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Fatiha Boudjahlat : “L’islamophobie veut pénétrer dans le droit français”

Image d'illustration. Photo © KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Par Solange Bied-Charreton

Publié le 02/05/2019 à 16:12

Pour Fatiha Boudjahlat, essayiste et auteur de l’ouvrage Le Grand Détournement, l’islam orthodoxe profite du sentiment de culpabilité chez les médias occidentaux pour se faire obtenir une reconnaissance dans le droit français. Entretien.

Ernest Renan, Claude Levi-Strauss, Jacques Ellul : autant d’auteurs dont on omet les écrits sur l’islam, parce qu’ils mettaient en garde contre l’intolérance consubstantielle de cette religion et de ses croyants. Comment expliquez-vous l’adoucissement du discours sur l’islam depuis un siècle en Occident (désormais déclaré « religion de paix et d’amour ») ?
Ce ne sont pas les passages que l’on aime le plus à citer. Ou on les mettra sur le compte de la vieillesse, de la méconnaissance. On cite volontiers les premiers textes de Levi-Strauss, pas celui dans lequel il déclare qu’il a le droit de ne pas apprécier la musique de son voisin et de ne pas vouloir vivre à côté.
Avons-nous un autre choix ? C’est la religion de plus d’un milliard de personnes sur terre. C’est la religion de plusieurs millions de compatriotes, c’est la mienne. C’est aussi celle des pétromonarchies dont nous sommes les clients et les obligés. Les Occidentaux, à force de progressisme mal compris, de masochisme, veulent se faire pardonner leur passé de colonisateurs, quitte à glorifier sans cesse (voir les Unes du magazine l’Histoire, tous ces textes vantant la science arabe, etc.) et à dissimuler le passé peu glorieux des peuples musulmans qui ont, par exemple, pratiqué une traite plus importante, plus longue, encore plus dure. Il s’agit surtout des médias, des sociologues et des universitaires. Parce que, personnellement, mes élèves ne relèvent pas de ce passé qui est passé. Que je suis bien contente d’être née de ce côté de la Méditerranée. Mais je tiens à la disposition de tous les bourgeois pénitents mon RIB pour qu’ils puissent convertir leur culpabilité en argent et m’indemniser. Cela leur permet de masquer et de garder leurs privilèges de classe.

Les Occidentaux, à force de progressisme mal compris, de masochisme, veulent se faire pardonner leur passé de colonisateurs, quitte à glorifier sans cesse et à dissimuler le passé peu glorieux des peuples musulmans.

Comme l’écrivait Philippe-Joseph Salazar dans Paroles armées, « notre passion sociale du respect de l’autre sans risque nous rend infantiles dans l’expression du jugement ». Nous pouvons et devons juger et interdire des pratiques culturelles incompatibles avec nos valeurs. Des valeurs qui ne sont pas liées à notre couleur blanche, pas innées, mais qui sont le fruit de débats, de conquêtes, d’une histoire, d’une historicité. En renonçant à l’universalisme, en le confondant avec l’impérialisme, nous nous sommes mis à portée de tir des extrémistes.

L’entrisme islamiste prospère sur le multiculturalisme, fausse générosité, vrai enfermement. Ce faisant, on donne à penser que l’islam est une religion à part, qui doit rester figée et que les musulmans sont des croyants à part, ce qui nous conduit à une auto-censure que nous n’appliquons pas au christianisme. Ce n’est pas généreux : nous sommes exclus du régime d’historicité de nos compatriotes. Et comme l’écrivait Wassyla Tamzali, « comment, et où, pouvons-nous trouver le droit d’être des hommes et des femmes libres, sinon dans la résistance à notre culture, à nos traditions religieuses quand elles sont contraires à ces principes ? À quoi ont-ils eux-mêmes arraché ces droits, sinon à leurs églises, leur religion, leur culture, leurs traditions ? »

L’islamophobie est une martyrologie qui s’inscrit dans l’ADN antiraciste et le combat pour le respect des minorités. De quelle manière ?
Le respect des minorités ? Pas celui des femmes (elles représentent la moitié de l’humanité mais sont minorisées par des mécanismes juridiques, traditionnels et religieux), des enfants (considérés comme des bien meubles de leurs parents) ou celui des homosexuels, lesbiennes ou trans. L’islamophobie ne protège que l’orthodoxie de l’islam. Elle veut pénétrer dans le droit des pays occidentaux. Le rapport de 2018 du CCIF, en surfant sur la vague « metoo » et en présentant deux femmes en Une, propose de libérer une parole de femmes victimes, dans une analyse genrée. Mais on peut lire dans l’intro de sa nouvelle directrice : « L’islamophobie est un racisme genré. » Ce rapport formule ces préconisations : « Reconnaître l’islamophobie comme une forme spécifique de racisme et en faire une cause nationale, comme cela est déjà le cas pour d’autres formes de racisme. Réformer le système actuel de saisie des plaintes. Toutes les données doivent être enregistrées informatiquement et le motif racial, notamment islamophobe (ou anti-musulman) de la discrimination doit être systématiquement inclus dans les plaintes. »

L’islamophobie ne protège que l’orthodoxie de l’islam.

L’islamophobie ne vise pas seulement à introduire un délit de blasphème pour interdire toute critique de l’islam. Elle vise à faire de cette religion une ethnie, un non choix, et donc de faire de sa critique un délit relevant de la discrimination. Mais dans mon analyse, ce n’est que le but évident. La finalité est autre, je l’expliquais dans mon premier livre, Le Grand Détournement : elle vise à coaliser une communauté diverse et intégrée autour de ses leaders les plus orthodoxes. Dans une société comme la nôtre, les membres de ces groupes ont, au cours du temps et au fil de l’enracinement et de la durée de l’installation en France, manifesté, selon le philosophe M.Walzer, « de nombreuses manières d’être ceci ou cela, que les autres membres du groupe doivent tolérer, ne serait-ce que parce qu’eux-mêmes bénéficient de la tolérance de la société globale ». Or cette tolérance forcée desserre l’emprise communautaire sur les membres du groupe, et ce faisant paraît compromettre sa cohésion. « L’intolérance », même fantasmée, « a souvent pour effet (…) la conservation des groupes qui en sont les victimes ». Mais l’enjeu est dans l’enrôlement de la population qui a vocation à faire bloc dans sa communauté.

