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Les évangéliques et l’empiètement du marxisme culturel – Par Ardel B. Caneday

Par Ardel Caneday

31 août 2018

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Ardel Caneday est professeur de Nouveau Testament et de grec à l’Université de Northwestern-Saint Paul.

Le marxisme culturel, une appellation que les partisans de gauche méprisent et que les partisans évangéliques naïfs rejettent, a toujours exploité un langage orwellien pour s’identifier à Karl Marx et Friedrich Engels, par crainte que ses origines ne soient exposées. Il émergea bien après l’échec du projet marxiste d’instauration d’une révolution mondiale après la Première Guerre mondiale. Le marxisme commença à se transformer sous l’ingéniosité et les directives de l’Italien Antonio Gramsci, du Hongrois György Lukács et des multiples membres de l’Institut de recherche sociale de Francfort qui donnèrent naissance à la Théorie critique, avec ses diverses itérations, toutes faisant appel aux raffinements pompeux, prétentieux et érudits typiques des grosses têtes des universités américaines qui imposèrent la pilule empoisonnée à toute une génération d’étudiants à partir des années 1960, pervertissant leur morale et leur éthique et déformant leur raisonnement. Le marxisme culturel poursuit sa longue marche à travers les institutions sous diverses appellations, mais toujours avec le même programme marxiste.

Une fois que les étudiants des facultés et universités des années 1960 et 1970 qui avaient rejoint la Longue Marche eurent obtenu leurs diplômes, ils perpétuèrent la transformation de l’Amérique en imposant la Théorie critique à la société et à la culture américaines. Les partisans de la théorie critique des races détournèrent le mouvement des droits civiques des années 1960 en réorientant dans leur sens la mise en œuvre de l’égalité de tous devant la loi et la disparition des lois Jim Crow (contre les ségrégations raciales). Comment y parvinrent-ils ? Les théoriciens de la théorie critique des races du marxisme culturel y parvinrent en exploitant le langage journalistique dans l’espoir que les idiots utiles entendent « égalité devant la loi » alors qu’ils voulaient dire « égalité des résultats ». Ils exploitèrent le même discours de la Novlangue en parlant de l’égalité des sexes. Les naïfs, les ingénus et les idiots utiles accueillirent avec enthousiasme l’affirmation selon laquelle les hommes et les femmes sont égaux, ce qui est un truisme si le contexte est « devant la loi », mais les apparatchiks du marxisme culturel avaient en tête l’utopie de la suppression finale de toutes distinctions entre hommes et femmes, comme leur substitution du « sexe » par le « genre » le laissait présager. Ils parlèrent plutôt de résultats égaux (*) en attendant patiemment le moment opportun pour rendre leurs revendications plus explicites pour les générations à venir. Pendant une génération, ils vantèrent leur slogan, ad nauseam, « Salaire égal à travail égal » (« Equal Pay for Equal Work »), objectif qui avait été en réalité établi par la loi (Equal Pay Act de 1963), mais les faits ne découragèrent jamais les marxistes culturels d’utiliser à répétition leur slogan qui nie la réalité et nie la vérité.

Les diplômés des universités qui avaient été exposés à la doctrine de l’égalité des résultats de la théorie critique emportèrent ce dogme avec eux dans leurs carrières, que ce soit en droit, en politique, dans l’industrie ou dans l’éducation. Ainsi, la théorie critique du marxisme culturel connut diverses itérations, mais fit toujours avancer sa cause universelle, ce qui implique invariablement sa conception d’une révolution culturelle, notion selon laquelle l’égalité au sein de toute société est fictive et immorale, à moins que cette société n’atteigne des résultats égaux pour tous. Son domaine peut-être le plus influent est devenu l’éducation parrainée par le gouvernement, où « l’éducation axée sur les résultats » (Outcome-Based Education – OBE), qui sonne si noble et si juste, mêlée au « Mouvement pour l’estime de soi », est devenue un élément crucial de la philosophie de l’éducation qui régnait en maître depuis les années 1970, bien que les mots en vogue aient changé. L’éducation axée sur les résultats a corrompu chaque génération d’étudiants américains depuis sa création. Ainsi, en dehors de l’instruction et de l’orientation parentales, les enfants et petits-enfants de la génération des années 1960 devinrent les apparatchiks dociles et inconscients du marxisme culturel.

