Antisémitisme, Géopolitique, Moyen-Orient

François Léotard: « J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave. »

Au cours d’un meeting rassemblant plusieurs milliers de personnes à la maison de la Mutualité à Paris, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a appelé mardi dernier (13 février 2007) à une résistance sans faille contre la politique de l’Iran en matière nucléaire. Les orateurs qui se sont succédé à la tribune, responsables de la communauté juive ou personnalités politiques de tous bords, ont en effet souligné que, d’après les propres déclarations du président Mahmoud Ahmadinejad, l’équipement nucléaire iranien aurait pour principale vocation de « rayer Israël de la carte.»
C’est finalement le dernier orateur de la soirée, François Léotard, qui a remporté tous les suffrages, gratifié d’une standing ovation. S’appuyant sur sa longue amitié avec la communauté juive et l’Etat d’Israël, il a puisé au plus profond de lui-même – de ses tripes, de son cœur, de son âme – et, servi par un verbe admirable évoquant à la fois Léon Bloy, Péguy et Lévinas, a évoqué la mission unique du peuple juif dans l’histoire des hommes : citant Daniel Sibony, il a rappelé que « l’origine de la haine, c’est la haine de l’origine. » Or, l’origine du peuple juif, la raison pour laquelle il a été « créé » par Dieu, est d’être une matrice pour toute l’humanité. On savait l’ancien ministre, retiré de la politique pour se consacrer à l’écriture, familier des choses de l’esprit, mais il a donné là une preuve insoupçonnée de sa hauteur de vue. Il a ainsi rappelé, lui le goy, le Gentil, le chrétien tourmenté, qu’on ne comprend pas le problème du Proche-Orient si l’on occulte sa dimension métaphysique et spirituelle. Il rejoint les paroles d’André Neher : « Etre ou ne pas être, c’est le problème des Gentils. Etre moi-même ou être comme les autres, c’est le problème des Juifs. Une commune destinée nous lie tous : celle que notre histoire a forgée. En chacun des visages juifs que nous côtoyons, si dissemblables, si discordants soient-ils, nous devons respecter le descendant d’un ces six cent mille hommes à qui Dieu a parlé au Sinaï. »

Source : https://amp.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-leotard-au-chevet-de-l-19322


François Léotard : « J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave. »


 » J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave, depuis plusieurs dizaines d’années déjà. Parce que j’ai toujours pensé que ceux qui voulaient la suppression de l’Etat d’Israël étaient dans une logique politique et historique négationniste. (…) c’est le refus d’accorder à une partie de l’humanité d’avoir un Etat. Et cette partie de l’humanité est culturellement pour moi, qui suis d’origine chrétienne, très précieuse. Mon sentiment est qu’en voulant refuser aux Juifs du monde entier d’avoir un Etat, alors que ce schéma – classique – avait été celui du XIXème siècle pour tous les peuples, on refusait au-delà de cet Etat, la culture juive. Et cette négation m’a toujours choqué, parce que je considère que nous sommes aussi issus de cette culture juive. »
Entretien repris du site de Primo

« François Léotard, bonjour. Vous participez à un voyage de solidarité avec les populations civiles d’Israël touchées par les roquettes et missiles du Hamas. Pouvez-vous expliquer les raisons pour lesquelles vous avez tenu à participer à ce voyage.

François Léotard : J’ai toujours été aux côtés d’Israël dans les situations de crise grave, depuis plusieurs dizaines d’années déjà. Parce que j’ai toujours pensé que ceux qui voulaient la suppression de l’Etat d’Israël étaient dans une logique politique et historique négationniste.

… Négationniste ?

FL : Oui, c’est le refus d’accorder à une partie de l’humanité d’avoir un Etat. Et cette partie de l’humanité est culturellement pour moi, qui suis d’origine chrétienne, très précieuse. Mon sentiment est qu’en voulant refuser aux Juifs du monde entier d’avoir un Etat, alors que ce schéma – classique – avait été celui du XIXème siècle pour tous les peuples, on refusait au-delà de cet Etat, la culture juive.

