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La Bible en chiffres : Cracking the Bible Code. Par Jeffrey Satinover. Recension par William A. Dembski

Recension par William A. Dembski

Cracking the Bible Code de Jeffrey Satinover

Les « Codes de la Bible » sont le nom donné aux séquences de lettres générées par ordinateur à partir de la Bible hébraïque. Des chercheurs enchaînent toutes les lettres, en supprimant les espaces entre les mots. Ensuite, au lieu de parcourir le texte au fil des lettres adjacentes (comme nous le faisons dans une lecture ordinaire), ils parcourent le texte en sautant un nombre fixe de lettres. Les séquences résultantes, connues sous le nom de séquences de lettres équidistantes (ou SLE en français), sont ensuite examinées dans le but de déceler des motifs qui ne peuvent raisonnablement pas être attribués au hasard. Les Codes de la Bible comprennent de telles séquences de lettres équidistantes.

Les Codes de la Bible sont controversés parce que certains les ont présentés comme une capsule temporelle préprogrammée qui s’ouvrirait une fois que les humains auraient inventé les ordinateurs. Les auteurs humains de la Bible, écrivant bien avant l’avènement des ordinateurs, auraient été incapables d’introduire consciemment dans la Bible les motifs que les chercheurs travaillant sur les Codes de la Bible trouvent au moyen des ordinateurs. Par conséquent, ces motifs, s’ils ne sont pas attribuables au hasard, doivent provenir d’une intelligence non-humaine. En outre, si les motifs contiennent des informations sur des événements futurs dans l’histoire du monde, cette intelligence non-humaine devrait également posséder une pré-connaissance préternaturelle. Et puisque la Bible prétend être inspirée par un tel être, la question de l’identité de cette intelligence non-humaine trouve sa solution la plus évidente dans le Dieu des Écritures hébraïques, à savoir YHWH. Voici, en gros, la logique qui sous-tend les Codes de la Bible.

Cracking the Bible Code de Jeffrey Satinover est l’endroit même où démarrer pour quiconque s’intéresse à ce sujet. Le livre est bien écrit, bien informé et généralement sobre. En particulier, il évite les erreurs statistiques trop souvent associées aux présentations des Codes de la Bible.

Malgré tout, il s’agit d’un texte dont les parties sont de valeur inégale. Sa description de l’histoire qui a conduit jusqu’aux enquêtes d’aujourd’hui est superbe. En effet, la fenêtre qu’il offre sur la vie intellectuelle juive depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours vaut en elle-même le prix du livre. Le livre est également très bon quand il rend intelligibles les mathématiques nécessaires pour évaluer l’authenticité des Codes. De l’autre côté, ses parties spéculatives sur la signification des Codes de la Bible sont souvent diffuses et controversées.

L’exemple le plus connu de code biblique, que Satinover traite en détail, est l’expérience des Grands Sages. Plusieurs mathématiciens israéliens ont sélectionné une trentaine de rabbins éminents figurant dans l’Encyclopédie des Grands Hommes d’Israël, et ont cherché parmi les séquences de lettres équidistantes de la Genèse une juxtaposition de noms de rabbins avec leurs dates de naissance ou de décès. Ils en ont trouvées. En calculant l’improbabilité d’une concordance aussi étroite entre les noms et les dates correspondantes, les mathématiciens ont conclu que cette concordance ne pouvait être le fruit du hasard (la probabilité était inférieure à 1 sur 60 000). La revue Statistical Science s’accorde tacitement avec cette conclusion. Après un examen ardu par le comité de lecture, ses éditeurs ont finalement décidé de publier les résultats de cette expérience. Soudain, les Codes de la Bible recevaient une certaine respectabilité académique.

Néanmoins, un article dans une revue prestigieuse ne suffit pas à régler une question aussi controversée. Les Codes de la Bible suscitent un certain nombre de points de friction. Par exemple, même s’il peut être démontré de manière convaincante qu’une intelligence non-humaine a introduit des informations dans la Bible, l’identité de cette intelligence reste controversée. Cela ne veut pas dire que la préférence juive orthodoxe pour l’identification de cette intelligence avec YHWH ne serait pas la plus plausible. Mais les adeptes du Nouvel Âge auront à coup sûr leurs propres préférences. De plus, si d’autres livres sacrés présentent des codes, il se peut que nous entrions dans une nouvelle forme de débat théologique : mes codes sont meilleurs que les vôtres.

