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Le synode de l’Amazonie ou l’adoration de la forêt

Par Samuele Furfari

12 octobre 2019

Les lecteurs d’Atlantico ont déjà été bien informés du revirement historique de l’Eglise catholique romaine que risque de constituer le « synode de l’Amazonie ». Si le document de travail devait être adopté, on assisterait à un retour en force de la théologie de la libération, muselée un temps par Jean-Paul II, sous le nouveau nom de « théologie de l’écologie intégrale ». Depuis son élection, beaucoup se sont déjà exprimés sur la sympathie du pape François avec les thèses marxisantes, alors que le message de Jésus-Christ est l’amour du prochain, mais non pas l’égalité. On entend souvent dire que les écologistes sont comme les pastèques, vertes à l’extérieur, mais rouges à l’intérieur. Les théologiens qui ont conseillé le pape actuel sur l’écologie intégrale sont ceux qui avaient été recadrés dans le passé pour leur position marxisante.

Mais plus préoccupant encore que ce retour sous une autre forme de la théologie de la libération est l’entrée en force du syncrétisme dans cette religion vieille de deux millénaires. Jamais comme aujourd’hui on n’a fait l’éloge du paganisme. Il suffit de parcourir la table de matière de ce document pour s’en rendre compte. Il y est question de « conversion écologique », de « conversion intégrale », de « conversion ecclésiale en Amazonie », alors que l’Église a pour mission de prêcher la conversion à Christ. Le document de travail du synode (« Instrumentumlaboris ») contient sept fois le terme « Mère », et dans un langage tout à fait étranger à la Bible, indique que le Saint-Esprit a enseigné à ces peuples la « foi en Dieu Père-Mère Créateur ».

Selon son chef, l’Église romaine, au lieu de l’évangélisation historique, doit, dans le cadre d’un dialogue interculturel, se limiter à échanger oralement avec les indiens et prendre en compte leurs croyances ancestrales, y compris leur déesse Pachamama, déesse à qui le président Bolivien, Evo Morales, sacrifie des lamas. Ce même personnage est parvenu à convaincre les Nations Unies qu’il fallait adopter la « journée internationale de la Terre nourricière ». En 2016, cette journée du 22 avril a d’ailleurs été très symboliquement choisie pour ouvrir le processus de ratification de l’Accord de Paris sur le changement climatique, montrant par-là que cette politique donne aussi une place d’honneur à la divinité païenne, étrangère au christianisme.

Il semble donc que, selon le Vatican, les traditions et religions autochtones font préséance sur la Bible et sur la tradition catholique romaine. D’ailleurs, les missionnaires catholiques en Amazonie ne prêchent plus la conversion à Christ, mais « accompagnent » les indigènes. Le missionnaire Corrado Dalmonego, qui vit avec des indiens depuis 11 ans et les connaît donc bien, estime que ces autochtones peuvent « avec l’expérience de leur propre religiosité, de leur spiritualité, aider l’Église elle-même à se purifier des schémas, des structures mentales qui sont peut-être devenues obsolètes et inadéquates ». Sa mission se vante d’ailleurs de n’avoir baptisé aucun indien en 53 ans. Pour ce « missionnaire », il n’est pas nécessaire d’abandonner la foi catholique romaine, il s’agit simplement de s’approprier autre chose. Étant conscient de la limite qu’il franchit, à ceux qui pourraient l’accuser de syncrétisme, de relativisme, il répond : « nous ne sommes pas maîtres de la vérité« . N’est-ce pas étrange qu’un missionnaire ne connaisse pas la phrase limpide du Christ à ce sujet, rapportée par l’Apôtre Jean : « Je suis le chemin, et la vérité, et la vie, nul ne vient au Père que par moi » (14:6) ?

