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Observations et perspectives sur l’école à la maison – par Samuel Peavey

Résumé : Ces pages reproduisent une étude faite par S. Peavey aux États-Unis en 1990 pour évaluer l’école à la maison et l’école publique. Ce rapport constitue la première synthèse objective et structurée sur l’école à la maison (home schooling) aux États-Unis. On y comptait alors (en 1991) 500 000 élèves. Depuis, le phénomène s’est largement développé et constitue une alternative crédible, moyennant un fort engagement familial, à une école publique dont les dérives préoccupent de plus en plus de parents. L’article déconstruit, à l’aide d’études référencées et de nombreux retours d’expérience, des préjugés courants persistants qui viennent à la bouche ou à l’esprit à l’encontre de l’école à la maison, tels que la piètre qualité de l’instruction prodiguée, le faible niveau de connaissances des enfants scolarisés à la maison, l’absence de socialisation, un environnement social et culturel fermé défavorable à l’épanouissement personnel, un manque de préparation à l’université et à la vie réelle, etc. [1]

Aimablement traduit par M. Bernard Bossu et le Dr François Plantey.

La remarquable renaissance de l’éducation à domicile, ces dernières années, peut être considérée comme le développement le plus important de l’éducation de tout le présent siècle. L’école à la maison fait partie intégrante d’un vaste mouvement d’affirmation de la liberté de choix éducatif. Il y a cependant des raisons de considérer l’école à la maison comme ayant sa propre identité. Elle mérite étude et considération, comme étant la plus privée des écoles privées.

La renaissance de l’éducation centrée sur la famille est la conséquence naturelle de nombreuses forces convergeant de façon irrésistible. Une des principales est le fait, maintenant bien documenté, que les foyers américains et l’école publique américaine ont atteint un niveau de médiocrité encore inconnu dans toute notre histoire. Les premiers comme la seconde ont trahi les droits naturels les plus élémentaires de nos enfants. L’école à la maison est la réponse normale de parents conscients de cette crise croissante.

L’école à la maison est un effort dirigé vers la sauvegarde des valeurs, ce qui, autrefois, était la mission commune de la famille et de l’école. L’éducation à la maison constitue le rejet de la tendance au collectivisme presque total dans l’éducation, et le refus de l’abaissement du niveau scolaire des enfants. C’est une réaction contre le déclin et la dépersonnalisation de la scolarité. C’est un témoignage de foi en la famille, foi perdue depuis trop longtemps. Mon expérience de médiateur entre éducation privée et l’Ecole de formation de l’Université de Louisville, m’a sensibilisé aux besoins des familles cherchant la liberté de religion et d’éducation dans le secteur privé. De plus, en tant que représentant de mon état au Conseil de l’Education Privée Américaine, j’ai fait connaissance de parents pratiquant l’école à domicile (« home schoolers ») dans un grand nombre d’états. Je leur ai rendu visite, j’ai pris la parole dans leurs réunions, j’ai examiné leurs moyens éducatifs, j’ai interrogé parents et enfants, observé les cours, les leçons, passé en revue les méthodes éducatives, vérifié leurs réalisations, et témoigné en leur faveur devant législateurs et tribunaux. J’ai conseillé des parents pratiquant l’école à la maison et menacés de poursuites, d’inculpation, d’amendes, d’emprisonnement et de harcèlement par les autorités civiles et éducatives, sous prétexte d’accusations de « négligence envers leurs enfants ». Ma ferme conclusion est qu’il est grand temps pour les citoyens d’une façon générale et pour les éducateurs en particulier, de reconnaître et de respecter l’instruction familiale pour ce qu’elle est et pour ce qu’elle accomplit.

Trop souvent les critiques intransigeantes envers l’école à la maison viennent de personnes ignorantes à cet égard. Le collectivisme croissant dans l’éducation des enfants est considéré comme une libération vis-à-vis du rôle traditionnel des familles. Beaucoup trouvent difficile de croire que les parents modernes ont la compétence nécessaire pour élever leurs enfants. Il leur est difficile de concevoir ce que peut être une scolarité centrée sur la famille dans notre société où foyers brisés, mères au travail, parents non mariés, pères absents, « enfants ayant une clé suspendue au cou » sont devenus la norme. Un point doit être clairement posé : une école à la maison est avant tout un foyer ; la première exigence pour la réussite de l’école à la maison, est une vie de famille réussie.