Et cette négation m’a toujours choqué, parce que je considère que nous sommes aussi issus de cette culture juive …

Ne reconnaissez-vous pas aussi la nécessité d’un Etat arabe palestinien ?

FL : Je l’ai toujours dit, je crois qu’il faut un Etat palestinien. Mais qui ne soit pas fondé sur le fanatisme, la violence et la haine. Or, malheureusement, c’est ce que représente aujourd’hui un mouvement comme le Hamas. Au travers du mot « terrorisme » il y a tout cela : la haine, la violence, la négation de l’autre et ça je ne peux pas l’accepter.

Parlons de ce qui se passe à Gaza. Le mot qui revient le plus souvent au sein de la communauté internationale est « disproportion » pour qualifier l’attaque d’Israël contre le Hamas, en particulier à cause des victimes civiles. Quelle est votre position à ce sujet ?

FL : Ma position est celle d’un ancien ministre qui a eu la responsabilité, quand j’étais ministre de la Défense, de protéger le territoire français, la nation française , les intérêts français … Et je sais que j’aurais réagi de la même manière … En d’autres termes, s’il y avait eu – c’est juste une image naturellement – des actions de ce type à partir de l’Allemagne sur Strasbourg ou de l’Espagne sur Perpignan, j’aurais répondu, et j’espère que l’on m’aurait suivi, avec la même force et la même volonté de détruire ceux qui voulaient nous détruire.

Un Etat a le droit de se défendre, il a la légitimité pour cela et s’il ne fait pas, il n’est pas digne de s’appeler un Etat.

Même si c’est « disproportionné » ?

FL : Ce mot est tout de même étrange. « Je te démolis une école et en contrepartie j’accepte que tu me démolisses une école ? », « Je tue 25 de tes enfants et j’accepterai que tu en tues 25 des miens ? » C’est ridicule et c’est grotesque ! Je ne crois pas qu’il faille parler de proportion quand on a en face de soi une organisation terroriste. C’est une question de droit, de justice et non pas de proportion. Cette question relève de la légitimité de l’Etat.

On pourrait appliquer la phrase d’André Malrauxà chacun des soldats israéliens : « J’ai fait la guerre sans l’aimer. » Je ne connais pas un seul de ces jeunes soldats, un seul de ces officiers qui aime ça. Simplement, ils le font pour défendre leur pays, ils le font parce qu’ils ont été attaqués, ils le font pour se défendre : qui a lancé des roquettes sur les populations civiles ? 7.500 roquettes sur la seule ville de Sdérot durant 8 années !

La disproportion ne viendrait-elle pas du nombre de victimes enregistrées de chaque côté ?

FL : On nous dit qu’il n’y a eu « que » 10 morts à Sdérot. Faudrait-il qu’il y en ait 750 pour qu’il y ait équilibre ? Cette comparaison est affreuse et n’a pas de sens.

Je crois que la réponse de l’armée israélienne est proportionnée au fait que c’est un Etat démocratique, qui essaie de respecter au maximum les droits humains. De l’autre côté, en revanche, quand on met des enfants dans une école en pensant que les soldats israéliens ne vont pas tirer parce qu’ils n’ont pas été formés à cela, j’appelle cela de la lâcheté.

L’information sur le Proche-Orient vous paraît-elle équilibrée, en particulier de la part des media en France ?

FL : Je ne crois pas. Ce qui me frappe le plus, c’est qu’Israël est le pays au monde où il y a le plus de journalistes au m2** ! Et malgré ça, vous avez en permanence une attitude médiatique – il y a des exceptions naturellement – qui postule une condamnation préalable de l’Etat hébreu. J’ai du mal à comprendre.

Comment l’expliquez-vous ?

FL : Je ne peux imaginer une explication qu’à travers une incompréhension profonde du sionisme qui a pour corollaire le fait que les Juifs du monde ont le droit d’avoir leur Etat s’ils le souhaitent. Incompréhension de la protection d’une culture qui n’est pas seulement importante pour les Juifs du monde mais pour l’humanité toute entière. Accepterait-on qu’on décide tout d’un coup, par une espèce de caprice, de supprimer une culture africaine, d’une culture en Asie ? La culture juive est un élément essentiel de la culture du monde.