Depuis ses débuts, la longue marche du marxisme culturel à travers les institutions, qui avait exploité le politiquement correct de la Novlangue, se concrétisa finalement avec la montée du président Barack Obama lequel mit en œuvre et incarna l’essence de la théorie critique, avec toutes ses nuances et itérations concernant les cultures mondiales, les races-l’ethnicité, les relations hommes-femmes, les homosexuels, etc. ainsi que toutes les caractéristiques du marxisme culturel avec son programme clair de transformer l’Amérique à la fois au niveau national avec la lutte des classes et au niveau international avec le mantra qui déclarait qu’aucune culture n’est meilleure que n’importe quelle autre culture, dénigrant les États-Unis d’Amérique, comme il le fit durant ses cent premiers jours de présidence en 2009 lors de sa campagne de demandes de pardon (« The Apology Tour »). Ainsi, Rush Limbaugh déclara à juste titre : « J’espère que le président Obama échouera », une déclaration que, malgré son explication complète et adéquate selon laquelle il faisait référence au programme « Transformer l’Amérique » d’Obama, les idiots utiles des médias grand public considérèrent comme une attaque ad hominem et raciste contre le président Obama.

Bien sûr, l’ambitieux animateur social de Chicago n’aurait jamais pu devenir le président Obama en dehors de la longue marche corrosive, destructrice et empoisonnée de la théorie critique du marxisme culturel à travers les institutions des États-Unis. L’exploitation par la Théorie critique de ses sujets par le biais de la Formation de Sensibilisation, une forme de lavage de cerveau, au cours des années 1960 avec ses itérations variées depuis lors, soumit les générations subséquentes à la tyrannie du politiquement correct, le code du langage de sainteté du marxisme culturel. Depuis les années 1960, les marxistes culturels utilisèrent une diversité de désignations pour les formations de sensibilisation qui cachent leur continuité avec les premières formes de lavage de cerveau et qui attirent de façon plus palpable les générations subséquentes de bénéficiaires crédules, des désignations comme « formation à la diversité » ou « compétence culturelle » et plus récemment « intelligence culturelle » (QC), sensibilisation culturelle, formation aux biais implicites et formation aux biais inconscients. Quels que soient la bannière ou le slogan que les apparatchiks malhonnêtes exploitent pour faire avancer leur cause trompeuse, l’ordre du jour est toujours le même : subversion, corrosion et destruction de l’individualité et de la société. Pour réaliser leur programme à moitié voilé, ils exploitent les manœuvres et les ruses pour projeter sur leurs opposants politiques, culturels, sociaux et théologiques nationaux leurs propres méfaits et fautes afin de détourner l’attention de la société de leurs propres activités et programmes destructeurs qu’ils imposent de manière habile à leurs cibles de dupes naïfs, ingénus et crédules.

Il y a vingt-sept ans, en 1991-1992, alors que j’étais un jeune professeur d’université, le marxisme culturel commençait à cibler les universités et facultés chrétiennes dans le but d’une transformation culturelle. Le marxisme culturel défilait sur les campus sous la bannière du « Multiculturalisme et de la diversité ». L’initiative sur la diversité raciale/ethnique de la Coalition des facultés chrétiennes (CCC), maintenant connue sous le nom de Conseil des Facultés et Universités Chrétiennes [Council of Christian Colleges and Universities (CCCU)], fut à l’origine de cette initiative. Les dirigeants du CCC demandèrent à chaque établissement d’enseignement supérieur membre d’établir un bureau qui ferait avancer la cause du « multiculturalisme et de la diversité » sur les campus. Tom Skinner, un éminent prédicateur et membre de la National Black Evangelical Association, se joignit à cette initiative et se rendit sur les campus des facultés chrétiennes en tant que « ministre de la Réconciliation » pour appeler les conseils d’administration, les administrateurs, les professeurs, le personnel et les étudiants à se repentir de leur racisme implicite, sinon explicite. Quelles étaient les preuves de leur racisme implicite présumé ? La principale preuve que Skinner évoquait pour appuyer ses allégations, lui et la CCC l’avaient empruntée à des multiculturalistes laïcs et à des « experts » des races. L’on prétendait que « les écoles de la coalition ne reflétaient pas la diversité ethnique de la culture environnante » (James A. Patterson, Shining Lights: A History of the Council for Christian Colleges and Universities [Grand Rapids : Baker, 2001], 93 ; voir « Multiculturalism Goes to College »). Bien sûr, il tenta de fonder son argumentation sur les Écritures en utilisant des passages comme Exode 20:5, Jérémie 32:18 ou 2 Corinthiens 5:13-21 et Éphésiens 2:11-16 ou encore Apocalypse 5:9-10 et 7:9 (pour une réfutation, voir l’article « Let’s Get Biblical »).

