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La longue histoire idéologique du marxisme culturel avait un objectif majeur.

Par Gary DeMar

2 mai 2019

Vers le milieu du XXe siècle, Harold J. Ockenga écrivait dans l’Introduction à l’ouvrage The Uneasy Conscience of Modern Fundamentalism de Carl Henry : « Une vision chrétienne du monde et de la vie englobant les questions liées au monde, les besoins de la société, l’éducation personnelle devrait, autant que l’évangélisation, émerger de Matthieu 28:18-20. La culture en dépend, et le fondamentalisme est en train de dissiper de manière prodigieuse [par un gaspillage effréné] la culture chrétienne accumulée au fil des siècles, ce qui est un grave péché. L’abandon des champs sociétaux au profit des laïques constitue une réponse regrettable » [1].

La controverse sur le rôle joué par la religion dans la culture et la politique est ancienne. Jésus a été accusé d’avoir renversé l’ordre politique en « induisant la nation en erreur et en interdisant [aux gens] de payer des impôts à César, et en disant qu’il était lui-même le Christ, un roi » (Luc 23: 2). Les chrétiens étaient accusés de promouvoir l’idée qu’il y avait « un autre roi, Jésus » (Actes 17:7).

Désigner Jésus comme « Seigneur » avait des implications politiques importantes dans l’empire romain puisque l’empereur portait le titre de Dominus et Deus, « Seigneur et Dieu ». Rome permettait et promouvait la diversité religieuse, tout comme les libéraux d’aujourd’hui, mais elle ne permettait pas de concurrence religieuse avec l’État, tout comme les libéraux d’aujourd’hui.

Depuis plus de 50 ans, du Procès Scopes en 1925 à la candidature à la présidence en 1976 de Jimmy Carter, « né de nouveau », les chrétiens conservateurs n’ont pas développé de philosophie sociale ou politique discernable [2]. Les laïques ont profité de cette indifférence et ont conduit le pays dans une direction résolument antichrétienne. Les principales institutions ont été prises d’assaut – tribunaux, écoles, séminaires – et transformées en groupes de défense laïques formant des disciples promouvant le programme humaniste. Lorsque les chrétiens ont observé ce qui se passait, ils ont conclu (1) qu’ils ne sont que des pèlerins de passage sur la terre, (2) que Jésus va les sauver par un enlèvement, (3) et qu’il incombe aux chrétiens d’endurer la persécution pour le nom de Jésus.

Ceux qui poussaient pour le renversement de l’établissement dans les années 1960 apprirent beaucoup lorsque leur programme radical, souvent violent, ne permit pas d’atteindre les objectifs fixés, et qu’ils tournèrent la majeure partie de la population contre eux. Saul Alinsky (1909-1972), dans ses Rules for Radicals, comprit l’inutilité de leur tactique et suggéra une voie différente :

« Le pouvoir sort du canon d’une arme à feu ! » est un cri de ralliement absurde lorsque l’autre camp possède toutes les armes à feu. Lénine était un pragmatique ; quand il est revenu . . . d’exil, il a dit que les bolcheviks voulaient obtenir le pouvoir par le biais du vote, mais qu’ils reconsidèreraient la chose après avoir reçu les armes à feu. Étaient-ce des discours militants ? Ou des citations que l’on débitait à profusion de Mao, Castro et Che Guevara, qui sont aussi pertinentes pour notre société de médias de masse hautement technologique, informatisée, cybernétique et fonctionnant à l’énergie nucléaire, qu’une diligence sur une piste de jet de l’aéroport Kennedy ?

Les radicaux savaient qu’il serait nécessaire de s’emparer des institutions sans jamais tirer un coup de feu ni faire sauter un autre bâtiment. Roger Kimball résume bien la tactique dans son livre The Long March: How the Cultural Revolution of the 1960s Changed America : « La longue marche à travers les institutions signifiait dans la bouche de [Herbert] Marcuse,’travailler contre les institutions établies tout en y travaillant’. Par ce moyen – par insinuation et infiltration plutôt que par confrontation – les rêves de renversement culturel de radicaux comme Marcuse triomphèrent » [3].

Pat Buchanan décrivait cette tactique de la même manière. Selon Gramsci, pour changer la culture, « il faudrait une ‘longue marche à travers les institutions’ : les arts, le cinéma, les théâtres, les écoles, les universités, les séminaires, les journaux, les magazines et le nouveau moyen de communication électronique [de l’époque], la radio” [4].

La gauche apprit cela à la suite de ce qui s’était passé dans les années 1960, lorsque son programme politique radical n’avait pas réussi à atteindre ses objectifs déclarés. Leur programme radical avait été abattu politiquement parce que la majorité des Américains avaient encore conservé un vestige de l’ancienne vision du monde chrétienne. La gauche savait qu’il serait nécessaire de s’emparer des institutions qui façonnent et modèlent les enfants qui deviendraient un jour des chefs de file culturels. Une fois le cœur et l’esprit capturés, tout le reste suit, y compris la politique. C’est une manœuvre tactique majeure que la plupart des membres de la droite ne comprirent pas.

