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La guerre culturelle fait rage, l’argument moral n’étant avancé que contre Trump.

Par Gary DeMar

23 décembre 2019

Image : Drew Angerer / Staff / Getty Images

L’article du Christianity Today (CT) appelant à la destitution de Donald Trump et fustigeant les évangéliques pour leur soutien à ce dernier a été massivement diffusé par les médias grand public et Facebook. Je n’ai jamais vu un article être repris aussi vite sur les blogues et les sites web. De plus, je n’ai jamais vu autant de réponses et de réactions publiées, à la fois pour et contre, en si peu de temps.

J’ai écrit une réponse : « LE MAGAZINE « CHRISTIANITY TODAY » SE JETTE SUR TRUMP ET LA GAUCHE EN EST REMPLIE DE JOIE » [1]. On m’a dit que mon article « a remué Facebook ». Mon point de vue était différent de la plupart des réponses, car il portait sur la façon appropriée de traiter une accusation en termes de droit biblique, de Constitution et de jurisprudence américaine.

Un ardent défenseur de l’article du CT est Tremper Longman III qui est le chercheur distingué en études bibliques au Westmont College et un ancien professeur d’Ancien Testament au Westminster Theological Seminary à Philadelphie.

Lui et moi avons à peu près le même âge. Il a un doctorat de Yale. Je n’ai de doctorat de nulle part. Je respecte le Dr Longman en tant que personne et je trouve que bon nombre de ses travaux publiés sont utiles. De plus, je ne suis pas un jeune Turc qui appelle le feu du ciel sur un frère chrétien plus jeune (de deux ans). Lui et moi ne sommes pas d’accord sur certaines questions fondamentales.

Je lui explique, ainsi qu’à d’autres, pourquoi tant de chrétiens soutiennent le Président Trump. Ce n’est pas parce qu’il est notre sauveur politique, ni qu’il ne peut pas mal agir ; c’est à cause d’autres raisons très tangibles et logiques que je vais exposer ci-dessous.

Un commentaire du Dr Longman qu’il a affiché sur Facebook a attiré mon attention. Il est lié à quelque chose que l’on trouve dans l’article du CT : « Qu’il [Trump] doive être démis de ses fonctions, nous le croyons, n’est pas une question de loyauté partisane, mais de loyauté envers le Créateur qui a donné les Dix Commandements. » L’auteur de l’article du CT soutient que le président Trump a un problème moral, et le Dr Longman est d’accord et a publié le commentaire suivant :

Je viens de voir Eric Metaxis [sic] se faire écraser par Andrew [sic] Cuomo sur des questions de foi et de cohérence. C’est très embarrassant. C’est ce qu’il arrive quand on essaie de défendre une personne profondément compromise sur le plan éthique comme Trump. Et ne disons pas qu’il est comme David… David s’est repenti… Il est plus comme Saül que Dieu a jugé et écarté de la royauté.

Presque tous les membres du Congrès ont un problème moral quand on évalue la législation qu’ils promulguent. Ces considérations semblent être mineures pour le rédacteur en chef du CT. On n’en parle presque jamais et on ne les aborde jamais. Non, ce sont les commentaires de Trump sur Twitter qui sont offensants.

Je n’ai pas regardé l’interview de Chris Cuomo/Eric Metaxas. Je sais comment j’aurais répondu à Cuomo sur la moralité et Donald Trump. J’aurais fait remarquer que son défunt père, Mario Cuomo, l’ancien gouverneur de New York, a refusé de s’opposer à l’avortement même s’il reconnaissait qu’un bébé à naître est une vie humaine.

