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Pourquoi il n’y a plus de terrain d’entente politique – Par Andrew Sandlin

Par Andrew Sandlin

27 octobre 2018

Avec la polarisation croissante et l’acrimonie de la politique américaine, qui se manifeste de plus en plus dans le processus de confirmation du juge Kavanaugh, l’on se plaint à juste titre qu’il n’y ait plus de terrain d’entente entre les deux principaux partis. Cette observation est correcte, mais elle ne l’est généralement pas pour les raisons supposées. L’on suppose généralement que cette perte de terrain d’entente est le résultat de la perte graduelle de modérés dans les deux partis, avec la conviction que les modérés travaillent en vue d’atteindre un terrain d’entente, tandis que les idéologues à l’extérieur de chaque parti sont inflexibles et intransigeants. Cette hypothèse est une erreur. Comme Charles Lane l’a souligné dans l’émission FOX All-Star Panel, Susan Collins est sans doute considérée comme la sénatrice la plus modérée du Parti républicain, et pourtant son discours au Sénat d’hier expliquant pourquoi elle endosserait Kavanaugh était tout sauf un discours flexible situé sur un terrain d’entente. Par ailleurs, Donald Trump a acquis sa réputation de combattant de rue politique pugnace, mais même ses détracteurs pourraient être surpris de voir à quel point ses politiques sont devenues souples et modérées, qu’il s’agisse de l’application des lois sur l’immigration ou du commerce international. Les idéologues politiques peuvent être et sont souvent flexibles en matière de politique, tandis que les modérés en politique peuvent être et sont souvent inflexibles en matière de philosophie.

Dans les républiques constitutionnelles, ce n’est pas l’érosion des points de vue politiques forts qui crée un terrain d’entente, mais plutôt l’insistance sur la justice procédurale, l’état de droit, l’application régulière de la loi et les contrôles et équilibres institutionnels. Tout cela fait partie de la philosophie politique largement connue sous le nom de libéralisme classique adopté par les fondateurs des États-Unis. Il crée une atmosphère de paroles raisonnées. Les personnes ayant des points de vue politiques très différents peuvent discuter et argumenter ces points de vue dans le cadre d’un processus qui respecte tous ces points de vue. Lorsque vient le temps de décider d’une ligne de conduite, cette décision reflète la volonté de la majorité, mais respecte la volonté de la minorité. Elle prévoit également un processus d’amendement ou d’annulation. C’est ce que nous avons dans la Constitution. Dans le système du libéralisme classique, les perdants d’une décision politique ne devraient jamais se sentir méprisés ou rabaissés. Avec le temps, ils auront une autre chance de faire valoir leur point de vue, et les gagnants finaux ont été forcés de s’attaquer aux arguments des perdants finaux. C’est là le génie du système politique américain.

Le grand concurrent de ce système depuis la Révolution française a été le progressisme perfectionniste. Il s’agit de la conception selon laquelle des décisions politiques correctes sont généralement le résultat des réflexions approfondies d’intellectuels vertueux et doués. Ces intellectuels, de Platon à Marx, ne devraient pas être entravés par des banalités procédurales comme les constitutions, l’application régulière de la loi et la règle de droit. En effet, dans un progressisme perfectionniste, ces caractéristiques essentielles du libéralisme classique ne sont souvent qu’un écran de fumée pour les gens qui ne veulent pas une vraie justice, la société parfaite. La règle de droit est considérée comme l’outil des oppresseurs pour empêcher la justice (telle que définie par les perfectionnistes progressistes, bien sûr) de prévaloir. C’est pourquoi Lénine, Staline, Mao et Pol Pot abhorraient le libéralisme classique : c’était une barrière néfaste à leur vision de la société parfaite.

C’est aussi la raison pour laquelle le Parti démocrate d’aujourd’hui l’abhorre. Les Démocrates sont infestés par le marxisme culturel, une version moderne du progressisme perfectionniste. C’est pourquoi ils n’étaient pas particulièrement intéressés à considérer des preuves corroborant les accusations du professeur Ford. Ils inversent l’ordre : l’accusé est coupable jusqu’à preuve du contraire. L’un des Démocrates les plus célèbres du pays a été un exemple classique de ce cadre de pensée :

L’ancien vice-président Joe Biden a plaidé explicitement en faveur de cette norme chaque fois que des allégations concernent des hommes en vue. « Il faut commencer par présumer qu’au moins l’essence des faits dont elle parle est réelle », a dit M. Biden aux journalistes lundi, « qu’elle oublie ou non les faits, qu’ils aient été ou non embellis ou noircis avec le temps ».

