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Quand l’Evangile du salut devient la malédiction du monde – A la recherche du Royaume perdu (3)

Nous avons perdu notre mission.

« Sans quoi, s’il n’arrive pas à terminer sa construction après avoir posé les fondations, il risque d’être la risée de tous les témoins de son échec. ‘Regardez’, diront-ils, c’est celui qui a commencé à construire et qui n’a pas pu terminer !’ »

Luc 14:29-30.

« [] ainsi, tu pourras reconnaître l’entière véracité des enseignements que tu as reçus. »

Luc 1:4

Un ami m’a appris la leçon très importante de toujours demander, quand on reçoit un nouveau travail : « à quoi ressemble un travail bien fait ? » Vous ne pouvez pas bien faire ce que vous ne comprenez pas. Si l’Église veut faire ce que Jésus nous a demandé de faire, nous devons savoir quel est notre travail et à quoi cela doit ressembler quand nous aurons fini.

Vers la fin de sa vie, Jésus a prié dans les termes suivants : « J’ai fait connaître ta gloire sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée[1]. » Son père l’avait envoyé dans le temps et l’espace pour atteindre des objectifs précis. Il les connaissait et les avait atteints. Tout le travail qui consistait à atteindre le monde entier n’était pas accompli à sa mort, mais Jésus savait qu’Il n’avait pas été envoyé pour tout faire. Une grande partie de la mission du Père serait portée par l’Église qu’Il laisserait derrière lui. Mais, en ce qui concernait la fenêtre de temps qui lui était assignée, son rôle spécifique de Fils et de Messie était accompli.

Après presque trente ans dans la mission, je m’émerveille de ce texte. Si souvent, en tant que missionnaires, nous ne savons même pas quel est notre travail. S’il y a quelque chose à faire, cela doit relever de notre responsabilité de le faire. Je ne me rappelle pas avoir jamais entendu un ministre de l’Évangile dire : « j’ai fini mon travail. » Jésus ne pensait néanmoins pas que tout était sous sa responsabilité. Il savait ce que le Père l’avait envoyé faire, et Il savait qu’Il l’avait fait. Nous avons beaucoup à apprendre de cela dans nos vies et dans nos appels. Savez-vous ce que Dieu vous a appelé à faire ?

Une autre chose qui me frappe dans ce texte est le fait que le Père était glorifié par Jésus qui achevait son travail. Lorsque l’on me présente comme oratrice, mes hôtes dressent souvent une longue liste de ce que j’ai accompli dans ma vie. Ils essaient de donner au public un point de référence et des raisons de m’écouter. Alors que cela est très apprécié, il est si important que je ne me laisse pas impressionner par mon propre CV. Dieu ne regarde pas le passé ; Il regarde au résultat. Il me met au défi de ne pas seulement bien commencer, mais de bien finir. Alors, et seulement alors, Il est glorifié dans ma vie et par mon travail pour lui. À un niveau personnel, ce sont des défis réalistes et de bonnes questions à apporter régulièrement dans la prière. Faites-vous ce que Dieu vous a appelé à faire ? Allez-vous le finir ?

Quel est « le travail » de l’Église ?

Au-delà de cette leçon personnelle, nous pouvons aussi appliquer ces questions à l’institution qu’est l’Église. Quel est le travail de l’Église ? Comment savons-nous s’il est terminé ? Comment évaluer et mesurer l’obéissance d’une génération en tant que corps de Christ ?

Quels sont nos buts spécifiques et quelles stratégies développons-nous, avec quels moyens pour évaluer leur valeur ? Répondre à ces questions est la clé pour transformer une Église énorme en une Église influente au XXIe siècle. Historiquement, certains ont dit que notre travail, c’est de sauver des âmes et de construire l’Église sur une échelle globale. D’autres ont dit que nous devons être davantage préoccupés par les besoins matériels de l’homme, sa nourriture, son logement et sa protection. Mais que dit Dieu ? Qu’est-ce que la Bible nous dit à propos de notre mandat durant notre vie sur cette planète ? Si nous savons ce que la Parole de Dieu dit, nous pouvons construire notre avenir sur de solides fondations.

Le fil rouge du but : atteindre et enseigner

À la fin de sa vie sur terre, Jésus donne des instructions à ses disciples, qui les a transcrits comme suit :

Matthieu 28:18-20 :

« Alors Jésus s’approcha d’eux et leur parla ainsi :’J’ai reçu tout pouvoir dans le ciel et sur la terre : allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit. Et voici : je suis moi-même avec vous chaque jour, jusqu’à la fin du monde.’ »

Marc 16:15 :

« Et il leur dit : ’Allez dans le monde entier, annoncez la Bonne Nouvelle à tous les hommes.’ »

Luc 24:45-47 :

« Là-dessus, il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Ecritures. ‘Vous voyez’, leur dit-il, ‘les Ecritures enseignent que le Messie doit souffrir, qu’il ressuscitera le troisième jour, et qu’on annoncera de sa part aux hommes de toutes les nations, en commençant par Jérusalem, qu’ils doivent changer pour obtenir le pardon des péchés.’ »

Nombreux sont ceux qui ont réduit ces objectifs à deux simples mandats selon lesquels Jésus nous a appelés à « atteindre toute créature » et à « faire de toutes les nations des disciples ». Cela correspond à ce qui semble être l’emphase de Dieu tout au long de la Bible pour l’existence humaine.