Voici ce que l’aîné Cuomo a dit dans son discours « Croyance religieuse et moralité publique : la perspective d’un gouverneur catholique« , prononcé le 13 septembre 1984 à l’Université Notre Dame :

En tant que catholiques, ma femme et moi avons été enjoints de ne jamais utiliser l’avortement pour détruire la vie que nous avons créée, et nous ne l’avons jamais fait. Nous pensions que la doctrine de l’Église était claire à ce sujet, et – plus que cela – nous la trouvions tous les deux en plein accord avec ce que nous disaient nos cœurs et nos consciences. Pour moi, la vie ou la vie fœtale dans l’utérus devrait être protégée, même si cinq des neuf juges de la Cour suprême et mon voisin ne sont pas d’accord avec moi. Un fœtus est différent d’un appendice ou d’un ensemble d’amygdales. À tout le moins, même si certains scientifiques ou certains théologiens soutiennent que, dans les premiers stades du développement du foetus, nous ne pouvons pas discerner la vie humaine, le plein potentiel de la vie humaine est incontestablement là. Cela – à mon avis, à moi qui ai une pensée moins subtile – devrait en soi exiger du respect, de la prudence, voire … de la révérence.

Mais tout le monde dans notre société n’est pas d’accord avec moi et Matilda.

Mario Cuomo a admis qu’un bébé à naître est un être humain, mais il n’a pas pu présenter cet argument au peuple américain sur le plan politique parce que tout le monde n’était pas d’accord avec lui. Tout le monde n’était pas d’accord avec lui pour dire que l’esclavage était mauvais, que le racisme était mauvais, que la discrimination était mauvaise. En fait, tout le monde ne croyait pas que l’avortement était une bonne chose en 1973 lorsque la Cour suprême, dans une décision à 7 contre 2, a légalisé cette affaire sanglante dans les 50 états.

Combien de fois Mario Cuomo a-t-il essayé de persuader des gens qui ne croyaient pas comme lui et sa femme ? Je ne me souviens pas qu’il ait jamais plaidé contre l’avortement. Il a choisi la voie de la facilité : « Je suis personnellement opposé à l’avortement, mais je ne peux pas imposer mon opposition aux autres. » Beaucoup ont utilisé cet argument à propos de l’esclavage.

Puis il y a Andrew Cuomo, l’actuel gouverneur de New York, qui a signé une loi qui permet à une femme de tuer son enfant à naître à tout moment jusqu’à sa naissance. En janvier 2019, CT a rapporté ce qui suit au sujet de l’adoption de cette loi : « M. Cuomo a également mis les partisans pro-vie en colère lorsqu’il a ordonné que les principaux monuments de New York, dont le One World Trade Center, soient éclairés en rose pour célébrer l’adoption de la loi. La loi sur la santé de la reproduction est une victoire historique pour les New-Yorkais et pour nos valeurs progressistes », a déclaré M. Cuomo. Un problème moral peut imprégner tout le Parti démocrate et l’actuelle liste de candidats démocrates à la présidence, mais c’est le président Trump qui a un problème moral. Est-ce que le CT a demandé la révocation d’Andrew Cuomo ? Est-ce que le CT a fustigé les catholiques romains pour le fait qu’ils avaient voté pour lui ou l’Église catholique pour le fait qu’elle avait permis à lui et à sa petite amie avec laquelle il vivait en couple de participer à la messe et de recevoir la Sainte Communion ? Je ne m’en souviens pas. Le professeur Longman l’a-t-il fait ? Je n’en sais rien.

Andrew Cuomo a été marié pendant 15 ans à Kerry Kennedy. Comme son père, Andrew dit qu’il est un catholique pratiquant, tout comme la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi qui est une partisane pro-avortement. Comme Trump, il est divorcé. Contrairement à Trump, lui et Sandra Lee ont vécu dans la villa du gouverneur sans être mariés pendant une décennie. Depuis, ils se sont séparés. Il allait même à l’église avec elle. Il soutient l’avortement sur demande et la légalisation du mariage homosexuel. Où est le prêtre de sa paroisse ? Où est l’évêque de son diocèse ? Les catholiques romains sont-ils hypocrites d’avoir voté pour lui ?

Ce sont des questions qui ne sont jamais posées aux démocrates.