Je ne suis pas un promoteur de l’école à la maison en tant que telle. Je suis un promoteur du libre choix entre plusieurs possibilités. C’est mon avis de professionnel que l’éducation familiale est une des alternatives les plus importantes et les plus réussies, qui soit accessible aux parents aujourd’hui. Ces dernières années, j’ai témoigné sous serment de ce fait en de nombreuses occasions ; et chaque fois les mêmes questions revenaient. Laissez-moi brièvement porter le regard sur les questions qui reviennent couramment au sujet de l’école à la maison.

1) Les enfants sont-ils convenablement instruits par l’école à la maison ?

Il est tout à fait clair que, dans leur ensemble, les élèves à la maison atteignent un niveau supérieur à celui des élèves de l’école publique, selon les tests standards de connaissances et d’aptitudes. Des études sérieuses, réalisés dans de nombreux états, établissent ce fait évident.

a) Une étude a été menée, portant sur des élèves de l’école à la maison dont plus de la moitié étaient instruits par des parents n’ayant pas dépassé le niveau du secondaire. Un test standard de connaissances de base a montré un niveau impressionnant : 91 % de ces élèves atteignaient ou même dépassaient, en lecture, le niveau minimal exigé. N’importe quelle école publique serait fière d’un tel résultat.

b) En 1987, un test sur 873 élèves instruits à la maison, à Washington, a été effectué suivant les critères du contrôle de connaissances de Stanford : il montre clairement, pour 104 questions sur 120, un niveau supérieur ou égal à la moyenne.

c) En Alaska, un test de connaissances de base, effectué sur l’ensemble de l’état, a prouvé que les élèves de l’école à la maison figurent, statistiquement, dans le quart supérieur de l’ensemble de la nation.

d) En Oregon, une étude portant sur 1 100 élèves de l’école à la maison en a trouvé 75 % à un niveau égal ou supérieur au niveau requis.

e) La Fondation Hewitt pour la Recherche, à Washington, a conduit une étude sur plusieurs milliers d’élèves de l’école à la maison, à travers l’ensemble des États-Unis. En moyenne, ils se classaient entre le 75ème et le 95ème percentiles aux tests d’aptitude de Stanford & Iowa.

Je n’ai trouvé aucune étude complète et fiable montrant que les élèves instruits à la maison aient obtenu de moins bons résultats que leurs homologues de l’école publique. Nous, éducateurs professionnels, pouvons-nous étonner du fait qu’un tel niveau élevé d’enseignement puisse être atteint, dans des conditions aussi modestes, par des enseignants n’ayant qu’une instruction académique limitée.

2) Des parents « ordinaires » sont-ils qualifiés pour enseigner ?

Cette question est certes une question légitime aux yeux de quiconque relie la qualification de professeur avec un diplôme universitaire et un certificat d’éducateur délivré par l’État.

J’ai obtenu deux diplômes supérieurs, de deux universités réputées, en formation des enseignants, c’est-à-dire en art « d’apprendre à enseigner » à des enseignants. Mon privilège fut de préparer des milliers d’étudiants universitaires à obtenir leur qualification pour un certificat d’aptitude à l’enseignement. C’étaient, dans leur ensemble, d’excellents jeunes gens et beaucoup d’entre eux ont très bien réussi comme enseignants dans des salles de classe. Mais il a été très intéressant pour moi de voir des parents d’école à la maison, disposant seulement d’un diplôme du secondaire, faisant aussi bien, ou même mieux que mes enseignants certifiés, selon les résultats des tests standard effectués sur leurs élèves. Ces parents m’ont appris bien des choses, sur la vie, l’amour, l’apprentissage, que ne m’ont jamais montré mes distingués professeurs de Harvard et de Columbia.