Pour quelles raisons voudrait-on qu’elle cesse d’exister ? Et elle peut exister, non seulement à partir des communautés de la diaspora, mais aussi à partir d’un Etat qui la défende, qui la fasse rayonner.

Je ne parle même pas d’antisémitisme, ça existe malheureusement, je parle de la méconnaissance profonde de la culture juive, de l’histoire du peuple juif et cette méconnaissance est porteuse de toutes sortes d’erreurs de jugements

Que pensez-vous de la gestion par les media des derniers évènements à Gaza ?

FL : L’information ce n’est pas de l’émotion. L’information, c’est relater les faits. Et je voudrais poser des questions à chacun des journalistes qui s‘exprime sur ce sujet : « quelles sont vos sources ? Vous êtes-vous rendus sur place ? Est-ce que vous avez entendu les deux parties en présence ? » Beaucoup de journalistes ne font que se répéter les uns les autres .

Une dernière question, peut-être la plus difficile. Quelles sont les chances de la paix dans cette région du monde ?

FL : La première des chances ne peut pas reposer sur la faiblesse de l’Etat d’Israël. Je n’ai jamais pensé que la paix puisse reposer sur la faiblesse. Et nous Français, nous devrions le comprendre. Nous sommes un pays, grâce à l’action du Général de Gaulle, grâce à l’action de la Résistance, qui a su, à un moment donné de son histoire, ce qu’était l’utilisation de la violence contre une violence qui était encore plus inhumaine. La chance de la paix repose donc sur un Etat fort qui sait ce qu’il veut.

Quid de la création d’un Etat palestinien ?

FL : Personne aujourd’hui en Israël – ou très peu de gens – nie la nécessité de l’existence d’un Etat palestinien. Cela suppose d’abord un respect commun, une connaissance commune des valeurs des uns et des autres.

Aujourd’hui, d’un côté on enseigne la haine du voisin, (lisez les manuels scolaires d’histoire palestiniens, vous verrez !) et de l’autre côté – c’est toute l’histoire de la culture juive – on enseigne la tolérance, le questionnement. Il faut essayer de mesurer tout cela …

Et le terrorisme ?

FL : A partir du moment où on a éradiqué la violence terroriste, alors tout peut se faire… Si demain matin, le Hamas dit « j’arrête de lancer des roquettes et des missiles », immédiatement les soldats de Tsahal se retireront, c’est évident …

Voilà un pays, excusez moi de le rappeler, qui quitte le Sinaï, qui quitte le Sud Liban, qui quitte la bande de Gaza, à chaque fois volontairement, qui envisage de quitter le Golan et dont on dit de lui que c’est un Etat impérialiste, totalitaire, sûr de lui et dominateur ! Je vous laisse juge de ces commentaires …

François Léotard, merci de m’avoir accordé cet entretien. »
© Primo, Entretien réalisé le 13 janvier 2009 à Sdérot parJames Nataf pour Primo

*Député du Var et maire de Fréjus pendant près de vingt ans, il a été deux fois ministre, et président du Parti républicain, puis de l’UDF, en succession de Valéry Giscard d’Estaingen 1996.
[Note ajoutée par P. ** A l’occasion du désengagement par Israël de Gaza en 2005, l’Irlandais Justin Kilcullen se flattait que plus de que 3.000 journalistes étaient attendus (Gaza strip: An open air prison ?). Justin Kilcullen est le président de Trócaire, l’agence catholique pour le développement mondial en Irlande (régulièrement épinglée par NGO Monitor pour ses positions très anti-israéliennes), et également le président de CONCORD, la très puissante Confédération européenne des ONG d’urgence et de développement (avec ses 18 réseaux d’ONG internationales et 19 fédérations nationales représentent plus de 1200 ONG européennes auprès de l’Union européenne).]

Source : http://philosemitismeblog.blogspot.fr/2009/02/francois-leotard-jai-toujours-ete-aux.html?m=1

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