Qu’en est-il des commentaires du Dr Longman sur le fait de ne pas comparer le président Trump à quelqu’un comme le roi David ? « Et ne disons pas que [Trump] est comme David… David s’est repenti », a écrit Longman. « [Trump] ressemble plus à Saül que Dieu a jugé et écarté de la royauté. »

Le président Trump n’a pas commis d’adultère ni de meurtre depuis qu’il est président, et il ne couche pas non plus avec des jeunes filles pour se tenir au chaud. Oui, David s’est repenti pour quelque chose qu’il a fait quand il était roi. Le président Trump n’a pas violé les septième et sixième commandements en tant que président, et il n’a pas non plus couché avec des jeunes filles pour se tenir au chaud (1 Rois 1:2). Le Roi David n’est pas un bon exemple moral. Lui, comme Trump et nous tous, a fait beaucoup de mauvaises choses dans sa vie. Il était un « homme de sang » (2 Sam. 16:5-13).

Oui, le président Trump a été marié trois fois et a eu des liaisons. Et David ? Il a eu beaucoup de femmes, bien que seulement huit soient nommées (Mical, Abigail, Bath-Schéba, Ahinoam, Maacah, Haggith, Abital, et Eglah (2 Sam. 3:2-5 ; 1 Chron. 3:1-3). Selon 2 Samuel 5:13, « David prit encore des concubines et des femmes de Jérusalem ».

Est-ce que nous arrêtons d’utiliser les Psaumes de David à cause de son immoralité ? Jésus n’est-il pas le « fils de David » issu de sa femme Bath-Schéba, avec qui il avait commis adultère et qui était la femme « d’Urie » que David avait envoyé à la guerre pour le faire tuer (Mt 1.6) ? Rien de tout cela n’est rappelé pour excuser les choses que le président Trump a dites ou faites. Je souligne seulement que la comparaison n’est pas bonne.

En tant que chrétien, j’aimerais voir de bien meilleurs candidats politiques, mais pour le moment, ils sont peu nombreux et rares, et ce n’est pas à cause du président Trump. Je rejette une grande partie du blâme sur les pasteurs qui prêchent et enseignent rarement sur la façon dont la Bible s’applique à l’économie et à la politique. Il en est de même pour la plupart des séminaires.

Considérez Salomon qui a écrit plusieurs des Proverbes (« Proverbes de Salomon, Fils de David, Roi d’Israël » [1-9] et « Proverbes de Salomon » [10-22:16]). Il a violé toutes les lois concernant la royauté (1 Rois 10:14-29 ; voir Lév. 17:14-20) et a ensuite épousé plusieurs femmes étrangères (1 Rois 11), et pourtant nous mémorisons Ses paroles. La « Reine du midi », la reine de Saba, est venue de loin pour entendre la sagesse de Salomon (1 Rois 10:1-13 ; Matt. 12:42), et pourtant son administration était moralement corrompue. Encore une fois, cela n’excuse pas les manquements moraux du président Trump, mais cela met les choses en perspective.

Les présidents font toutes sortes de choses immorales qui ne mènent pas à la destitution. Aller à la guerre en Irak était immoral, et pourtant beaucoup de critiques de Trump ont soutenu le président Bush dans cette décision. La taxation confiscatoire est immorale, c’est une violation du huitième commandement, et pourtant nous ne voyons pas le CT et le professeur Longman se plaindre de ces actes immoraux. Washington est rempli d’immoralité institutionnelle à grande échelle. Mais ce sont les tweets de Trump qui ont énervé ses critiques.

En 2016, Donald Trump était le meilleur choix à l’époque parce que l’autre choix était bien pire. Nous aurions non seulement eu Hillary Clinton, mais aussi un ensemble de politiciens de gauche, des juges antichrétiens et une bureaucratie étatique profonde et étendue, à la limite de la criminalité, si ce n’est carrément criminelle. Nous devrons attendre de voir le résultat.

