah Kataib et d’autres milices soutenues par l’Iran à mobiliser une foule qui a assiégé l’ambassade américaine à Bagdad les 30 et 31 décembre [n.d.t. : 2019] et a tenté d’y mettre le feu. Souleimani est arrivé à l’aéroport de Bagdad peu après, planifiant sans doute d’orchestrer des attaques plus dangereuses contre le personnel américain en Irak.
La mort de Souleimani est une perte énorme pour le régime iranien et ses phalanges irakiennes. C’est aussi une victoire opérationnelle et psychologique majeure pour les États-Unis.
La forte réponse militaire américaine et la capacité démontrée des services de renseignement à identifier, suivre et cibler les mouvements de Souleimani devraient renforcer la dissuasion américaine contre les agressions iraniennes à long terme, bien que l’Iran risque d’intensifier les attaques en Irak et ailleurs dans la période qui suivra immédiatement l’attaque.
Mais comme l’a dit le secrétaire à la Défense Mark Esper jeudi [n.d.t. : 2 janvier 2019] avant la frappe : « Le jeu a changé. »  Washington ne tolérera plus d’attaques par des phalanges soutenues par l’Iran sans leur infliger un lourd tribut, non seulement à ces dernières, mais aussi à l’Iran, qui a historiquement agi en toute impunité en menant une guerre de l’ombre par le biais de ses représentants.
Cette politique consistant à tenir Téhéran responsable des attaques perpétrées par ses représentants avait été annoncée par la Maison Blanche dans une déclaration de 2018, après que des milices irakiennes soutenues par l’Iran eurent attaqué des bâtiments diplomatiques américains en Irak :
Ces derniers jours, nous avons vu des attaques mortelles en Irak, notamment contre le consulat des États-Unis à Bassorah et contre l’ambassade américaine à Bagdad. L’Iran n’a pas agi pour mettre fin à ces attaques par ses représentants en Irak, qu’il a appuyés au moyen de financements, de la formation et d’armes.
Les États-Unis tiendront le régime de Téhéran pour responsable de toute attaque qui causerait des dommages à notre personnel ou des dommages aux installations du gouvernement des États-Unis. L’Amérique réagira rapidement et de manière décisive pour défendre la vie des Américains.
Le président Donald Trump avait averti à plusieurs reprises les dirigeants iraniens des conséquences potentielles d’attaques contre les Américains. Il n’est pas surprenant qu’il ait imposé sa propre « ligne rouge« .
La frappe réussie contre Souleimani est un puissant message adressé aux dirigeants iraniens, les avertissant que leurs anciennes tactiques de « combat d’usure jusqu’au dernier Irakien » dans une guerre de l’ombre contre les États-Unis comportent maintenant beaucoup plus de risques et de coûts. Si cela est maintenu dans le temps, cela pourrait modifier leur calcul coûts-avantages et les amener à modérer leurs politiques hostiles et agressives.
Mais au lendemain de la mort de Souleimani, Téhéran devrait réagir sur plusieurs fronts, comme d’habitude. Dans un cas, il jouera la carte de la victime et cherchera à mobiliser ses alliés irakiens pour expulser la présence militaire américaine par le biais d’une loi adoptée par le Parlement irakien ou par une demande directe du gouvernement de coalition irakien faible, qui a été infiltré par les amis irakiens de l’Iran.
Dans un autre domaine, la Force Quds utilisera probablement son réseau de représentants sur divers fronts pour lancer des attaques terroristes et des opérations d’enlèvement d’Américains en vue de les prendre en otage.
Téhéran pourrait aussi choisir d’intensifier ses cyberattaques, ses attaques contre les pétroliers et ses tirs de missiles sur l’infrastructure énergétique du golfe Persique, ou d’accélérer ses violations de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire.
Cependant, toutes ces voies sont désormais de plus en plus risquées. Il est peu probable qu’elles produisent toutes des gains significatifs, mais elles provoqueront certainement une action encore plus forte de la part de l’administration Trump.
Le conflit avec l’Iran va se poursuivre, mais les règles du jeu sont en train de changer.
Pour plus d’informations sur ce sujet :

Les attaques aériennes américaines au Moyen-Orient – un message clair envoyé aux amis et aux ennemis

Les États-Unis devraient renforcer leur dissuasion contre l’Iran.

Comment les protestations sapent l’Iran et ses représentants en Irak et au Liban

Les manifestants en Irak ont des griefs légitimes.

Source : https://www.dailysignal.com/2020/01/04/how-us-strike-against-iranian-general-changes-the-rules-of-the-game-in-iraq-region/

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