L’argument est simple, brutal : « Les femmes en tant que classe ont été opprimées. Les femmes doivent toujours être crues. Nous devons obtenir justice pour les femmes, quels que soient les moyens de l’obtenir. » Suivre une procédure régulière est une tactique que les libéraux classiques utilisent pour maintenir les femmes (pas les femmes conservatrices, mais les femmes libérales) opprimées. La règle de droit et l’application régulière de la loi sont des obstacles à la justice, telle que la définissent les sages, les vertueux, les nobles et, bien sûr, les humbles. En tant qu’oints, ils doivent être privilégiés. Ils savent ce qu’il y a de mieux pour le reste d’entre nous, les âmes plongées dans l’ignorance, égocentriques et oppressives.

En abandonnant le libéralisme classique, le Parti démocrate a érodé le terrain d’entente politique. Cela n’a pas toujours été le cas. Les Démocrates Franklin Delano Roosevelt, James Fitzgerald Kennedy et Martin Luther King étaient des libéraux classiques qui avaient adopté une politique socio-économique différente de celle des libéraux tout aussi classiques du Parti républicain. À l’époque, pratiquement tous les Républicains et Démocrates étaient des libéraux classiques. Ils n’étaient pas d’accord sur le plan de l’idéologie politique, mais pas sur la philosophie politique (de la gouvernance).

Ils étaient essentiellement d’accord avec les Fondateurs.

Les intellectuels, de Platon à Marx, ne devraient pas être entravés par des banalités procédurales comme les constitutions, l’application régulière de la loi et la règle de droit. En effet, dans un progressisme perfectionniste, ces caractéristiques essentielles du libéralisme classique ne sont souvent qu’un écran de fumée pour les gens qui ne veulent pas une vraie justice, la société parfaite.

Aujourd’hui, ce sont les conservateurs modernes (politiquement des Républicains) qui perpétuent la tradition classique libérale. La plupart des Démocrates, d’autre part, ont largement abandonné le libéralisme classique et adopté le marxisme culturel. C’est pourquoi une modérée politique bien connue comme Susan Collins peut défendre le libéralisme classique et paraître si bizarre aux oreilles des Démocrates. Elle défend une philosophie politique plus ancienne que les prédécesseurs démocrates embrassaient tous, mais que l’actuel Parti démocratique a oubliée.

Alors que le libéralisme classique repose sur le pouvoir de persuasion à l’intérieur d’un processus bien défini (c’est là le « terrain d’entente »), les marxistes culturels comptent sur l’intimidation, les cris, les menaces et la coercition pour arriver à leurs fins. Selon leurs présupposés, ces tactiques sont parfaitement logiques. Si les libéraux classiques font obstacle, c’est parce qu’ils empêchent d’obtenir les bons résultats, une véritable justice, en l’occurrence, pour les femmes. La justice véritable signifie que le Dr Ford doit être crue à tout prix et que le juge Kavanaugh doit être mis sur la touche à tout prix. Les tactiques pour y parvenir n’ont essentiellement pas d’importance. La suite logique de cette position a été adoptée par le Président Mao : « Le pouvoir politique naît du canon d’une arme. » Les libéraux classiques y répondraient par : « Le pouvoir politique découle de l’état de droit. »

Conclusion de l’affaire : il n’y a plus de terrain d’entente dans la politique américaine parce qu’un parti a abandonné son héritage issu du libéralisme classique. Ce dernier a embrassé le marxisme culturel, la politique du perfectionnisme et la coercition qu’il exige. Le changement récent au sein du Parti républicain n’a pas été au niveau de la philosophie politique, mais dans le développement d’une forte résistance contre la coercition par une réaffirmation de l’état de droit. Depuis une vingtaine d’années, les Républicains tentent d’agir en gentlemen et avec douceur, délicatesse et gentillesse. Ils ont fini par comprendre, au milieu du traitement horrible du juge Kavanaugh et de leurs propres sénateurs, que le seul obstacle à l’anarchie totalitaire est la règle de droit et, de façon plus générale, une affirmation musclée du libéralisme classique. Il est douteux qu’un président républicain autre que Trump eût pu montrer un tel exemple d’affirmation politique musclée.

Ce n’est que lorsque les deux partis adopteront à nouveau le libéralisme classique qu’un terrain d’entente politique réapparaîtra, et avec lui une politique de la négociation – telle que l’envisageaient les fondateurs – plus calme et plus raisonnable. Pour parler franchement, nous avons besoin de plus de libéraux au sein du Parti démocrate.

Source : https://docsandlin.com/2018/10/07/why-theres-no-longer-political-common-ground/


AndrewSandlin.jpg

P. Andrew Sandlin, fondateur et président du Center for Cultural Leadership, est un ministre ordonné et un théologien culturel qui se consacre à appliquer le christianisme biblique historique dans le monde contemporain. Il s’est spécialisé en philosophie et théologie, en sciences sociopolitiques et en histoire des idées. Il est marié et a cinq enfants adultes et trois petits-enfants.

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