J’ai observé que la plupart des ressources et des activités des parents pratiquant l’école à la maison ont été conçues pour laisser aux élèves une grande part d’initiative personnelle, en tant qu’étudiants indépendants. C’est un « enseignement sur mesure ». La situation est différente de celle d’une salle de classe, où le professeur fait face à une pièce remplie d’enfants, et où il passe la majeure partie de son temps et de son énergie à maintenir l’ordre.

Les parents, au sein d’un enseignement familial, jouent davantage un rôle de « mentors », de tuteurs, de conseillers et de sources de connaissances. Une mère m’a dit que son meilleur « conseiller en instruction » avait été son propre fils de dix ans, quand il lui avait vivement conseillé de « cesser de se comporter comme un professeur » ! Il est très satisfaisant que les autorités de l’État aient reconnu l’injustice et l’inutilité de vouloir imposer des certificats d’enseignement d’État aux parents qui choisissent d’éduquer leurs enfants à la maison, et pour lesquels ces certificats d’État n’ont aucunement été conçus. Il est caractéristique de constater que les parents enseignant à la maison nous donnent clairement la preuve de ce qu’un demi-siècle de recherches sur l’éducation a révélé : le manque total de lien tant soit peu significatif entre les diplômes de l’enseignant et les performances de ses élèves. Ces études ont été faites depuis des années, mais demeurent jusqu’à présent ignorées, maintenues sous le boisseau.

En voici quelques exemples :

a) Freeman a observé que le niveau du certificat d’enseignement semble avoir été conçu intuitivement, puis converti en règle de certification. Il n’a trouvé aucune relation significative entre les diplômes de l’enseignant et ses résultats en classe [2].

b) Eisdorfer et Tractenberg ont répertorié plusieurs situations où la qualification du professeur s’est vue contestée devant la justice. Ils s’attendent à ce que les tribunaux d’État se mêlent activement de la certification des enseignants, au fur et à mesure que se développe une opposition à leur validité légale [3].

c) Hawk, Coble et Swanson (Université de Caroline de l’Est), à l’issue de leur synthèse sur toutes les études disponibles, ont conclu qu’il y a très peu de documents, sinon aucun, soutenant l’assertion selon laquelle l’efficacité des enseignants est directement fonction du niveau croissant de certification et de diplômes [4].

En dépit de toutes ces preuves du contraire, l’école publique persiste à soutenir que « l’enseignement certifié est l’enseignement qualifié ». Il est particulièrement désolant de voir les autorités de l’État harceler et inculper les éducateurs qui refusent ces références pourtant invalides. La seule mesure valide d’efficacité pédagogique que nous ayons trouvée est la mesure du niveau de connaissance des élèves. Selon ce critère, les enseignants à la maison, dans leur ensemble, démontrent leur efficacité.

3) La socialisation des enfants est-elle pénalisée par l’école à la maison ?

La formation aux valeurs sociales découle d’un équilibre entre socialisation positive et socialisation négative. Il en va ainsi à la maison, à l’école, comme dans la société elle-même. Peu de personnes peuvent nier que les forces de socialisation négatives, qui dominent dans notre société actuelle, ont sapé et miné les valeurs sociales des familles, des écoles et de toute la vie des enfants. Les petits comme les adolescents errent dans un vide de valeurs. Les forces de socialisation positive ont perdu le plus gros de leur efficacité dans les écoles que l’État impose de fréquenter. La communauté scolaire d’aujourd’hui n’est plus le lieu protégé et sain où, naguère encore, la socialisation positive prédominait. Les problèmes, pressions, inquiétudes actuelles, réagissent sur la socialisation des enfants en classe.

On reconnaît aussi, de façon croissante, que l’organisation de l’école est, elle aussi, un facteur négatif pour cette socialisation des enfants. Avec les enfants bousculés d’une sonnerie à la suivante, d’une classe à l’autre, arbitrairement rassemblés par groupes d’âges, l’école n’a jamais été organisée en vue d’une socialisation normale. Elle a plutôt évolué en une structure commode pour la collectivisation massive des enfants. La plupart des enfants apprennent à tolérer ce processus développé par leur aînés comme le meilleur moyen de traiter les enfants en masse, et à s’y conformer.

