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Neutralité, objectivité et recherche bâclée

Par Gary DeMar, 29 avril 2019

« Un des premiers devoirs d’un homme est de ne pas être dupé. » – Carl Becker.

Les vainqueurs de tout conflit, qu’il soit intellectuel, politique ou militaire, travaillent avec acharnement pour formuler l’histoire de ce conflit de manière à ce que leur version des faits soit racontée sous le meilleur jour possible. Comme l’on peut s’y attendre, il y a beaucoup de biais dans la façon dont l’histoire est rapportée. Afin de faire paraître le compte rendu historique sous le meilleur jour possible pour ceux qui lisent le récit pour la première fois, les faits sont quelquefois manipulés juste assez pour renforcer l’impression que le bon camp a effectivement gagné le débat et fait mordre la poussière à l’opposition. Il y a des cas où des faits contraires ne sont jamais introduits dans la discussion afin de ne pas susciter des questions et des doutes dans l’esprit des lecteurs, les portant à croire qu’il pourrait y avoir une bonne raison pour laquelle même il y a eu un débat au départ. Et il n’est pas impossible que certains historiens fabriquent leur propre version des événements historiques en espérant que personne ne remarquera ou ne vérifiera les sources originales.

Le mythe de l’objectivité

Les faits ne sont jamais neutres et ne parlent pas d’eux-mêmes [1]. Les faits sont mis en perspective de manière à défendre une position et ensuite interprétés. Certains faits ne parviennent jamais à la table de l’interprète. Trop de gens croient que les présentateurs des journaux télévisés, les journalistes et les scientifiques « rapportent simplement les faits » sans préjugés, idées préconçues ni programmes politiques. Ce n’est guère le cas, comme le souligne James Davison Hunter dans son livre Culture Wars :

Par la sélection même des nouvelles à couvrir, des livres à publier et à examiner, des films et de la musique à diffuser et des œuvres d’art à exposer, ces institutions définissent les sujets importants et les questions pertinentes qui méritent l’attention du public. De plus, dans la substance des actualités couvertes, des livres publiés et recensés, de l’art exposé, etc., les médias de masse agissent comme un filtre à travers lequel nos perceptions du monde qui nous entoure prennent forme. Ainsi, en vertu des décisions prises par ceux qui contrôlent les médias de masse – des décisions apparemment inoffensives prises au jour le jour et d’année en année – ceux qui travaillent au sein de ces institutions exercent un pouvoir cumulatif énorme [2].

Le fait qu’une actualité fasse l’objet d’une mention dans un journal télévisé de trente minutes devrait tous nous amener à nous interroger sur la notion de neutralité dans le fait de rapporter les actualités ou dans tout le reste. Il n’existe pas d’actualités ni d’histoire pures, non filtrées et brutes. Toutes actualités et tout compte rendu historique sont biaisés, qu’ils soient le fait des libéraux ou des conservateurs. C’est le résultat de la façon dont nous voulons que le monde soit vu [3]. Bien sûr, la façon dont nous voyons le monde est la bonne façon de voir le monde. Quiconque voit le monde d’une autre façon le voit mal. David Brinkley, présentateur sur une chaîne télévisée, a admis un jour : « Les actualités sont ce que je dis : c’est quelque chose qui vaut la peine d’être connu en vertu de mes critères » [4].
William Proctor, journaliste et auteur chevronné qui a travaillé pour le New York Daily News, explique que « l’évangile [des médias] est enraciné dans une sorte de théologie séculière qui prétend transmettre une vérité sociale, morale et politique infaillible – une vérité que le journal [The New York Times] promeut avec tout le zèle du plus féroce prosélyte ». Proctor décrit la politique éditoriale et de collecte d’informations du Times comme un « fondamentalisme de Manhattan », « un ensemble bien défini, mais aussi assez rigide de points de vue que le journal diffuse largement pour influencer les croyances et comportements politiques, sociaux et personnels » [6]. Même le choix d’un récit manifeste un biais. Marvin Olasky écrit ce qui suit : « Puisque seul un Dieu omniscient peut être vraiment objectif, l’objectivité de l’homme est intrinsèquement biaisée ; les collaborateurs du TIME, reconnaissant cela, mettent de plus en plus en avant la subjectivité, mais ce n’est pas non plus une solution » [7].
En 1986, Robert Bazell, de la NBC, admettait que « l’objectivité est une erreur… Il y a différentes opinions, mais vous n’avez pas à leur donner le même poids ». Linda Ellerbee a écrit : « L’objectivité n’existe pas. Tout journaliste qui vous dit qu’il est objectif vous ment » [8].
Le domaine froidement objectif, rationaliste et matérialiste de la science prétend être à l’abri des biais au niveau des présupposés. Du moins, c’est ce que les scientifiques veulent faire croire aux non-scientifiques. La science n’est pas un domaine d’étude objectif et elle n’opère pas indépendamment de certaines hypothèses de départ non empiriques, comme le souligne Paul Davies, professeur de physique mathématique :
Quelle que soit la réussite de nos explications scientifiques, ces dernières reposent toujours sur certaines hypothèses de départ. Par exemple, l’explication d’un certain phénomène en termes de physique présuppose la validité des lois de la physique, qui sont considérées comme données. Mais on peut se demander d’où viennent ces lois en premier lieu. On peut même s’interroger sur l’origine de la logique sur laquelle repose tout raisonnement scientifique. Tôt ou tard, nous devrons tous accepter quelque chose comme donné, que ce soit Dieu, ou la logique, ou un ensemble de lois, ou un autre fondement de l’existence. Ainsi, les questions « ultimes » dépasseront toujours le cadre de la science empirique telle qu’elle est habituellement définie [9].
Au-delà de ces questions « ultimes », il y a certains présupposés qui prévalent chez les philosophes et les scientifiques matérialistes qui colorent les faits. Comment est-il possible de raisonner avec Lawrence Lerner, professeur émérite à la California State University de Long Beach, lorsqu’il affirme : « Il n’y a pas d’alternatives à l’évolution qui soient scientifiques », et que toutes « alternatives sont religieuses » [10] ? Toute preuve avancée qui pourrait contredire le modèle évolutif sera d’emblée rejetée comme contraire aux faits, créant une interprétation de type « Catch-22 » (*). En même temps, Lerner et d’autres évolutionnistes prétendront qu’ils sont scientifiquement objectifs lorsqu’ils évaluent les faits. Le regretté évolutionniste Stephen Jay Gould a écrit : « Le stéréotype d’une « méthode scientifique » entièrement rationnelle et objective, avec des scientifiques individuels agissant comme des robots logiques (et interchangeables), est une mythologie motivée par des gains personnels [11]. » L’objectivité et la neutralité, en ce qui concerne la défense de sa propre vision du monde, sont des mythes.
Méfiez-vous de l’homme qui vous dit qu’il expliquera, qu’il vous expliquera entièrement toute action ou tout événement humain complexe en recourant à des données « froidement objectives », « empiriquement vérifiables », « statistiques ». Il se trompe lui-même, et peut-être cherche-t-il à vous tromper.