Il y a une continuité d’Adam à Christ… un fil rouge du sens de notre existence. À Adam et Eve, mâle et femelle, Dieu dit ces mots :

Genèse 1:28 :

« Dieu les bénit en disant : ‘Soyez féconds, multipliez-vous, remplissez la terre, rendez-vous en maîtres, et dominez les poissons des mers, les oiseaux du ciel et tous les reptiles et les insectes.’ »

À Abraham et à ses descendants, Dieu a parlé à nouveau, disant des paroles semblables :

Genèse 22:17-18 :

« Je te comblerai de bénédictions, je multiplierai ta descendance et je la rendrai aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que les grains de sable au bord de la mer. Ta descendance dominera sur ses ennemis. Tous les peuples de la terre seront bénis à travers ta descendance parce que tu m’as obéi. »

Il semble clair que l’emphase mise sur la multiplication et la bénédiction ainsi que l’approche quantitative et qualitative font partie du plan et du but de Dieu pour l’homme depuis sa création. Cette déclaration du dessein divin n’a pas disparu, ne s’est pas évaporé avec la chute de l’homme et l’arrivée du péché, dont il faudrait dorénavant s’occuper.

L’on peut considérer le travail de l’Église suivant deux dimensions : celui de la largeur – atteindre toute créature, et celui de la profondeur – bénir toutes les nations et en faire des disciples. De ces deux domaines de notre travail, l’on a très bien compris celui de l’étendue au cours des deux siècles passés.

La tâche quantitative : atteindre toute créature

La tâche quantitative de l’Église peut être mesurée, cartographiée et mise en graphiques. Dans l’histoire de l’Église, nous sommes peut-être dans le siècle le plus enthousiasmant en ce qui concerne la mesure et le ciblage des peuples non-atteints de manière globale. Nous avons des quantités étonnantes d’informations pour nous aider à évaluer ce travail. Des organisations entières se sont formées ces trente dernières années, avec pour seul engagement de garder trace et de documenter comment notre génération de chrétiens remplit son mandat d’atteindre chaque habitant de la terre avec l’Évangile.

Nous savons qu’il y a plus de 7,6 milliards de personnes sur terre aujourd’hui. Nous savons que plus de 90 % de ceux qui n’ont jamais entendu parler de l’Évangile vivent dans ce que les missions appellent la fenêtre 10/40. Cette fenêtre se trouve entre la dixième et la quarantième latitudes, de l’Afrique de l’Ouest jusqu’à toute l’Asie. Dans cette fenêtre se trouve la majeure partie du monde musulman, bouddhiste, hindou et confucianiste. Nous savons que moins de 5 % de missionnaires chrétiens dans le monde travaillent dans cette fenêtre 10/40, alors que les 95 % restants, voire plus, travaillent là où moins de 10 % des gens n’ont jamais entendu le message du Christ. Cela nous donne une image très claire de la direction dans laquelle nous devons mettre notre énergie si nous voulons mener à bien la tâche d’atteindre toute créature dans notre génération.

En plus d’être conscients des défis démographiques et géographiques liés à cette tâche, nous savons qu’aujourd’hui quelques 11 000 groupes linguistiques dans le monde n’ont toujours pas de témoignage de Jésus. Nous savons lesquels de ces groupes ont déjà été ciblés par des ministères de traduction et combien de temps cela prendra pour mener la tâche à bien. Les ordinateurs et les programmes linguistiques et cartographiques ont fait de ce travail un domaine de recherche enthousiasmant et donnent des outils utiles à ceux qui travaillent sur le terrain. Tout cela nous aide à évaluer le travail que l’Église doit accomplir et les stratégies requises.

Nous pouvons comparer cette tâche d’atteindre toutes les créatures aujourd’hui à celle de la première génération de l’Église. Nous savons qu’à l’époque de Paul, il existait à peu près une église pour au moins 400 peuples à atteindre avec l’Évangile. Aujourd’hui, il y a plus de 400 églises pour chaque tribu non-atteinte. Dans l’Église de la première génération, il y avait un croyant pour sept personnes qui avait à entendre l’Évangile. Aujourd’hui, il y a sept chrétiens pour chaque personne qui n’a jamais entendu l’Évangile. Oui, il y a plus de monde sur la planète que jamais auparavant, mais plus de chrétiens et d’églises essayent de les atteindre qu’à aucun autre moment de l’histoire. La tâche quantitative d’atteindre toute créature dans cette génération progresse. Nous pouvons être fiers de l’engagement de l’Église à cet égard à notre époque. Ce travail doit continuer et augmenter, bien sûr. Notre travail doit être achevé, chaque créature atteinte, si nous voulons que Dieu soit glorifié dans cette génération.