Pourtant, ceux qui étudient le comportement des enfants finissent par se rendre compte que, derrière cette façade apparente de conformité avec les exigences collectives, les enfants subissent des tensions, des pressions et du stress, que peu d’entre eux peuvent identifier, reconnaître et définir comme tels. La nature de la vie et de l’enseignement dans un tel milieu crée des valeurs anormales, des rôles, des relations et des comportements anormaux. Avec pour résultat que les enfants se replient sur eux-mêmes et sur leurs homologues pour en subir l’influence, la domination, l’image et les « valeurs ».

De cette situation découlent les divers problèmes des enfants auxquels les enseignants sont confrontés dans les classes actuelles : isolement social, crise d’identité, autodénigrement, stress émotionnel, compétition excessive, frustration, délinquance, hostilité, confusion morale, ennui, rejets, épuisement, promiscuité sexuelle, violence, vandalisme, grossesses d’adolescentes, alcoolisme, drogue, et sûrement le plus tragique de tous, suicide. Sur cette toile de fond, il n’est pas nécessaire d’expliquer davantage l’intérêt profond des parents éducateurs pour le caractère et le comportement social de leurs enfants. Cette seule préoccupation suffirait à favoriser l’extension de l’école à la maison au-delà de de tout ce que l’on peut imaginer. Plus important encore, l’enseignement à domicile pourrait resserrer les liens au sein d’unités familiales fonctionnelles, où parents et enfants se redécouvriraient ensemble dans une véritable entreprise commune, une aventure en commun rénovant la vie et l’enseignement.

a) Un rapport d’étude de John Taylor (Université Andrews) a comparé 224 adolescents enseignés à la maison de la Neuvième [5] à la terminale avec des « écoliers réguliers », selon l’échelle d’ « estime de soi » (self-concept) de PiersHarris. Il est admis généralement qu’une estime de soi satisfaisante est un bon indice de socialisation d’un individu.
L’étude de Taylor conclut comme suit : « L’ »estime de soi » des enfants instruits à la maison est significativement meilleure que celle des enfants de l’école conventionnelle. En ce qui concerne la socialisation, il apparaît que très peu d’enfants instruits à la maison sont socialement « en manque ». Les résultats de l’étude montrent que ce sont les enfants scolarisés de façon conventionnelle qui ont actuellement une socialisation carencée. »

b) Urie Bronfenbrenner, parmi d’autres, a découvert que les enfants du primaire qui passent plus de temps avec ceux de leur âge qu’avec leurs parents, deviennent souvent dépendants des membres de ce groupe d’âges. Il a noté que cela entraîne un pessimisme envahissant vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur avenir, de leurs parents et même de leurs pairs. Cela contredit l’idée que l’association d’un enfant avec un grand nombre d’autres enfants contribue nécessairement à une socialisation positive, comme le supposent de nombreux parents et enseignants. Des observations de première main sur des enfants élevés à la maison impressionnent fréquemment les observateurs par la qualité de leur maturité, leurs aptitudes générales, leur sens des responsabilités et leur assurance.
Souvent les parents précisent que leur décision d’instruire leurs enfants à la maison vient de ce qu’ils ont constaté les excellentes qualités sociales d’autres élèves de l’école à la maison. On ne saurait certainement surestimer la contribution aux valeurs et à la personnalité sociales qu’apporte la solide base de valeurs morales et spirituelles fréquemment présentes dans la plupart des écoles à la maison.

4) Les élèves issus des écoles à la maison sont-ils préparés pour l’université ?