En droite ligne de son encyclique Laudato Si’, le pape veut que ce synode mette l’environnement au cœur de la doctrine de l’Église catholique romaine, alors que rien – ni dans l’Ancien testament et encore moins dans le Nouveau – ne fait écho aux préoccupations environnementales qui nous assaillent de tous côtés. François prétend imposer la nature sauvage de l’Amazonie comme modèle pour le reste du monde, puisque là-bas, les populations autochtones l’auraient – selon lui – préservée. Puisque l’Amazonie est vaste et s’étend sur neuf pays d’Amérique du Sud, on lui pardonnera de dire, d’une part, qu’elle doit être notre modèle et d’affirmer, d’autre part, aussi que « l’Amazonie est aujourd’hui une beauté blessée et défigurée, un lieu de douleur et de violence ». Comme tout bon écologiste, pour faire peur, il transforme une vérité locale en paradigme général. Non ! Toute l’Amazonie n’est pas blessée, brulée, attaqué. Et elle est loin d’être « pristine », comme de nombreux travaux l’ont montré.

L’objectif de ce pape est de mettre fin à l’économie de marché comme le désirait la théologie de la libération. Le document du synode déclare que « la forêt n’est pas une ressource à exploiter, mais un être ou des êtres auxquels se rapporter». On peut mieux comprendre pourquoi beaucoup s’en sont pris dernièrement au président Brésilien, Jair Bolsonaro, car ce document, préparé bien avant les incendies actuels, fustige « la destruction sous de multiples formes de [ …] l’environnement, […] l’abattage et le brûlage des arbres, la perte massive de la biodiversité, la disparition des espèces». De nouveau, faisant de l’amalgame, le document estime que « le territoire », sans préciser quel pourcentage de la forêt amazonienne, « s’est transformé en un lieu de désaccords et d’extermination des peuples, des cultures et des générations. » Et sans rire, ils osent comparer « le cri de douleur de l’Amazonie […] au cri du peuple en esclavage en Égypte que Dieu n’abandonne pas : « J’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, j’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens » (Exode 3:7-8) ». On frise le blasphème.

Pour Instrumentum laboris, « la clameur amazonienne » retentit parce que des « forces avides de pétrole » risquent de transformer la forêt en savane… Un bel exemple d’hyperbole ! Le Brésil a en effet découvert des énormes gisements pétroliers,… mais au large de Rio de Janeiro. Il est piquant de noter que le plus grand de ces gisements en préparation pour l’exploitation porte le nom du Président… socialiste brésilien Lula, qui est en prison pour corruption, précisément dans le cadre de la gestion de ces exploitations pétrolières.

Revenons à la forêt. Le document prétend que «l’abattage massif des arbres, l’extermination de la forêt tropicale par des incendies intentionnels, l’expansion de la frontière agricole et des monocultures sont les causes qui déclenchent les déséquilibres régionaux climatiques actuels, avec des répercussions évidentes sur le climat global et des conséquences aux dimensions planétaires telles que les grandes sécheresses et inondations toujours plus fréquentes. » Cette déclaration est aussi peu scientifique que celle du pape François qui, dans le même paragraphe, qualifie le bassin de l’Amazone de « poumon de la planète ».

Le pape ignore, ou feint d’ignorer, que l’Europe était, elle aussi, une vaste forêt qui a été défrichée essentiellement par les moines au Moyen-Âge par la pratique de l’essartage. A partir du XIIIème siècle, les seigneurs d’une terre la mettaient à disposition des ecclésiastiques pour la défricher avec, comme compensation, l’obligation de construire une église sur ce qui devenait un « essart » ou « sart ». Les moines cisterciens ont été les spécialistes de l’essartage. Il en est resté des noms propres, comme, par exemple, Charlotte des Essarts. Beaucoup de toponymes ont conservés le souvenir de ces défrichements qui ont formés nos territoires : rien qu’en Belgique, on peut citer Sart-les-Spa, Sart-Bernard, Sart-Dame-Avelines, Lambusart, Sart-la-Buissière, Sart-Eustache, Sart-Saint-Laurent, Rixensart, Maransart, Sart Custine, Sart-en Fagne, Cul-des-Sart, Lodelinsart, Ransart, Goysart, Nobressart, Bernissart.

Après sa mémorable victoire de Hastings en 1066, Guillaume le Conquérant a ordonné un recensement national appelé « enquête Domesday » ou le « Livre du Jugement Dernier », pour établir un grand inventaire de l’Angleterre. Terminé en 1086, ce recensement a montré que 85% des champs et 90% des terres arables étaient des essarts ; sept siècles avant l’ère industrielle, la Grande-Bretagne a été complètement déboisée.