Mais qu’en est-il du commandement de Jésus d’enseigner et de bénir toutes les nations, d’en faire des disciples ? Quel est ce travail, et est-ce que nous le faisons ?

La tâche qualitative : faire de toutes les nations des disciples

En même temps qu’Il leur disait d’atteindre chaque créature, Jésus, à la fin de sa vie, remit l’accent sur le second mandat de l’homme. Il leur dit de « faire de toutes les nations des disciples ». La destinée prévue par Dieu pour l’homme, pour Israël, pour les nations et finalement pour l’Église n’a jamais été pensée pour elle-même. Il se préoccupait de notre qualité de vie. Si le fait d’atteindre des individus est la tâche quantitative, alors faire d’eux et de leurs communautés des disciples relève de la tâche qualitative propre à l’enseignement et à l’application de la vérité en vue de la croissance et de la maturité.

Qu’est-ce que cela signifie, faire d’une nation un disciple ? À quoi ressemble une nation qui est enseignée à être « disciple » ? Ce sont des questions difficiles, parce que les évaluations qualitatives sont plus difficiles à faire. Quand est-ce qu’une personne est mûre ? Quand est-ce qu’un acte est grand ? Comment déterminez-vous qu’une économie est développée ? Qu’est-ce qui est pauvre ? Qu’est-ce qui rend une peinture belle ? Ces questions sont d’autant plus difficiles à notre époque que depuis deux cents ans nous nous sommes concentrés presque exclusivement sur la croissance de l’Église. Il en résulte que nous sommes peut-être l’Église la plus nombreuse de l’histoire, mais aussi la plus superficielle.

Il se peut que nous ne sachions pas ce qu’est faire d’une nation un disciple, mais nous savons ce que cela n’est pas. Quand nous regardons Dallas au Texas ou le Malawi, le Rwanda ou d’autres communautés ou pays christianisés d’aujourd’hui, avons-nous envie de dire : « c’est à cela que cela ressemble quand le travail est fini » ? Est-ce cela la volonté de Dieu faite sur la terre comme au ciel ? Certainement pas !

Si nous voulons glorifier notre Père dans cette génération, nous devons savoir quel est notre travail et le faire. Nous atteignons les peuples et individus non-atteints, mais ceux qui sont atteints, les individus, les communautés, les nations vivent dans des conditions inacceptables. Le Dr George Kinoti du Kenya dit : « la misère du peuple africain déshonore son créateur. C’est pourquoi chaque chrétien(ne) a le devoir moral de faire de son mieux pour corriger cette situation[2]. »

Il ne suffit pas d’atteindre ceux qui ne sont pas encore atteints. Cela ne suffit pas d’implanter des églises là où il n’y en a pas. Nous devons faire des individus des disciples, et au travers d’eux, faire de leurs communautés et de leurs nations des disciples. Si nous ne le faisons pas, nous n’atteignons pas l’objectif pour lequel nous avons été créés et pour lequel nous avons reçu la vie éternelle. De plus, si nous ne faisons pas des nations des disciples, Dieu n’est pas glorifié dans notre génération. Il est glorifié quand nous finissons le travail. Il nous le laisse pour que nous le fassions. Sauver des âmes et implanter des églises est un début. Mais la qualité de ces églises et l’impact de la vie des croyants sur leur communauté sont le test qualitatif de notre travail pour Christ. Aujourd’hui même, nous ne faisons pas notre travail comme il faut. Le chercheur chrétien en sociologie George Barna trouve « qu’il n’y a pas de différence significative » entre le comportement des Américains qui se qualifient de chrétiens nés de nouveaux et ceux qui ne se revendiquent pas comme tels. Les évangélistes musulmans en Afrique demandent : « que fait le christianisme pour les gens ? » La réponse est rien. Rien ne change. Les églises grandissent. De plus en plus de gens sont sauvés. Mais rien ne change. Ils sont encore pauvres, malades, illettrés et laissés dans leur chaos économique et politique.

Il faut nous affliger, pleurer et porter le deuil sur cet état de fait dans l’Église d’aujourd’hui, comme Néhémie l’a fait pour la condition de Jérusalem[3]. Nous avons besoin de prier et jeûner parce que le corps de Christ et nos communautés sont partout au monde « dans une grande misère et dans une situation très humiliante ». Nous devons nous lever, nous saisir de l’Esprit de Christ et devenir tout ce qu’Il a prévu que son Église soit.

La question est : « comment est-ce que l’on fait cela ? »


[1] Jean 17:4.

[2] Kinoti, ibid.

[3] Néhémie 1:4.

Source : http://sentinellenehemie.free.fr/anonyme29_3.html

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