Un autre point d’achoppement concerne la manière d’utiliser les Codes de la Bible s’ils s’avèrent authentiques. Il y a en gros deux approches, l’une modeste, l’autre extravagante. L’approche modeste utilise les codes de la Bible simplement pour authentifier la Bible, montrant qu’il y a une intelligence non-humaine derrière le texte. Par exemple, Satinover décrit comment les chercheurs travaillant sur les codes bibliques ont regardé parmi les séquences de lettres équidistantes du Lévitique 1:1-13 et ont trouvé un nombre écrasant de références au grand prêtre Aaron. Ce qui a poussé les chercheurs de codes bibliques à chercher le nom d’Aaron, ce sont les références persistantes tout au long de ce passage au sacerdoce d’Aaron, sans qu’il y ait aucune référence à Aaron lui-même. Dans ce passage de treize versets, l’on s’attendrait en moyenne à trouver huit références à Aaron parmi les séquences de lettres équidistantes. Or, il y en a en fait vingt-cinq. La probabilité que cela se produise par hasard est inférieure à 1 sur 2 000 000. Cette approche des Codes de la Bible en tant que méthode d’authentification de la Bible est modeste et me semble la voie la plus prometteuse pour décider de l’authenticité des codes.

Mais il y a aussi une approche extravagante. Cette dernière utilise les codes pour faire de la divination, restituer le passé et prédire l’avenir. Satinover adopte explicitement l’approche modeste, soulignant que la seule fonction légitime des Codes bibliques est d’authentifier la Bible. Néanmoins, Satinover et la plupart des défenseurs des Codes bibliques trouvent difficile de résister à l’attrait de l’approche extravagante. Satinover décrit ainsi, sans émettre de critique, comment les services de renseignements israéliens pendant la guerre du Golfe ont utilisé les Codes bibliques pour prédire la première attaque Scud de l’Irak contre Israël.

Le principal problème auquel sont confrontés les Codes bibliques, du moins pour l’instant, est toutefois de savoir si les motifs trouvés dans les séquences de lettres équidistantes de la Bible excluent de manière décisive le hasard. Tout au long de Cracking the Bible Code, l’on trouve des références à des « valeurs p », dont certaines sont assez faibles. La « valeur p », abréviation de « valeur de probabilité », fait référence à la probabilité qu’un motif donné soit présent dans les séquences de lettres équidistantes par hasard. Plus cette probabilité est faible, plus l’inférence qu’une intelligence non-humaine a influencé l’écriture de la Bible est convaincante. Il y a cependant un piège.

Une petite valeur p ne suffit pas à elle seule pour exclure le hasard. En outre, le motif pour lequel on calcule une valeur p doit être donné indépendamment. Le chercheur de codes bibliques ne peut pas faire des recherches dans des séquences de lettres équidistantes jusqu’à ce que quelque chose d’intéressant ou d’inhabituel se produise. Les statisticiens appellent cela du picorage ou du furetage de données, et cela vicierait toute analyse statistique. Les motifs doivent être donnés indépendamment de la recherche, et ce n’est qu’alors que de petites valeurs p peuvent indiquer le doigt de Dieu.

Le mérite de Satinover est d’avoir été pleinement conscient de la double exigence d’avoir des valeurs p faibles et des motifs donnés de façon indépendante. De plus, malgré son enthousiasme pour les Codes bibliques, il ne perd jamais de vue cette exigence. En s’en tenant à une méthodologie statistique solide, Satinover acquiert la crédibilité que d’autres écrivant sur les Codes bibliques ne parviennent pas à obtenir.
Si tout ce qu’il faut pour démontrer l’action divine est de trouver un motif donné indépendamment qui a aussi une faible valeur p, pourquoi les Codes bibliques restent-t-ils controversés ? L’un des problèmes est que la recherche sur les Codes bibliques élargit ce que les statisticiens entendent par « motifs donnés de façon indépendante ». De plus, les valeurs p ne sont pas toujours faciles à calculer. Les Codes bibliques obligent les statistiques à repousser les frontières de la recherche, un cas sans précédent d’études bibliques qui font progresser la recherche statistique.