Les élèves instruits au foyer ont très peu de difficultés pour entrer à l’université et y réussir, s’ils s’y préparent intelligemment en utilisant bien les occasions. Des conseillers sont à leur disposition dans les universités et les lycées pour les aider dans les démarches d’inscription et les orienter vers les différents établissements. L’instruction préparatoire à l’université est disponible sous forme de cours complémentaires assurés par les lycées et les universités, de programmes d’enseignement télévisés, d’inscription à temps partiel au lycée local, et par le biais de précepteurs. On peut pallier l’absence de cours préparatoires à certaines universités par le statut d’admission conditionnelle. Dans la plupart des universités, l’admission dépend principalement de tests d’admission standards. Les certificats GED [6] tiennent souvent lieu de diplômes de lycée. Les bureaux d’admission universitaires savent que, par eux-mêmes, les diplômes et les cycles d’un lycée conventionnel offrent peu d’assurances sur la qualité de la préparation ou sur le potentiel des élèves, du fait que les niveaux varient considérablement d’un établissement à l’autre.

La plupart des programmes d’écoles à la maison sont mis au point au cas par cas et se déroulent avec une insistance particulière sur l’étude indépendante, la responsabilité individuelle, l’autoévaluation et l’emploi de sources diverses, tout ceci préparant l’individu pour que ses études universitaires soient couronnées de succès. L’étude des génies indique qu’un environnement indépendant, ouvert, sans distraction, favorisant une prise en main autonome, comme dans la plupart des écoles à la maison, fournit le meilleur cadre pour le développement d’esprits doués et créateurs.

5) A quoi ressemble réellement l’école à la maison ?

Comme on l’a souvent signalé, l’école à la maison est la forme la plus « privée » d’enseignement privé. Elle n’est pas organisée en vue de l’isolement, mais de l’intimité de la vie et de l’éducation dans un milieu religieux, professionnel et communautaire reposant. Les élèves à la maison profitent des fréquentations et activités pour enfants et adolescents que tout bon parent souhaite leur donner. La plupart des écoles publiques et privées peuvent leur offrir des inscriptions à temps partiel, leur proposer aussi des cours en option, l’usage des équipements scolaires et une participation à certaines activités.

Une grande variété de cours mis au point par des professionnels, depuis la maternelle jusqu’au lycée, sont utilisés avec succès par les parents éducateurs qui auraient une formation insuffisante. L’éditeur des cours fournit ordinairement aux parents un service permanent en termes de conseils sur les procédures, les problèmes, les contrôles et les sources d’information complémentaires.

Les collèges, les universités et les cours par correspondance dispensent un large éventail de cours pour les études en indépendant. Ces ressources deviennent de plus en plus accessibles et intéressantes. Des cours complets et enrichissants sont aussi de plus en plus souvent offerts par la télévision éducative.

Le concept d’éducation à la maison soulève dans certains esprits la question de savoir si l’école à la maison prépare les élèves à la « vie réelle ». Cependant, la plupart des observateurs concluraient que la meilleure préparation à la vie réelle consiste à la vivre chaque jour, comme le font les enfants et adolescents scolarisés à la maison : ce sont les élèves collectivisés à l’école habituelle qui sont contraints de vivre en dehors de la réalité. L’école à la maison offre couramment des relations quotidiennes plus étendues avec la communauté que ne le fait, en salle de classe, l’école traditionnelle. L’expérience montre que 3 ou 4 heures par jour d’instruction effective à la maison suffisent à maintenir un élève à niveau. Le reste de la journée est consacré aux projets personnels, aux excursions, à l’art, à la musique, aux visites dans des bibliothèques, dans des musées, à la télévision éducative, aux travaux bénévoles associatifs, au partage des responsabilités familiales, aux passe-temps personnels, ou à divers « petits boulots » rémunérés, tels que le jardinage, l’artisanat, la pâtisserie faite maison, le travail du bois, l’élevage d’animaux domestiques, l’entretien de pelouses…

L’image de l’école à la maison avec une mère lasse et fatiguée, blottie avec sa nichée au fond de la cuisine, est bien loin de représenter la réalité actuelle de l’éducation familiale.

La Nation, l’État et les associations d’entraide proposent des forums, des cercles de discussion pour développer l’amitié, les échanges d’idées et d’expériences, dans l’espace chaque jour plus étendu de l’éducation à domicile. De tels groupes de soutien collaborent pour organiser des travaux pratiques ou des activités collectives pour les élèves, et mettre en commun leurs préoccupations. Des ateliers réunissent périodiquement des parents qui y viennent pour étudier et acquérir des ressources éducatives et d’apprentissage, pour écouter des conseillers sur des sujets d’intérêt commun… Une main secourable est aussi tendue à ceux qui débutent avec l’école à la maison.