La philosophie d’Antonio Gramsci en matière de changement culturel et social était le modèle suivi par les nouveaux gauchistes. Gramsci (1891-1937) considérait le christianisme comme la « force liant toutes les classes – paysans et ouvriers et princes, prêtres et papes et tous les autres, au sein d’une culture unique et homogène. C’était une culture spécifiquement chrétienne, dans laquelle des hommes et des femmes comprenaient que les aspects les plus importants de la vie humaine transcendent les conditions matérielles dans lesquelles ils vivaient [5]. Gramsci rompit avec la conviction partagée par Marx et Lénine selon laquelle les masses se lèveraient pour renverser la « superstructure » au pouvoir. Peu importe le degré d’oppression de la classe ouvrière, théorisait Gramsci, leur foi chrétienne ne permettrait pas un tel renversement. Les marxistes enseignaient « que tout ce qui était précieux dans la vie se trouvait dans l’humanité » [6].

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Les masses chrétiennes rejetaient le fondement laïc de Marx. Perceptivement, Gramsci se rendit compte qu’à long terme, les gens ne croyaient pas qu’ils ne se battraient pas. Gramsci avait-il raison ? « Le seul état marxiste qui existait » à l’époque de Gramsci « a été imposé et maintenu par la force et par des politiques terroristes qui ont reproduit et même amplifié les pires facettes du fascisme de Mussolini » [7]. La construction du mur de Berlin était la preuve la plus visible de la critique par Gramsci du marxisme traditionnel. Des murs devaient être construits pour empêcher les gens de fuir le « paradis des travailleurs ».

Bien que Gramsci fût toujours un marxiste convaincu et « convaincu de la totalité de la dimension matérielle de l’univers, y compris de l’humanité» [8], il croyait que le chemin emprunté par les marxistes traditionnels pour atteindre « l’utopie » était un chemin parsemé d’obstacles monumentaux.

Un critique de l’utilisation du sobriquet « marxiste culturel » ignore la plus grande partie de cette histoire et rejette ses racines idéologiques :

Il est très difficile d’expliquer ce qu’est le marxisme culturel, car le terme décrit quelque chose qui n’existe pas. L’expression réfère à une vaste conspiration remontant au début du XXe siècle dans laquelle des universitaires lancèrent une campagne pour s’emparer d’institutions universitaires, culturelles et artistiques. Ensuite, ils « promurent et imposèrent des idées destinées à détruire les valeurs chrétiennes et à renverser la libre entreprise ». Quelles étaient ces idées ? Féminisme, multiculturalisme, droits des homosexuels et athéisme, pour n’en nommer que quelques-unes.

Le problème est que cela ne s’est jamais produit en réalité.

Pour l’auteur, le marxisme culturel représente une nouvelle forme d’oppression :

À mesure que les groupes opprimés – femmes, minorités, personnes LGBTQ+ – acquerront les outils de la libération, tels que l’Internet et la protection des droits civils, ils auront une influence sur la culture. Les systèmes qui ont été créés pour les opprimer – le patriarcat, la famille nucléaire, la suprématie blanche – vont alors se retirer. (Daily Dot.)

Le marxisme culturel est réel. Il touche aux principes fondamentaux et à l’origine de la morale. Ce n’est ni une question de race ni de genre (c’est-à-dire de sexe). Par exemple, la faculté des arts et des sciences de l’ancienne université chrétienne Harvard « a invité l’activiste et écrivain de gauche Tim Wise à prononcer le discours liminaire lors de la conférence sur la diversité Décennie de dialogue de la semaine dernière”. Wise a déclaré que les personnes qui croient aux absolus moraux de la Bible devraient être “détruites politiquement, complètement rendues impuissantes pour la cause du pluralisme et de la démocratie… le monde ne leur appartient pas. Ils n’ont pas le droit d’imposer leurs conne**es aux autres. Ils peuvent soit changer, soit se taire, soit pratiquer leur propre folie chez eux… soit s’en aller » (The Blaze).

Bien entendu, le marxisme culturel n’existe pas ! Oui, en effet. Comme l’écrit Alexander Zubatov dans un essai très utile : « Ce n’est pas parce que des antisémites parlent de ‘marxisme culturel’ que cela veut dire qu’il n’est pas réel. »

Le marxisme culturel n’était en rien un complot, mais ce n’est pas non plus une simple «fantasmagorie» de la droite. C’était un programme intellectuel cohérent, une constellation d’idées dangereuses. Certains aspects de ces idées, c’était tout à leur honneur, ont mis en lumière le linge sale de l’Occident et inauguré une période de nettoyage domestique nécessaire qui était attendu. Mais leur focalisation obsessionnelle sur notre saleté sociétale – « injustice » réelle et perçue, « oppression », « privilèges », « marginalisation », etc., est rapidement devenue une contrainte pathologique. Nous avons commencé à voir de la saleté partout.