Bien qu’il soit trop tôt pour conclure à l’authenticité des Codes bibliques, Satinover présente de bons arguments pour les prendre au sérieux. La crédibilité des acteurs clés est importante. Les principaux personnages impliqués dans ce débat, qu’ils soient critiques ou partisans des Codes bibliques, sont des mathématiciens de haut niveau et très qualifiés. Toute la recherche fondamentale sur les Codes bibliques a été effectuée ouvertement, et sans la moindre tromperie. Il est à noter que les défenseurs des Codes bibliques ont mis en péril leurs carrières, se sont convertis au judaïsme orthodoxe, ont recentré leurs recherches et, dans certains cas, ont changé de discipline.

Les analyses statistiques, bien qu’elles n’aient pas encore tranché ce débat, ont au moins suggéré un certain nombre de conclusions. Dans la Bible hébraïque, des motifs très improbables, donnés indépendamment l’un de l’autre, semblent se produire avec une obstination qui n’apparaît dans aucun autre texte. Qui plus est, si ce phénomène devait se produire de manière fiable dans un texte ancien, il n’y aurait pas de meilleur candidat que la Bible hébraïque, en particulier ses cinq premiers livres, connus sous le nom de Torah.

La transmission textuelle de la Bible hébraïque, et en particulier de la Torah, est beaucoup plus précise que pour n’importe quel autre texte de l’Antiquité. Parce que les Codes bibliques sont sensibles aux erreurs de copie, la Bible hébraïque remplit une condition nécessaire cruciale pour qu’elle puisse posséder de tels codes. En effet, si les Codes bibliques s’avèrent finalement authentiques, nous pouvons attribuer leur découverte à des générations de scribes obsessionnels-compulsifs qui ont méticuleusement transcrit la Bible hébraïque.
Nous pourrions même considérer leur compulsivité obsessionnelle comme une grâce divine.
L’on a demandé un jour au philosophe Bertrand Russell pourquoi il ne croyait pas en Dieu. Il a répondu : « Pas assez de preuves. » La fascination de Satinover pour les Codes bibliques vient du fait qu’ils peuvent fournir la preuve de l’existence de Dieu qui aurait convaincu même un Bertrand Russell. Il y a eu une longue et funeste tendance de la science à éroder la foi en Dieu. Dans les Codes bibliques, Satinover voit un mariage unique entre la science et la théologie, où chacune se renforce mutuellement.
Mais ce mariage n’est peut-être pas unique. En même temps que la recherche sur les Codes bibliques a décollé, la recherche dans un domaine apparemment sans rapport a également pris son envol, à savoir la conception biologique. Ces deux domaines sont en fait étroitement liés. En effet, les mêmes motifs hautement improbables, donnés indépendamment, que ceux qui apparaissent sous la forme des séquences de lettres équidistantes dans les Codes bibliques, apparaissent aussi en biologie sous la forme de systèmes biologiques fonctionnellement intégrés (« irréductiblement complexes »), comme Michael Behe l’a expliqué dans son livre La boîte noire de Darwin.
La méthodologie statistique appropriée à utiliser est identique pour les deux domaines de recherche. En conséquence, les deux domaines peuvent profiter l’un de l’autre. Par exemple, mon ouvrage à paraître, The Design Inference, donne un compte rendu complet des limites de probabilité universelles, c’est-à-dire de la petite valeur p dont on a besoin pour éliminer le hasard de façon décisive. (Bien que la littérature sur les bornes de probabilité universelle remonte au probabiliste français Émile Borel, les chercheurs travaillant sur les Codes bibliques ne semble pas l’avoir consultée ni y référer.) Cette convergence des Codes bibliques et de la conception biologique ne devrait pas surprendre. Il y a une tradition au sein à la fois du judaïsme et du christianisme qui consiste à parler de deux « livres » où Dieu se révèle – le Livre des Écritures, qui est la Bible, et le Livre de la Nature, qui est le monde. Je félicite Jeffrey Satinover pour ses efforts de lecture des deux livres.


William Dembski

William A. Dembski, mathématicien et philosophe, est membre du Centre pour le Renouveau de la Science et de la Culture de l’Institut Discovery de Seattle. Son livre, The Design Inference: Eliminating Chance through Small Probabilities, a été publié aux éditions Cambridge University Press en 1998.

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