La plupart des partisans chrétiens de Trump que je connais ont voté pour d’autres candidats à la présidence lors des primaires. J’ai voté pour Ted Cruz. Quand le moment est venu de choisir entre la candidate ouvertement pro-avortement (parmi d’autres opinions malveillantes) et Trump, j’ai voté pour Trump. Suis-je satisfait de tout ce que Trump a fait ? Pas du tout. De nombreuses personnes qui rejettent Trump sont restées chez elles ou ont voté pour d’autres candidats en signe de protestation. Certains d’entre elles ont depuis changé d’opinion sur Trump depuis qu’il est président, parce qu’il a mis en oeuvre ce qu’il avait promis de faire.
Sa ténacité a forcé le Parti démocrate à exposer son programme maléfique – de l’infanticide à la normalisation du transsexualisme et de l’homosexualité, en passant par la ruine des sports féminins, la criminalisation de l’utilisation des mauvais pronoms de genre, les limites à la liberté d’expression, la confiscation d’encore plus de propriétés privées, plus de programmes gouvernementaux qui exigeront des déficits et un contrôle gouvernemental encore plus importants que ceux que nous avons déjà. Le président Trump partage une partie du blâme sur ce dernier point. Le sénateur Ted Cruz et d’autres républicains ont appelé tout cela des « ordures ». C’est pire que les ordures. Le nouveau budget de 1,4 billion de dollars est radicalement immoral.

Dans un autre article, le professeur Longman a écrit ce qui suit :

Vous avez la responsabilité de défendre la vérité et l’intégrité [en vous opposant au président]. Même si cela signifie que nous perdons la guerre culturelle (tant que l’Église reste pure).

Depuis quand une faculté de théologie comme le Westminster Theological s’intéresse-t-elle à mener la « guerre culturelle » ? Dites-moi quelles sont ces facultés ? J’aimerais le savoir. J. Gresham Machen (1881-1937), un des fondateurs du Westminster Seminary en 1929, l’a certainement fait. « À partir de 1923, écrit Gary North, Machen a lancé le cri de ralliement d’un assaut frontal contre un ennemi bien établi et bien financé : l’établissement américain – pas seulement l’établissement religieux, qui est aujourd’hui une affaire relativement mineure aux États-Unis, mais l’établissement américain dans son sens le plus large ». North expose certains des points de vue de Machen concernant les sujets sociaux et politiques :

Machen croyait en un gouvernement civil limité, en sa non-intervention en politique étrangère (un point de vue qu’il partageait avec [William Jennings] Bryan) et en des organismes de bienfaisance privés plutôt qu’en des institutions financées par les impôts chargées de la redistribution coercitive des richesses. Il s’opposait à la prohibition, qu’il considérait comme une incursion injustifiée du gouvernement civil dans la liberté d’action des gens. En 1926, il témoigna devant une commission mixte du Congrès contre le projet de création d’un ministère de l’éducation aux États-Unis. Il s’opposa à l’amendement proposé à la Constitution, l’amendement de 1935 sur le travail des enfants. Il s’est opposé à la conscription militaire.

Il s’est opposé à la législation sur la sécurité sociale du New Deal et à sa politique monétaire anti-étalon-or, qui, selon lui, sapait les contrats. Il s’est opposé à la lecture de la Bible ou à l’enseignement de la morale dans les écoles publiques, car il reconnaissait que les enseignants étaient principalement athées, déistes ou libéraux dans leurs opinions théologiques. Il se serait probablement opposé à la prière dans les salles de classe des écoles publiques.

L’enseignement sur les guerres culturelles et l’engagement dans ce combat étaient mal vus par beaucoup de gens dans des facultés de théologie comme celle de Westminster où le professeur Longman enseignait et le Reformed Theological Seminary où j’étais. Je l’ai vécu de première main. Si plus de chrétiens avaient été impliqués dans les guerres culturelles et si les pasteurs et les professeurs des facultés théologiques avaient enseigné sur ce sujet il y a des décennies, peut-être ne serions-nous pas coincés entre le marteau et l’enclume aujourd’hui.

L’Église ne sera jamais « pure », et si nous attendons que l’Église soit « pure », nous ne ferons jamais rien.

Source : https://americanvision.org/21690/the-culture-war-rages-with-the-moral-case-only-being-made-against-trump/

Note de La Lumière :

[1] La traduction française de cet article peut être trouvée ici.