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La déconstruction de l’homme. Critique du système technicien – Par Éric Lemaître

Clés de lecture pour lire l’essai La déconstruction de l’homme

Père de famille, marié avec Sabine, Éric LEMAITRE est Rémois, socio-économiste de profession, enseignant à l’ESI Reims, chrétien de religion.

Éric a également contribué à lancer le courant pour une écologie humaine au sein de sa propre région. Il est également le coauteur avec Alain Ledain et d’autres auteurs de deux ouvrages, l’un sur le concept de genre Masculin et/ou féminin : peut-on choisir ? aux éditions FAREL, l’autre Vers une société de l’uniformisation, aux éditions Ethique Chrétienne.

À la fois au travers de sa vie sociale et de ses engagements personnels en tant que blogueur (voir son site : https://deconstructionhomme.com/), Éric a été largement sensibilisé par les questions qui gravitent autour de la technique. En raison de sa vie professionnelle impactée par les mutations associées à l’économie numérique et de la conviction que le monde virtuel est sur le point de façonner la vie sociale, Éric a entrepris l’écriture, avec le concours de Gérald Pech et de plusieurs amis issus des sciences dures et des sciences sociales, d’un essai très ambitieux pour dénoncer ces nouvelles idéologies contemporaines et hors sol (progressisme, transhumanisme, …) qui puisent leurs sources dans la philosophie des Lumières ou dans la croyance du progrès sans fin, le récit d’une vie toujours meilleure, le mythe d’un avenir aux « lendemains qui chantent ».

Présentation du livre par Etienne OMNES

Notre époque est déterminée par un objet philosophique que l’on appelle la technique. La technique (décrite par Jacques Ellul dans son livre La Technique ou l’enjeu du siècle, écrit dans les années 1950) est cette démarche de rationalisation et de mathématisation du monde au profit d’une plus grande efficacité et d’une plus grande force pour l’être humain. Le sommet de cette technique est le transhumanisme, une démarche qui vise à améliorer l’être humain par la technologie, quitte à en transgresser toutes les limites comme la mort. Voilà le principal objet du livre d’Éric Lemaître : cette technique omniprésente, qui sert aujourd’hui de dieu et sauveur à notre civilisation.

Il procède donc en deux parties : 1. Les fondements philosophiques de la déconstruction : il s’agit d’une présentation plutôt complète du « système technicien » au travers du phénomène transhumaniste. 2. Les révolutions de la déconstruction : Éric décrit aspect par aspect chaque domaine atteint par la technique, comment il est redéfini par celle-ci, et comment y répondre.

Globalement, le livre peut être défini comme une suite d’essais indépendants, qui explorent méthodiquement l’empreinte de la technique et des idéologies progressistes sur notre monde et à tous les étages de la vie et dans toutes les dimensions, anthropologiques, culturelles, sociales, économiques… Je conseille d’ailleurs de le lire lentement, pour bien s’imprégner de ce qui est écrit. Le livre n’est pas fait pour le gobage…

Note de l’auteur concernant la critique engagée vis-à-vis de l’idéologie transhumaniste, progressiste et du système technicien

L’essai La déconstruction de l’homme énonce, en effet, une analyse critique des mythes qu’entretiennent ces nouvelles idéologies touchant à ce soi-disant « nouveau monde » !

Les critiques s’adressent à ce monde marchand, ces nouvelles croyances et démarches normatives qui impactent toutes les sphères de la vie sociale :

  • Le transhumanisme en tant que système scientiste qui vise à modifier le réel,
  • Le progressisme en tant que système culturel et politique qui vise à réformer les esprits pour les préparer au nouveau monde et à une nouvelle conception du récit anthropologique concernant l’homme.
  • Le consumérisme qui nous invite à consommer pour exister et nous conduit peu à peu à une domestication par les objets et à leurs injonctions permanentes.
  • Le technicisme bureaucratique (le château décrit par Kafka) qui vise à formater et à faire rentrer la vie sociale dans un monde de normes, normes consommées par l’intelligence artificielle, ce nouveau despote prétendant être au service de l’humain.