Car, tout d’abord, nous ne voyons pas tous le même événement exactement de la même manière, et encore moins ne l’interprétons-nous de la même manière – pas même les événements qui ne font pas intervenir le facteur de la finalité humaine qui complique les choses [12].

Bien que l’étude des faits historiques soit de la plus haute importance, nous ne devons jamais oublier que quelqu’un choisit toujours quels faits figureront dans un manuel scolaire et comment ils doivent être interprétés. Être prévenu, c’est être armé.

Références :
[1] Roy A. Clouser, The Myth of Religious Neutrality: An Essay on the Hidden Role of Religious Belief in Theories (Notre Dame, IN : University of Notre Dame Press, 1991), 26-27.
[2] James Davison Hunter, Culture Wars : The Struggle to Define America (New York : Basic Books, 1991), 225.
[3] Bernard Goldberg, Bias: CBS Insider Exposes How the Media Distort the News (Washington, D.C. : Regnery, 2002), 5.
[4] David Brinkley, cité par Edith Efron, « Why Speech on Television Is Not Rally Free », TV Guide (11 avril 1964), 7. Cité dans Colleen Cook, All That Glitters: A News-Person Explores the World of Television (Chicago : Moody Press, 1992), 32.
[5] William Proctor, The Gospel According to the New York Times : How the World’s Most Powerful News Organization Shapes Your Mind and Values (Nashville, TN : Broadman & Holman, 2000), 11-12.
[6] Proctor, The Gospel According to the New York Times, 31.
[7] Marvin Olasky, « Progress Report : A Changing WORLD amid a subjective TIME « , World (14 octobre 2006), 40.
[8] Dinesh D’Souza, « Mr. Donaldson Goes to Washington », Policy Review (été 1986), 24-31. Cité dans Marvin Olasky, Prodigal Press: The Anti-Christian Bias of the American News Media (Westchester, IL : Crossway Books, 1988), 59.
[9] Paul Davies, The Mind of God: The Scientific Basis for a Rational World (New York : Simon & Schuster, 1992), 15.
[10] Mary MacDonald, « A textbook case in Cobb County », Atlanta-Journal Constitution (14 avril 2002), F1.
[11] Stephen Jay Gould, « In the Mind of the Beholder », Natural History (février 1994), 103:14.
[12] Silvester Petro, The Kingsport Strike (New Rochelle, NY : Arlington House, 1967), 27-28.
Note du traducteur :
* Catch 22 (en) est un terme utilisé en référence au roman de Joseph Heller pour désigner une situation où un individu ne peut éviter un problème en raison de la contradiction des règles ou des contraintes (Wikipédia).

Source : https://americanvision.org/18484/neutrality-objectivity-and-sloppy-scholarship/

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