Nombre d’associations légales se sont créées pour fournir aide et assistance juridique aux parents éducateurs, face aux tracasseries administratives des autorités scolaires.

Il existe aussi maintenant une littérature de plus en plus développée sur l’éducation familiale. Nombre de revues, journaux, périodiques et publications tiennent les parents enseignant leurs enfants à domicile au courant de l’actualité et des développements de l’école à la maison. Plus de 200 études ou thèses universitaires traitant de ce sujet sont actuellement en cours.

6) Pourquoi l’éducation familiale est-elle devenue une nécessité ?

Dans une démocratie ayant une tradition de libre entreprise [7], le choix éducatif est une réponse vitale face au monopole que s’est assuré l’État sur le modelage de l’esprit et de la personnalité des enfants. Bien que les motifs d’adopter l’école à la maison varient d’une famille à l’autre, le motif commun, bien sûr, est la conviction que le cadre familial permet de donner aux enfants une instruction et une éducation d’un niveau supérieur à ce qui est offert par les autres possibilités disponibles et financièrement accessibles.

La majeure partie d’entre eux réagit au fait que les écoles publiques ne permettent plus désormais de reconnaître ouvertement Dieu ni de le vénérer, ni de reconnaître la nature et la destinée divine de l’homme. D’autres sont préoccupés par la dégradation de l’enseignement public et pensent que leurs enfants atteindront un meilleur niveau scolaire grâce à l’école à la maison. Beaucoup d’entre eux se sentent également préoccupés par la décadence actuelle de la vie domestique et familiale, et cherchent à maintenir un entourage intime et affectueux pour leurs propres enfants. Certains adhérent à une vision du monde et à une philosophie, et ils souhaitent que leur enfants soient élevés selon cette perspective. D’autres souscrivent à des méthodes pédagogiques de développement de l’enfant, et ils considèrent leurs foyers comme les lieux les plus propices pour les mettre en œuvre.

Conclusion

L’éducation familiale n’est pas une fantaisie passagère. Ceux qui, comme nous-mêmes, sont impliqués dans l’éducation professionnelle savent depuis longtemps que l’influence la plus puissante sur les bons résultats scolaires des enfants est l’implication des parents. Ce facteur culmine dans l’école à la maison. Au fur et à mesure que nos écoles sont devenues de plus en plus massives, technologiques, impersonnelles, antisociales, amorales et collectivisées, les éducateurs ont peut-être besoin d’un laboratoire plus simple, plus naturel et plus humain, leur permettant d’explorer les éléments fondamentaux de la vie et de l’apprentissage. J’en viens à suggérer que ces éléments de base sont tous présents ici, et se développent d’une façon unique dans le cadre privé, simple et normal de l’école au foyer. Concluons par une remarque : l’école à la maison n’est pas destinée à tous. Il en va de même pour la scolarisation obligatoire par l’État.

Référence : Le Cep n°4, 3e trimestre 1998.


Note de La Lumière : le texte original publié dans la revue du Cep a été légèrement révisé, expurgé d’un certain nombre d’erreurs résiduelles qui ont échappé au contrôle de l’éditeur. Le résumé initial apparaissant avant l’article a également été quelque peu rallongé.

Notes :

1. Ce rapport à été présenté le 15 mars 1990 au Comité pour l’éducation à domicile du New Hampshire (CSSH Quarterly Vol. XIV n°1/ 1991 – TPA Newsletter (3/1991). CSSH, 1429 N. Holyoke, WICHITA, KANSAS 67208.

2. Legal Issues in Teacher Preparation and Certification. E.R.I.C. Clearing House on Teacher Education, Washington D. C., 1977.

3. Ibid.

4. Journal of Teacher Education, mai-juin 1985.

5. Ce qui correspond à la tranche d’âges 14-15 ans, soit plus ou moins au niveau de la Seconde

6. General Education Diploma.

7. Ndt : aux États-Unis !

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