Cette critique peut étonner, parfois agacer le lecteur, mais n’a pas d’autres objectifs que d’enfoncer en quelque sorte le clou. La révolution est à la fois culturelle (conditionnement des esprits), idéologique (une croyance aveugle d’un progrès qui ne viendrait pas seulement soulager l’homme, mais augmenter toutes ses facultés) et technique (les objets qui nous divertissent et nous détournent du sens de l’autre).

Cette révolution qui est, comme nous le rappelions précédemment, à la fois idéologique et techniciste est en effet, à notre sens, totale, elle vient comme absorber, consommer, l’identité de l’homme dans l’ensemble des composantes liées à son humanité, sa vie sociale et culturelle. Je vous invite à lire ce livre dont la dimension inédite réside dans une lecture à l’aune de ce que nous enseigne la Bible à propos de l’homme. Qu’est-ce que l’homme pour que tu souviennes de lui… ? (Psaume 8).

Je racontais à mes amis rentrant d’un enterrement (ce sont des moments qui paradoxalement vous ramènent souvent à la vie, à la vraie vie), sur le trottoir étroit que j’empruntais, une jeune femme avait ses yeux rivés sur l’écran et avançait d’un pas rapide, mais sans prendre garde à son environnement. Je dus m’écarter face à l’indifférence d’une jeune fille tant cette dernière semblait absorbée, sans doute par les textos lus, et je lui fis remarquer avec humour que la vraie vie était ailleurs, mais ni dans les écrans ni dans son monde virtuel, car elle avait bien failli bousculer le réel …

L’homme est ainsi comme environné, ingéré puis envoûté par la technique… N’est-ce pas Jacques Ellul qui partageait son scepticisme vis-à-vis de la technique en déclarant ceci :

« Je me méfie totalement de tout le mouvement utopiste, car il n’évitera pas le piège de la reconstruction de la cité rationnelle et parfaite, c’est-à-dire où la Technique sera Tout et en Tous. ».

« La cité rationnelle », comme l’écrit Jacques Ellul, a une forme utopique, le meilleur des mondes, celle de l’égrégore. L’égrégore est une collectivité universelle bienveillante, pour tous ; la bienveillance s’est exprimée au travers du communisme numérique qui en quelque sorte vous happe, puis vous enveloppe avec ses promesses de facilité et de vie sans effort, parfois de gratuité, mais vous rend dépendant vis-à-vis de son objet.

Dans cette cité numérique, mais en réalité dystopique, le pire des mondes, nous devenons les objets d’un système technicien nous liant tous aux projets d’une société virtuelle et finalement déshumanisante. Cet égrégore ne fait plus de l’homme un être incarné dont il conviendrait de prendre soin, un être d’abord de relations, mais fait de chacun une matière connectée à d’autres matières : Smart Phone, tablette, montre digitale et sans doute demain biopuce….

Éric dans son livre La déconstruction de l’homme ose le proclamer : l’humanité qui a voulu l’égalité avec Dieu est en passe de vivre « la honte prométhéenne » en ce sens qu’après avoir créé son Golem, fasciné par sa créature, il lui cède en quelque sorte son âme en nous partageant une perplexité, il a été capable d’être l’auteur de quelque chose qui le dépasse désormais, sans comprendre que lui-même fut aussi « créé de peu inférieur à Dieu ».

L’homme démiurgique finit, en fin de compte, par adorer sa propre créature.

Finissant ainsi par gommer Dieu, déclarant même sa mort. L’humanité a pris sa revanche, elle a enfin chassé Dieu de sa cité, le même homme qui fut au commencement de son existence chassé du jardin. Cette humanité iconoclaste est en passe d’adorer une nouvelle idole, produit de sa création, de reconstruire un monde idéalisé, un nouvel Éden, un nouveau monde célébrant le progrès, signant en quelque sorte la fin d’une partie de son identité… Voilà ce que nous pouvons appeler « la honte prométhéenne » que décrivit fort bien le philosophe Allemand Günther Anders.