Cet objectif est plus difficile dans un état-nation que dans un pays au régime juridique multiculturaliste : « Dans la mesure où les groupes ethniques et religieux ont à assurer leur propre existence, ils ne le peuvent le faire ici [dans une société d’immigration, NDLR] qu’en tant qu’associations purement volontaires. Cela signifie qu’ils ont plus à redouter de l’indifférence de leurs propres membres que de l’intolérance des autres. » Les leaders communautaires doivent donc renforcer cette cohésion, par exemple par une pratique religieuse plus radicale, source de distinction et d’altérité avec le reste de la société. Comment réussir à mobiliser et à coaliser ces individus contre la société et sa puissance intégratrice ? Qui est capable de les émanciper de l’emprise communautaire et de leur donner la possibilité de développer d’autres façons de vivre sa différence religieuse et culturelle que celle de l’hyperconformité préconisée par les leaders de la communauté? En persuadant cette population qu’elle est rejetée, harcelée, persécutée.

Qu’est-ce qui différencie l’accusation d’islamophobie de celle du simple racisme ?
C’est déjà une victoire des islamistes que d’avoir banalisé l’usage du terme d’islamophobie, jouant aussi sur l’homophonie avec homophobie, et faisant de la peur une haine. L’islamophobie n’existe qu’en tant que critique légitime et légale d’un système de croyances et de pratiques. J’ai le droit de dire que je n’aime pas l’islam et ses obligations. Je n’ai pas le droit de dire que les musulmans sont des terroristes. La religion est un choix. Le degré d’orthodoxie et d’orthopraxie est aussi un choix. Tous les choix peuvent être discutés, moqués, critiqués. Les islamistes essaient d’installer comme idée que ce n’est pas un choix, mais une essence, et donc un élément de l’identité, donc non soumis à la critique ou à la distanciation. L’homosexualité n’est pas un choix, les origines ethniques non plus.

Au risque de faire de la peine au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, l’islam n’est pas une religion d’amour et de paix.

Tout ce qui « n’a rien à voir avec l’islam » n’a-t-il tout de même pas un rapport avec l’islam ?
Au risque de faire de la peine au ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, l’islam n’est pas une religion d’amour et de paix. Le catholicisme non plus. Le judaïsme non plus, le bouddhisme non plus (les Rohyngyas, ethnie birmane pourchassée par les autorités de leur pays, en savent quelque chose). Il n’existe pas de religion de paix et d’amour. La religion est un ensemble de doctrines qui visent à faire adopter un comportement particulier, elle veut l’hyperconformité, elle ne cherche pas à faire progresser les droits humains. En position majoritaire, chaque religion veut détruire les autres, en position minoritaire, chaque religion en appelle à la tolérance. Les religions sont basées sur un corpus à contextualiser. Le Coran est plus confus parce que les sourates ne sont pas chronologiques, les sourates d’avant l’Hégire sont classiques et installent des pratiques, les sourates d’après la fuite de Mahomet devant les Mecquois polythéistes sont violentes. A nous de faire le tri. Je me suis souvent dit qu’il fallait un nouveau testament au Coran. Il faut surtout se donner le droit de dire qu’il faut faire le tri entre le spirituel et ce qui relève de la conquête. Le Coran ne parle pas de l’électricité, des réseaux sociaux, des avions. La preuve que même les extrémistes sont capables de faire la part des choses et ne se baladent pas en chameau. Mais ils considèrent comme non négociable et non interprétable ce qui les arrange : leur souveraineté en tant que mâles sur la moitié de l’humanité, les femmes, et sur le monde.

Quand on lutte contre les restrictions de liberté individuelle que représentent par exemple la réclusion des femmes, l’excision en Afrique subsaharienne, le sort des femmes dans la polygamie, le port du voile (et du voile intégral), lutte-t-on contre la liberté de ceux qui les imposent ?
Je ne me réfère plus à la liberté. Des femmes choisissent d’accepter la polygamie. Des femmes choisissent de se voiler entièrement. Elles ont choisi de partir en Syrie. Même l’excision n’est pas islamique mais culturelle. On l’interdit et heureusement. Mais si vous formulez cette alternative, qui est par essence un non choix, aux jeunes filles : être excisées et respecter la tradition de la famille et de la communauté, complaire à ses parents, ressembler à sa mère, ou s’exclure, quel choix feront-elles ?

La liberté n’est pas une capacité d’agir. Elle a un contenu éthique, elle s’appuie sur une éducation laïque, des armes intellectuelles permettant de mesurer la portée de ses actes pour soi, mais aussi le compatriotisme qui permet de mesurer la portée de ses actes sur les autres et la communauté nationale. On lutte contre le militantisme orthodoxe de ceux et celles qui veulent imposer l’orthodoxie comme seule manière d’être une bonne musulmane et même une bonne arabe. La différence est qu’en France nous luttons avec les mots, en les laissant prêcher, alors que le système que ces extrémistes appellent de leurs vœux supprimera toute liberté, ils détournent donc nos valeurs occidentales qu’ils méprisent à leurs profits.

Source : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/fatiha-boudjahlat-lislamophobie-veut-penetrer-dans-le-droit-francais-106549

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