Nous nous sommes lavés et continuons à nous laver sans relâche, mais nous ne sommes jamais satisfaits, toujours prêts à découvrir plus d’actes sales et de péchés historiques et à mettre en scène des purges encore plus ritualisées. Nous finissons par jeter le bébé avec l’eau du bain. Et tous nos exploits et accomplissements collectifs durement acquis, tout ce qui est grand, bon et glorieux parmi nous, a fini par être balayé, par être la cible des crachats, et jeté avec le reste des ordures.

Gramsci commença à promouvoir une nouvelle image du marxisme mis au parfum de sa cosmétique en abandonnant les slogans agressifs. « Ce ne serait pas bien de parler de ‘révolution’ et de ‘dictature du prolétariat’ et de ‘paradis des travailleurs’» [9]. Non, le marxisme devrait plutôt prendre un nouveau visage et parler de « consensus national », d’« unité nationale» et de « pacification nationale ». Cela ne vous semble-t-il pas familier? Le processus démocratique plutôt que la révolution serait utilisé pour amener les changements nécessaires. Au début, le pluralisme serait promu et défendu. De plus, les marxistes se joindraient à d’autres groupes opprimés, même s’ils ne partageaient pas les idéaux marxistes, afin de créer une coalition unifiée constituant une puissante force électorale. Après avoir formé leur coalition, « ils doivent participer à toutes les activités civiles, culturelles et politiques dans tous les pays, en y inséminant patiemment leur levain de manière aussi profonde que le levain fait lever la pâte » [10].

Même après tous ces succès, Gramsci comprenait toujours que le christianisme demeurait son principal obstacle dans l’accomplissement de ses objectifs marxistes nouvellement formulés. Il devait dépouiller les esprits de toute notion de transcendance – en inoculant l’idée « qu’il n’y a rien au-delà de cet univers matériel. Il n’existe rien qui transcende l’homme – il n’y a que son organisme matériel dans son environnement matériel » [11].

La notion païenne de la séparation des deux royaumes qui persiste depuis le premier siècle dans le christianisme orthodoxe devait être réintroduite.

En termes plus pratiques, il devait amener les individus et les groupes de chaque classe et de chaque occupation dans la vie à réfléchir aux problèmes de la vie sans faire référence à la transcendance chrétienne, sans faire référence à Dieu ni aux lois de Dieu. Il devait les amener à réagir avec antipathie et une vive opposition à toute introduction des idéaux chrétiens ou de la transcendance chrétienne dans le traitement et la résolution des problèmes de la vie moderne [12].

L’ici et maintenant doivent être absolutisés et constituer le point de référence de tout ce que nous pensons et faisons. «Tout doit être fait au nom de la dignité et des droits de l’homme, au nom de son autonomie et de sa liberté vis-à-vis de toute contrainte extérieure. Et par-dessus tout, vis-à-vis de des affirmations et des contraintes du christianisme » [13]. Gramsci a-t-il réussi ? Très certainement.

L’Amérique est hantée par le spectre d’Antonio Gramsci.

Notes :

  1. Harold J. Ockenga, «Introduction», Carl F. H. Henry, The Uneasy Conscience of Modern Fundamentalism (Grand Rapids, MI : Eerdmans, 1947), xiv.
  2. Tom Strode, «Le problème de l’avortement et l’influence de Schaeffer ont poussé les évangéliques à s’engager, a déclaré [Richard] Land », BP News (6 décembre 2005).
  3. Roger Kimball, The Long March: How the Cultural Revolution of the 1960s Changed America(San Francisco : Encounter Books, 2000), 15.
  4. Patrick J. Buchanan, Death of the West: How Dying Populations and Immigrant Invasions Imperil Our Country and Civilization (New York : Presse Saint-Martin / Thomas Dunne Books, 2001), 77.
  5. Malachi Martin, The Keys of This Blood: The Struggle for World Dominion Between Pope John II, Mikhail Gorbachev and the Capitalist West (New York : Simon et Schuster, 1990), 245.
  6. Martin, The Keys of This Blood, 245.
  7. Martin, The Keys of This Blood, 248.
  8. Martin, The Keys of This Blood, 248.
  9. Martin, The Keys of This Blood, 249.
  10. Martin, The Keys of This Blood, 250.
  11. Martin, The Keys of This Blood, 251.
  12. Martin, The Keys of This Blood, 251.
  13. Martin, The Keys of This Blood, 251.

Source : https://americanvision.org/19443/cultural-marxisms-long-ideological-history-had-one-major-goal/americanvision.org/19443/cultural-marxisms-long-ideological-history-had-one-major-goal/

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