Ainsi, comme l’écrivait Bernard Charbonneau, penseur de l’écologie et ami de Jacques Ellul :

« Il nous faut le temps d’oublier l’ancien Dieu pour nous en fabriquer un nouveau et recréer totalement l’univers à son image. La Totalité sur terre : depuis l’alpha du réel jusqu’à l’oméga du vrai ? Nous n’aurons de cesse que nous ne l’ayons atteinte. Voilà l’entreprise raisonnable dans laquelle l’âge de raison a engagé l’humanité. ».

Toute la pensée de Bernard Charbonneau est marquée par la dimension de l’écologie et sans doute par une écologie qui replace l’idée d’un homme réellement libre et non le sujet d’une « société des individus », individus qui seraient en somme incapables de prendre leurs distances avec l’emballement d’un monde collectif structurant et organisant la vie sociale et qui anéantit en réalité les libertés.

En définitive, la révolution numérique, phénomène brutal et massif, se déploie aujourd’hui sous nos yeux comme une véritable déferlante, phénomène qui est sur le point de remodeler la société de demain. Sa dynamique propre et la vitesse à laquelle elle s’étend sont de nature à rebattre toutes les cartes de la vie sociale.

Chaque révolution industrielle s’est, en fin de compte, accompagnée autrefois d’une restructuration de la vie sociale, chaque révolution industrielle a imposé une forme de réadaptation de la vie et des rapports aux autres. La rapidité avec laquelle les innovations du monde numérique s’étalent aujourd’hui ne laissera dès lors aucun répit, d’où une désorientation sociale et psychologique qui sera sans précédent dans l’histoire. Le monde numérique est en train de casser les repères culturels qui avaient été à présent les nôtres ; le nouveau monde qui se déploie sous nos yeux est sur le point d’être recomposé avec de nouvelles règles, de nouveaux codes, une nouvelle normalisation, de nouvelles oligarchies (les scientistes) dont les projets autour de la technicité sont de nature à fragiliser, à déconstruire l’homme, à renverser les valeurs, les tables de l’ancien monde, leurs hiérarchies, leurs institutions. Ainsi, nous faisons nôtre le propos du philosophe Éric Sadin, un des meilleurs penseurs majeurs du numérique et de ses effets et conséquences sur nos vies et nos sociétés : « allons-nous accepter, au nom de la croissance, de voir s’instituer, par le fait de ces systèmes, un dessaisissement de notre faculté de jugement, une marchandisation intégrale de la vie ainsi qu’une extrême rationalisation de tous les secteurs de la société ?[1] »

Enfin, pour conclure une grande partie du livre La déconstruction de l’homme est consacrée à cette dimension anthropologique « Qu’est-ce que l’homme ? ». Le livre, toutefois, ne s’enferme pas dans un tableau noir, le livre offre une feuille de route préconisant un autre chemin à emprunter et les moyens d’une résilience face aux mutations promises par le nouveau monde. Le livre nous propose ainsi de revenir aux sources bibliques, de découvrir avec étonnement des préconisations parfaitement applicables au sein même de notre modernité.

Merci de nous avoir lus et surtout de lire ce livre La déconstruction de l’homme ! N’hésitez pas à en parler autour de vous et à inviter vos amis à se le procurer….

http://www.lulu.com/shop/eric-lema%C3%AEtre/la-d%C3%A9construction-de-lhomme/paperback/product-23845055.html

[1] Extrait de l’interview de Éric SADIN par Le Figaro Magazine. http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2018/10/26/31007-20181026ARTFIG00370-l-intelligence-artificielle-est-un-assaut-antihumaniste.php. Publié le 26/10/2018

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