Loin d’apporter la réconciliation et l’harmonie sur les campus, Skinner suscita de l’animosité, des conflits et de l’hostilité, mais surtout à l’égard de quiconque n’acceptait pas ses invectives pleines de colère et ne reconnaissait pas son racisme inhérent présumé, sinon son racisme tout court. Cependant, dans le recours adroit de Skinner à l’Écriture pour étayer ses accusations de racisme, des conseils d’administration et des administrateurs d’université crédules, sous le poids du fardeau de devoir se montrer réceptifs à la culpabilité qui s’était accumulée sur eux, comme pour l’expier, cédèrent aux exigences de la Coalition des facultés chrétiennes. Ainsi, sous la direction de la CCC et avec l’autorisation des conseils d’administration et des administrateurs des facultés, les directeurs des bureaux sur les campus pour l’avancement de la diversité raciale et ethnique, sans connaître l’expression « Théorie critique des races » ni comprendre comment elle subvertit l’Évangile, adoptèrent sans réfléchir le programme lié à cette théorie et le baptisèrent sous un jargon chrétien en l’appuyant par des passages bibliques choisis avec soin (voir l’article « Let’s Get Biblical »). Ainsi, ils ostracisèrent et diabolisèrent effectivement toute personne qui (1) évaluerait de façon critique les tactiques de la Théorie critique des races, (2) discernerait son programme laïque à travers sa façade mise en avant, et (3) ferait preuve de prudence en répudiant l’objectif diabolique, destructeur et contraire à l’Évangile du mouvement « Multiculturalisme et Diversité ».

L’intrusion séduisante du marxisme culturel dans les facultés et universités chrétiennes eut lieu il y a une génération, où il prit le dessus et élimina les voix dissidentes il y a plus d’une décennie. Ainsi, les universités et facultés chrétiennes formèrent toute une génération d’étudiants diplômés qui avaient été soumis au marxisme culturel rebaptisé en doctrine chrétienne, et se déguisant en justice sociale. Il n’est pas surprenant que beaucoup d’entre eux soient des guerriers de la justice sociale. Ce qui est surprenant et décourageant, c’est que beaucoup d’éminents dirigeants évangéliques pèsent maintenant de tout le poids de leurs positions influentes en faveur de la cause de la justice sociale, et rejettent avec moquerie les observations qui leur sont faites par des chrétiens préoccupés selon lesquelles ils embrassent et font avancer la cause du marxisme culturel. Aujourd’hui, le marxisme culturel empiète de plus en plus sur les églises évangéliques locales qui sont restées relativement peu corrompues par ses tentacules.

Ce nouvel empiètement est le fruit de grandes conférences nationales annuelles et régionales parrainées par des mouvements tels que The Gospel Coalition, Together For the Gospel, l’Ethics and Religious Liberty Commission de la Convention Baptiste du Sud (Southern Baptist Convention), Revoice, Love Boldly, et autres. C’est pourquoi certains évangéliques avant-gardistes ont rédigé et signé la prochaine « Déclaration sur la justice sociale et l’Évangile » avec une série complète d’affirmations et de dénégations. Suivez-la attentivement.

Source : https://docsandlin.com/2018/08/31/evangelicals-and-the-encroachment-of-cultural-marxism-by-ardel-b-caneday/


* Note de la Lumière : Cette même doctrine de « l’égalité des résultats » se retrouve en France à travers la doctrine de l’égalitarisme effréné qui se manifeste dans toutes les sphères de la société : dans l’éducation par (i) toute une série de réformes successives dans l’Education nationale depuis plusieurs décennies, qui ont supprimé progressivement les disciplines fondamentales (français et mathématiques, mais aussi les langues mortes comme le grec et le latin) jugées trop difficiles, inaccessibles, discriminantes, et surtout réservées à une « élite bourgeoise », (ii) la suppression des notes dans le but d’empêcher toute émulation positive et de brimer l’excellence, aux fins d’un écrêtage et d’un nivellement par le bas, (iii) l’interdiction à l’enseignant de transmettre un savoir à ses élèves (abolition des « classes » d’apprenants et d’enseignants, élimination de la notion de savoir objectif, par opposition au constructivisme subjectif) ; dans l’économie, par une taxation et des impôts excessifs imposés par l’État visant la destruction de toute richesse, de toute prospérité et non pas à la suppression de la pauvreté, ce qui est là la pure application d’une philosophie économique et politique collectiviste socialo-marxiste où le prolétariat doit dominer sur les classes bourgeoises capitalistes – le résultat étant une suffocante paupérisation de la société ; en éthique, par l’égalité sociologique horizontale imposée entre les sexes au mépris des réalités biologiques et anthropologiques, où les genres peuvent être distribués, choisis, changés et assumés à volonté, cet égalitarisme agressif forcé étant animé de la volonté expresse de gommer toutes les différences ontologiques intrinsèques entre l’homme et la femme ; sur le plan sociologique par la recherche de l’émancipation de la femme à travers la course à la masculinisation, à l’autonomie économique et au carriérisme au détriment de sa vocation première d’épouse et de mère, course qui procède de la notion erronée d’égalité et d’interchangeabilité des rôles, ce qui s’oppose frontalement à la diversité complémentaire de nature créationnelle établie et voulue par Dieu au sein du couple et de l’humanité.

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