Pourquoi le monde chrétien a-t-il défriché, créé des essarts et brulé des forêts pour amender les sols ? Parce que la population était en croissance. Le premier ordre que Dieu donne à l’homme selon la Bible se trouve à la première page de la Bible, dans le premier chapitre de la Genèse au verset 28 : « Croissez et multipliez et assujettissez la terre », ce qui est exactement le reproche des premiers écologistes comme Lynn White Jr qui dans un article dans Science en 1967 déclarait : « Nous continuerons à avoir une crise écologique qui empire jusqu’au moment où nous rejetterons l’axiome chrétien que la nature n’a pas d’autre raison d’exister que de servir l’homme ». On dirait que le pape veut ignorer cette affirmation fondatrice de l’environnementalisme. Les moines de l’époque, qui eux connaissaient bien la Bible, savaient que pour obéir à ce premier commandement, il fallait créer du progrès afin de satisfaire les besoins élémentaires de cette population en croissance et que le premier de ces besoins était l’alimentation. Il fallait créer des champs et des pâturages. Grâce à ce départ économique, les générations qui nous ont précédés ont créé un monde où les conditions de vie matérielle sont sans cesse meilleures, car contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, nous vivons tous mieux aujourd’hui qu’hier. Nous sommes tellement aveuglés par les peurs que les écologistes instillent que nous ne rendons pas compte des progrès extraordinaires que nous avons accomplis. Le premier de ceux-ci est l’espérance de vie qui est en Europe d’une trentaine d’année supérieure à celle des indiens habitant l’Amazonie, que le pape nous invite pourtant à copier. De plus, n’en déplaise à tous les catastrophistes, l’espérance de vie et l’index DHI (index de développement humain) de l’ONU croît à mesure que nous consommons de l’énergie.

La planète n’est pas en danger imminent et peu sont prêts en Occident à adopter le mode de vie des indiens d’Amazonie. Avec son Synode de l’Amazonie, le pape ne peut faire qu’une chose : mécontenter une partie de son Église. Certains cardinaux ont d’ailleurs commencé à se faire entendre et d’autres s’opposeront à ce que certains n’hésitent déjà pas à appeler une hérésie ou une apostasie. François ayant tout pris en main, rien ne changera au Vatican, mais il y aura des dégâts dans les paroisses. Tout cela pour justifier une écologie intégrale, c’est-à-dire une théologie anti-marché.

Pourtant le livre des Proverbes nous enseigne ce précepte biblique : « Mauvais ! mauvais ! dit l’acheteur ; et en s’en allant, il se félicite » (Proverbes 20:14). La loi du marché donne satisfaction aux deux parties, autrement il n’y aurait pas de marché. Seule cette règle apporte la prospérité : comme disait Adam Smith, ce n’est pas par bonté que le boucher nous vend de la viande. Copier les indigènes d’Amazonie ne nous apportera que régression économique et sociale et mortalité précoce. Et le pape ferait bien de se souvenir que Jésus-Christ se préoccupe de notre âme et non pas de nos arbres dont il n’a pas hésité à en assêcher un dans la parabole du figuier qui ne porte pas de fruits.

* *

Le dernier ouvrage de Samuele Furfari est « Chrétien écolo ? Le retour du paganisme » disponible sur Amazon.


Samuele Furfari est docteur en sciences appliquées, ingénieur chimiste et ingénieur industriel. Il a été durant trente-six ans haut fonctionnaire à la Direction générale de l’énergie de la Commission européenne. Il enseigne depuis 2003 la géopolitique de l’énergie à l’Université Libre de Bruxelles ainsi que dans d’autres universités. Conférencier pédagogue, il est très souvent invité. Il est le président de la Société Européenne des Ingénieurs et Industriels.

Il est l’auteur de dix livres dont son dernier est en deux volumes « The changing world of energy and the geopolitical challenges.

Source : https://www.atlantico.fr/decryptage/3580909/le-synode-de-l-amazonie-ou-l-adoration-de-la-foret-samuele-furfari

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